1. Tout d’abord, le choix du titre de l’article, « un exemple d’étude avec la place prépondérant du Destin », qui nomme donc le principal fil conducteur de ton étude. Pourquoi avoir choisi le Destin ? Etait-ce un choix qui s’imposait de lui-même à tes yeux ? Puisque Tolkien lui-même parlait du Pouvoir comme thème allégorique de son œuvre, alors que certains évoquent la Mort et l’Immortalité. Tu parles également du Don à un moment ; c’est un thème qui m’intéresse grandement ici, et peut-être aurait-il été intéressant de continuer une autre étude dans cette voie-là.
2.1. La comparaison que tu fais entre le Silmarillion et la Chrétienté est très intéressante, et s’imposait effectivement. J’aurais aimé ajouter une similitude que je n’ai pas vu dans ton étude : Melkor n’est-il pas semblable à l’ange Iblis, rebellé contre son Créateur et banni des cieux ?
2.2. A ce propos, je trouve que la fin du monde évoquée par Tolkien ressemble plus au Jugement Dernier qu’au Ragnarök ; en cela par exemple que le Ragnarök n’évoque pas de renouveau après la destruction des Dieux… Mais peut-être que je me trompe.
3.1. Troisième remarque, et la plus essentielle à mes yeux. Lorsque Tolkien se mit au travail, c’était dans l’optique de donner une mythologie à l’Angleterre. Fasciné par les récits épiques nordiques, les anciennes sagas seront ses principales sources d’inspiration. Alors voilà la question que je me pose : Tolkien n’avait-il aucune connaissance des légendes celtes ? Pourtant l’édition diplomatique du plus important d’entre eux, le « Lebar na Nuachongbala », plus connu sous le nom de « Book of Leinster », date de 1986, tandis que ses premières traductions sont antérieures à 1847. Alors, manque d’informations ? Choix volontaire ? Ou haine de l’Irlande ? (dont les récits concernent d’ailleurs la totalité des pays celtes)… D’ailleurs, certains points de comparaison m’amènent à penser que s’il ne s’en est pas essentiellement inspiré, il en a peut-être au moins eu connaissance… A moins que ce ne soit là quelque tour de notre bonne vieille Noosphère ;-)))
3.2.1. D’abord, l’importance de la musique chez Tolkien. Il en est de même chez ces bons vieux celtes, chez lesquels elle appartenait au domaine divin, et à l’Autre Monde, le Sidh. La musique est tout à la fois une magie, une thérapeutique, un divertissement. C’est aussi un art primordial, et pour les celtes, quiconque possède un art est élevé au rang des dieux. ( Mais certains me diront que son importance est plus grande encore parmi d’autres peuples, comme les peuples africains par exemple…)
3.2.2. La fin du monde ( euh en fait ceci est plutôt une comparaison entre les textes nordiques et celtiques, donc à prendre hors de l’étude) : pour faire écho au texte de la Völuspà ici cité par Sosryko et qui s’imposait en effet, je donnerais ce passage extrait de la « Seconde bataille de Mag Tured », où prophétise Morrigan, déesse de la guerre :
[citation]Je verrais un monde qui ne me plaira pas :
été sans fleurs,
vaches sans lait,
femmes sans pudeur,
hommes sans courage,
captures sans roi,
arbres sans fruits,
mer sans frai,
mauvais avis des vieillards,
mauvais jugements des juges,
chaque homme sera un traître,
chaque garçon un voleur,
le fils ira dans le lit du père,
le père ira dans le lit du fils,
chacun sera le beau-frère de son frère.
Un mauvais temps,
le fils trahira son père,
la fille trahira sa mère […][/citation]
En voici un autre, qui lui aussi parle de lui-même, du « file » Ferchertne dans le « Dialogue des deux sages » :
[citation][…] J’ai, à la vérité, de terribles nouvelles. Les temps seront mauvais ; les chefs seront nombreux, les honneurs peu nombreux ; les vivants briseront leurs bons jugements.
Le bétail du monde sera stérile ;
les hommes rejetteront la modestie ;
les champions des grands seigneurs avanceront ;
les hommes seront méchants ; les rois seront peu nombreux ;
les usurpateurs seront nombreux ;
les reproches seront légion ; chaque homme sera mutilé ;
les chars se briseront dans leur course ;
les ennemis consumeront la plaine de Niall ;
la vérité ne garantira plus l’excellence.
On cherchera les sentiers autour des églises ;
Tout art sera de la bouffonnerie ;
Tout mensonge sera préféré. […][/citation]
Cet extrait finit ainsi :
[citation]Il viendra ensuite sept années sombres ;
elles cacheront les lumières du ciel ;
au trépas du monde, elles iront en présence du jugement ;
un grand jugement, ô fils, grandes nouvelles, nouvelles horribles, mauvais temps[/citation]
La notion de jugement étant ici évidemment chrétienne…
3.2.3. Le style d’écriture. Celui du Silmarillion relève de la dramaturgie, plus proche des styles usités dans les récits celtes que nordiques (mais peut-être est-ce la traduction qui donne ce visage), ceux-ci étant plus... Comment dire… Folkloriques ? ;-) C’est-à-dire qu’ils se servent de nombreuses métaphores et répétitions non présentes dans le Silmarillion. On pourrait peut-être y voir une quelconque influence romantique.
Quelques remarques pour finir :
Les trois vierges du frêne Yggdrasill (Urdr, Verdandi, Skuld), les bons exemples de tisseuses de destin, vivent au pied d'Yggdrasill, pas au sommet... ;-)
L’exemple que j’ai trouvé être le plus représentatif de l’influence nordique sur Tolkien est l’extrait du poème Crist de Cynewulf : « Eàlà Earendel etc… »
Voilà, c’était en gros à peu près tout ce que je voulais dire.
A bientôt,
Vay ;-)

