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Le rôle peu enviable des femmes dans le monde Tolkien
#53
Lothiriel >>> Merci pour toutes ces précisions ;-)

Ylem >>> Je te laisse vérifier si mes références aux conciles et bulles ci- dessous ne sont pas erronées ;-)) Merci .;-))


Vinyamar >>> J’ai toute ma tête, merci ;-)) L’Eglise est avant tout affaire d’hommes (tu le dis toi-même) et a souvent été coupable dans ses actes tout au long de son histoire. Mais je ne t’agresse nullement. Et comme pour l’âme des femmes (je rejoins les propos de Ylem qui a sans doute raison), il me semble que les noirs esclaves des Amériques eurent à subir le même genre de problème, justifiant ainsi l’esclavage/supériorité de l’homme blanc ? ? Homme Noir = Animal Domestique et voir le triste épisode des fils de Noé …


Et j’apporte qq précisions sur l’image de la femme/sorcière au moyen-âge qui est en fait liée à celle de Satan. Après qq recherches voici une argumentation un peu plus poussée afin d’étayer mes dires, qui semblent farfelus pour certains ;-)) mais combien intéressants ….

J’ajoute aussi que le nom de l’archétype féminin Eve est réversible, ce qui n’est pas l’effet d’un hasard. Cette écriture symbolise le fait que la femme possède, contrairement à l’homme, une double nature. « Une sorcière est une fée que l’on a offensée » dit Katharine Briggs. De même la « sorceress » du bois de Lorien (« Then it is true, as Eomer reported, that you are in league with the Sorceress of the Golden Wood ? said Wormtongue » SDA, Les 2 Tours, L3, Ch6) se révèle être une créature d’une beauté et d’une grâce lumineuse qui n’est pas sans rappeler la Vierge Céleste :

« … I think it is true that I owe much of this character to Christian and Catholic teaching and imagination about Mary, but actually Galadriel was a penitent .. » (L320, p.407).

1. Remarquons d’abord que Satan dans l’AT est discret, accusateur et opposant certes, mais nullement puissance du mal.
Soudain dans le NT il est là, présent à chaque page, dans les possédés, dans les tentations, dans les discours.

Pour comprendre cette soudaine omniprésence du diable, il faut se tourner vers la littérature apocryphe apocalyptique des milieux sectaires exaltés juifs des 2 premiers siècles avant notre ère, où Satan acquiert les traits qui sont les siens dans le NT : ange déchu, par la luxure ou par l’orgueil, devenu à la fois ennemi de Dieu et de l’homme, cherchant à pousser ce dernier contre le Créateur, et répandant partout le mal (n’oublions pas qu’au départ le christianisme n’est lui-même qu’une secte dissidente juive).

Par ex les livres d’Enoch établissent un lien entre le sexe, le mal, et la maîtrise par l’homme de la technique : des « anges gardiens », « fils de Dieu », chargés de superviser le monde, enfreignent la séparation entre le divin et l’humain, s’unissent aux femmes, ce qui donne naissance à la race maléfique des géants, qui répandent le mal sur terre. De plus ces anges rebelles apprennent à l’humanité la métallurgie, l’art des bijoux et des cosmétiques. Les anges rebelles seront punis : selon certaines versions, ils deviennent des étoiles qui tombent du ciel, ce qui donnera en latin Lucifer, « porteur de lumière » (il me semble que Melkor in HoMEX aime la lumière et se vêt ainsi avant de se faire brûler par Arië, la maia qui protège le soleil,qu’il avait tenté de violer).


Il y a aussi les Livres d’Adam, où toute l’histoire initiale de l’humanité est réinterprétée : pour la première fois le lien est explicitement établi entre le serpent tentateur d’Eve et Satan. On apprend aussi que Caïn est le fils d’Eve et du démon, et que la rébellion de Satan est due à la jalousie et à l’orgueil car il refuse d’adorer Adam ; il est donc chassé sur terre, et il se venge en séduisant Eve et en la poussant au mal.

Textes étranges … mais replacés dans leur contexte historique, ils témoignent d’une période difficile pour les Hébreux, due à une occupation étrangère, qui met en péril l’identité culturelle et religieuse du pays, et à laquelle ils opposent une résistance violente, héroïque et sans espoir.


D’une façon générale l’influence iranienne est très nette dans les sectes apocalyptiques juives (cf le dernier article de Didier sur le bien et le mal), car Ahriman, le diable mazdéen, est le prototype parfait du diable judéo-chrétien.

2. Maintenant Saint Augustin (vers 400). Selon lui, Satan est à l’origine un bon ange ; il a péché par orgueil et Dieu a permis ce choix, dû à un défaut dans la volonté du démon, qui était libre. Puis le diable a jalousé l’homme qu’il a séduit : le serpent, c’est bien lui, et sa punition est éternelle, servant d’avertissement à l’homme, qui, lui, ne reçoit qu’une correction provisoire ; mais ceux qui choississent de suivre le démon connaîtront le même sort que lui. Le diable fait partie du plan divin, il sert d’exemple de ce qu’il ne faut pas faire et de ce qui nous attend si nous le faisons. Ainsi Dieu « du mal fait le bien ».

