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L'anneau de Gyges
#15
Voilà quatre ans que ce fuseau est resté invisible... ;-)

Simone Weil (philosophe et mystique du XXème s.) poursuit la lecture platonicienne, en insistant sur le mal comme acte de (se) mettre à part, de s’abstraire de la lumière :

[citation=Simone Weil, La pesanteur et la grâce (10/18, p. 139)]L’anneau de Gygès devenu invisible, c’est précisément l’acte de mettre à part. Mettre à part soi et le crime qu’on commet. Ne pas établir la relation entre les deux.
(...) Gygès. Aucun rapport entre ces deux choses. Voilà l’anneau.
Un patron d’usine. J’ai telles et telles jouissances coûteuses et mes ouvriers souffrent de la misère. Il peut avoir très sincèrement pitié de ses ouvriers et ne pas former le rapport.
Car aucun rapport ne se forme si la pensée ne le produit pas. Deux et deux restent indéfiniment deux et deux si la pensée ne les ajoute pas pour en faire quatre.[/citation]

L’invisiblité désigne le fait de vouloir s’abstraire du monde, des autres, voire de soi-même (« je ne me vois pas faire »). Il suffit même de fragmenter ses actes ou simplement de « cloisonner » les domaines pour participer de cette machinerie du mal.

Le pouvoir d’invisibilité de l’anneau de Gygès est porteur de ce danger, qui menace le quotidien. Cette hideuse puissance de Lewis souligne d’ailleurs parfaitement les rouages de ce mal abstrait, d’autant plus pernicieux qu’il semble banal.

Du coup, l’Unique a ce terrible pouvoir de lier dans les ténèbres tous ceux qui se sont eux-mêmes détournés de l’Un. Mais il s’agit désormais de chaînes, de rouages, et non plus d’une unité organique, naturelle.

Les neuf humains qui se sont aliénés à leur désir en acceptant les anneaux de Sauron sont devenus ses Nazgûl, spectres ab-straits. L’horreur confusément ressentie par ceux qui les rencontrent provient de leur déshumanisation.

Sébastien

PS : Une petite Pensée entico-stoïcienne pour la route ;-)

[citation=Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, XI, § 8]Un rameau ne peut pas être coupé d’un rameau contigu sans être aussi coupé de l’arbre tout entier. De même, l’homme séparé d’un seul homme est aussi détaché de la communauté tout entière. Néanmoins, si le rameau est détaché par quelqu’un, c’est l’homme lui-même qui se sépare lui-même de son prochain, en le prenant en haine et en aversion, tout en ignorant qu’il s’est en même temps retranché lui-même de la collectivité tout entière (...).[/citation]

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