17-10-2002, 20:01
hum, voilà un sujet qui s'enflamme!
Cathy, méfie-toi de Georges Minois, qui a généralement un propos fort bien renseigné mais également assez outrancier.
à propos de la sorcellerie, tu remarqueras que la première personne officiellement poursuivie pour sorcellerie est un homme ;-) Le phénomène de "diabolisation" de la sorcellerie populaire (différent des accusations stéréotypées de sorcellerie dans les procès politiques, comme contre Boniface VIII ou les Templiers) est un phénomène curieux, qui reste mal expliqué: pourquoi des textes qui existent depuis le IVè-Vè siècles ressurgissent-ils en plein XVè siècle comme définissant une "vérité" qu'on a allègrement ignorée depuis? P. Paravy, JP Boudet, R. Muchembled, spécialistes de cette question, y voient un effet de l'opposition désormais irrémédiable entre culture populaire et culture savante. les femmes en sont effectivement les principales victimes, détentrices d'un savoir populaire désormais jugé diabolique, et victimes d'un discours savant qu'elles ne comprennent sans doute pas mais que la torture leur arrache comme aveux (on a des récits assez épouvantables). Je signale au passage que le seul bûcher que j'ai croisé dans "mes" archives était celui d'un homme, accusé de sorcellerie, on disait "qu'il avait un diable sur l'épaule qui lui disait ce qu'il devait faire...". Comme par hasard, ce pauvre monsieur se disait médecin, et avait le tort immense d'être étranger - un basque égaré en pleine Champagne : d'une guérison ratée à un bûcher, il n'y a parfois qu'un pas!
Cathy, méfie-toi de Georges Minois, qui a généralement un propos fort bien renseigné mais également assez outrancier.
à propos de la sorcellerie, tu remarqueras que la première personne officiellement poursuivie pour sorcellerie est un homme ;-) Le phénomène de "diabolisation" de la sorcellerie populaire (différent des accusations stéréotypées de sorcellerie dans les procès politiques, comme contre Boniface VIII ou les Templiers) est un phénomène curieux, qui reste mal expliqué: pourquoi des textes qui existent depuis le IVè-Vè siècles ressurgissent-ils en plein XVè siècle comme définissant une "vérité" qu'on a allègrement ignorée depuis? P. Paravy, JP Boudet, R. Muchembled, spécialistes de cette question, y voient un effet de l'opposition désormais irrémédiable entre culture populaire et culture savante. les femmes en sont effectivement les principales victimes, détentrices d'un savoir populaire désormais jugé diabolique, et victimes d'un discours savant qu'elles ne comprennent sans doute pas mais que la torture leur arrache comme aveux (on a des récits assez épouvantables). Je signale au passage que le seul bûcher que j'ai croisé dans "mes" archives était celui d'un homme, accusé de sorcellerie, on disait "qu'il avait un diable sur l'épaule qui lui disait ce qu'il devait faire...". Comme par hasard, ce pauvre monsieur se disait médecin, et avait le tort immense d'être étranger - un basque égaré en pleine Champagne : d'une guérison ratée à un bûcher, il n'y a parfois qu'un pas!
Cependant, il n'y a jamais eu de condamnation de "la femme" en tant que telle: Jean citait une liste de saintes, on peut citer en contrepoint une liste de femmes brûlées (ce n'est pas bien difficile!), cela ne fait pas avancer le schmilblick. Je pense que le propos sur ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne maîtrise pas, est plus utile. Georges Duby a bien montré que la femme, au Moyen Age, fait peur: elle donne la vie et peut donc la retirer, elle est nourricière et peut se faire empoisonneuse...
Il y a eu sans doute, greffée sur ces peurs, une interprétation douteuse de certains textes autour du péché etc.