Mais le diable n’est pas seul, il a entraîné dans sa chute une multitude de démons (comme Melkor), qui ont gardé leur corps subtil d’air et de lumière, cherchant à nous nuire, à nous pousser au mal, à provoquer des catastrophes naturelles. Certains d’entre eux, les démons incubes et succubes, peuvent avoir des relations sexuelles avec les femmes et les hommes : « Les faits de démons incubes et succubes sont si multipliés qu’on ne saurait les nier sans impudence » écrit Augustin dans La cité de Dieu . Réminiscence du dieu romain Pan (cornu, poilu, et à face de bouc, dieu du désir sexuel), de l’histoire des anges gardiens, qui firent l’amour aux femmes, liée à la culpabilisation du sexe, cette croyance tiendra une grande place à l’époque de la sorcellerie.

Saint Thomas au XIII siècle accordera aussi une grande importance au Démon et à la façon qu’il peut agir sur l’homme, sur son corps, sur sa raison et sur sa volonté.


3. Au moyen-âge le diable chrétien est des plus actifs. Agent universel du mal, il est a priori l’allié objectif de toutes les forces hostiles à la religion chrétienne. Le processus de diabolisation des adversaires, mis au point par St Paul et St Jean, est dans la logique d’une vision dualiste du monde. S’il n’y a que 2 camps, « qui n’est pas avec nous est contre nous ». Le monde musulman est maudit (les croisades), la diabolisation des juifs n’est pas moins intense, ils sont victimes de pogroms à l’époque des croisades et à l’intérieur même du christianisme, les hérétiques sont agents du diable.
« Dès le début du XIV siècle, la diabolisation devient une arme de propagande politique contre les ennemis du roi … devenu l’explication universelle pour tout ce qui dérange le pouvoir politique et spirituel en place, le diable obsède la société occidentale à partir de cette époque. Cette mentalité obsidionale, portée au paroxysme par des catastrophes naturelles et politiques engendre une immense réaction contre tous ceux qui sont sensés être les agents de Satan : la grande chasse aux sorciers commence (XIV-XVI siècle) » (Georges Minois in Le Diable , Que sais-je, 3423).


4. La chasse aux sorciers : qq dates

- Dans un canon du concile d’Ancyre (314) on peut lire que : « certaines femmes criminelles, suppôts de Satan et séduites par ses mirages et ses visions démoniaques, croient et professent qu’elles chevauchent certains animaux et traversent l’espace en compagnie de Diane, déesse païenne … ».
- En 1022, lors de l’exécution d’hérétiques à Orléans, on note pour la première fois l’association hérésie/inceste/cannibalisme.
- Vers 1230 en Allemagne on organise la première chasse aux sorcières.
- En 1310-1311 la première personne à être jugée pour sorcellerie, de façon posthume, en France est le pape Boniface VIII.
- En 1317, le pape Jean XXII, fair arrête l’évêque de Cahors pour maleficium et il est brûlé vif.
- En 1326, le même pape (il a le diable au corps ;-) assimile officiellement la sorcellerie à l’hérésie dans la bulle Super illius specula .
- Les papes de la Renaissance accentuent la pression : en 1484, la bulle Summis desirantes, d’Innocent VIII, surnommée le « chant de guerre contre l’enfer », déclare la région rhénane infestée de sorciers.
- En 1565 le concile de Cambrai interdit les pratiques magiques et la sorcellerie.
- En 1585 et en 1623, les bulles Coeli et terrae et Omnipotentis Dei réitèrent toutes les condamnations, et la répression atteint une telle ampleur qu’Urbain VIII (1623-1644) s’inquiète et demande plus de modération. Enfin ce sera le reflux de cette folie collective…

5. Les sorcières ou la peur de l’homme face à ce qu’il ne connaît pas.

Lorsque Wormtongue traite Galadriel de « sorceress », Gandalf répond : « The wise speak only of what they know, Grima son of Galmod. A witless worm have you become. Therefore be silent, and keep your forked tongue behind your teeth …. »

Le problème est bien là, ce qui dépasse notre entendement et de par notre ignorance, on a alors tendance à y voir un maléfice. Seul ceux qui ont la connaissance peuvent juger.

Ainsi Georges Minois écrit : « Les femmes sont beaucoup plus visées que les hommes … visiblement le diable préfère les femmes … La diabolisation de la femme vient se greffer sur le vieux contexte trouble de la peur inconsciente de l’homme face à cet être si beau, si séduisant et en même temps si mystérieux, si impur, si terrible. Peur de la castration, que la psychanalyse a mise en valeur et qui transparaît dans les manuels de démonologie : « Les sorcières peuvent-elles illusionner jusqu’à faire croire que le membre viril est enlevé ou séparé du corps ? », demande le ‘Malleus maleficarum’, qui affirme que le diable peut par l’intermédiare des sorcières, rendre impuissant, ou même faire disparaître le pénis.

Le vieux fonds d’attraction-répulsion à l’égard de la femme, développé par la tradition chrétienne qui fait de la virginité la vertu par excellence et de la luxure le péché essentiel …. aboutit à faire du sexe féminin la victime consentante des avances du diable. Tout un clergé sexuellement frustré attribue au diable les tentations charnelles qui l’assaillent, et voit dans la femme un être maléfique dont Satan se sert pour attirer l’homme en enfer ».

Donc il me semble que mes propos de mon poste précédant ne sont pas le fruit d’un délire personnel et que le sujet n’est pas si hors-sujet ;-))

Amitiés Cathy


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