09-07-2002, 18:09
Come not between the dragon and his wrath...
Didier, à me lire, n'as-tu pas l'intuition que ces deux fuseaux sont le lieu idéal pour la 'prépublication' d'un futur article? Oui article il y aura, très bientôt ;-) ...j'espère ;-), en tous cas, je fais tout pour !
Mais si je m'étais limité directement à sa seule rédaction sans passer par les contraintes d'un fuseau je ne crois pas que l'article aurait pris une telle ampleur.
La 'discussion'... c'est elle justement que je recherche ; pour savoir si je suis dans une impasse ou bien si je fais bien de continuer, pour enrichir ou corriger (ainsi, la dernière réflexion de Cédric m'a poussé à enrichir une justification à venir). C'est ce travail circulaire (article-fuseau-article-...) qui est enrichissant.
Tous les romans de Dumas (je ne me compare pas à Dumas, rassure-toi) étaient prépubliés quotidiennement dans les journaux ; mais peut-être n'aimes-tu pas les feuilletons qui durent.
Peut-être es-tu impatient de connaître la suite. Oui, c'est ça ! Pourtant je croyais qu' " aucun dragon ne peut résister à la fascination de propos énigmatiques et ne peut se retenir de perdre son temps à essayer de les comprendre " [Bilbo le Hobbit, XII, LdPoche p.231]... ;-)
Je vais prendre finalement ton message comme un encouragement à poursuivre de plus belle !
Pour te permettre reprendre ton souffle au sortir de cette 'analyse tentaculaire', je t'offre une pose en forme d'excursus ;-)
À bientôt :)
Cette terrible colère ('rage' : p.90) est issue d'une jalousie dévorante ('suspicion' : p.90 x2), celle que provoque l'Anneau chez celui qui en est dépossédé. Physiquement, les yeux de Gollum, assimilés à des 'lampes' (p.78.91), émettent une lumière 'pale' (p.78 x2, 79 x2, 90.91) et surtout, caractéristique notable, 'verte' (p.90.91.94) dès lors qu'il est en colère. Tolkien emprunte-là une des extraordinaires métaphores inventées par Shakespeare qui lie la couleur verte à la jalousie soupçonneuse :
C'est la seconde fois (cf. IX.1.4) que nous rencontrons un contact entre Tolkien et Shakespeare dans ce chapitre. Il faut noter que dans les deux cas, ces contacts concerne l'œil (ou les yeux) associé à une métaphore.
Certains diront que, n'aimant pas Shakespeare, Tolkien n'a pas pu s'en inspirer. C'est oublier la nature des reproches que Tolkien faisait à Shakespeare : certes il ne supportait pas son traitement des elfes (L131.151 [1,p.143.185] ) ou des arbres enchantés partant en guerre (L163 [1,p.212] /Macbeth [48]), mais il savait apprécier ses talent d'auteur de théâtre (L76 [1,p.88]), certains de ses personnages (au point d'y trouver quelques liens avec ses propres personnages : L64 [1,p.77]) et certaines tirades (L219 [1,p.300] où Tolkien fait sien, sans le citer, le commentaire de Puck à propos des hommes : 'Seigneur, que ces mortels sont fous !' [49]).
N'oublions pas non plus Grimalkin, le nom d'un chat (certainement une chatte) apparaissant sur le post-scriptum d'une de la lettre L309 [1,p.398] :
Est-ce à dire que Tolkien a eu un chat ? il semble bien que oui, même si j'hésite à trancher sachant qu'il considérait les chats (certes siamois, mais des chats malgré tout) comme appartenant à la 'faune de Mordor' (L219)... Ce qui nous importe ici, c'est le nom 'Grimalkin' ; ce nom apparaît dans les dictionnaires en 1630 et remonte à 'Gray-malkin' ; or, Graymalkin est la chatte de la première sorcière de Macbeth (Macbeth, I.1) ! Tolkien ne pouvait pas ne pas le savoir ; cela ne l'a pas empêché d'utiliser ce nom qui, déformé, évoquait les frères Grimm.
Dans le même ordre d'idée, il est connu que Tolkien n'aimait pas la langue française ; pour autant, il préférait utiliser le prénom français 'Aimée' plutôt que son dérivée anglais 'Amy' dans sa correspondance avec Amy Ronald (L309 [1, p.398]).
Apparemment, Tolkien était plus subtil dans ses jugements qu'il n'y paraît, sachant reconnaître (et utiliser) les qualités de 'l'adversaire'. [50]
Bibliographie et note :
[48] Macbeth IV,1,108-16 ; V,3,2.63 ; V,5,33.42-44 ; V,10,30 (scènes et vers correspondent à l'édition d'Oxford 1986 qu'on trouve dans Tragédies II , Bouquins 1995).
Hisweloke Wrote:Alors, Sosryko, à quand une mise en forme d'article hors-forum, lisible dans sa totalité sur quelque page dédiée? C'est là, il me semble, ce qui resterait à faire. Du passage de la discussion à celui d'article...;)
Didier, à me lire, n'as-tu pas l'intuition que ces deux fuseaux sont le lieu idéal pour la 'prépublication' d'un futur article? Oui article il y aura, très bientôt ;-) ...j'espère ;-), en tous cas, je fais tout pour !
Mais si je m'étais limité directement à sa seule rédaction sans passer par les contraintes d'un fuseau je ne crois pas que l'article aurait pris une telle ampleur.
La 'discussion'... c'est elle justement que je recherche ; pour savoir si je suis dans une impasse ou bien si je fais bien de continuer, pour enrichir ou corriger (ainsi, la dernière réflexion de Cédric m'a poussé à enrichir une justification à venir). C'est ce travail circulaire (article-fuseau-article-...) qui est enrichissant.
Tous les romans de Dumas (je ne me compare pas à Dumas, rassure-toi) étaient prépubliés quotidiennement dans les journaux ; mais peut-être n'aimes-tu pas les feuilletons qui durent.
Peut-être es-tu impatient de connaître la suite. Oui, c'est ça ! Pourtant je croyais qu' " aucun dragon ne peut résister à la fascination de propos énigmatiques et ne peut se retenir de perdre son temps à essayer de les comprendre " [Bilbo le Hobbit, XII, LdPoche p.231]... ;-)
Je vais prendre finalement ton message comme un encouragement à poursuivre de plus belle !
Pour te permettre reprendre ton souffle au sortir de cette 'analyse tentaculaire', je t'offre une pose en forme d'excursus ;-)
À bientôt :)
EXCURSUS : la colère de Gollum
'pale lamp-like eyes' (p.78)
'eyes like small green lamps' (p.91)
'pale lamp-like eyes' (p.78)
'eyes like small green lamps' (p.91)
Cette terrible colère ('rage' : p.90) est issue d'une jalousie dévorante ('suspicion' : p.90 x2), celle que provoque l'Anneau chez celui qui en est dépossédé. Physiquement, les yeux de Gollum, assimilés à des 'lampes' (p.78.91), émettent une lumière 'pale' (p.78 x2, 79 x2, 90.91) et surtout, caractéristique notable, 'verte' (p.90.91.94) dès lors qu'il est en colère. Tolkien emprunte-là une des extraordinaires métaphores inventées par Shakespeare qui lie la couleur verte à la jalousie soupçonneuse :
Portia [Aside] - How all the other passions fleet to air,
As doubtful thoughts, and rash-embraced despair,
And shuddering fear, and green-eyed jealousy!
=
Comme toutes autres passions sont dans l'air dissipées,
Telles que pensées craintives, détresse vite acceptée,
Jalousie maladive, ou peur qui fait frémir !
[Le Marchand de Venise, III.2, Comédies II, p.134-5, trad. Pierre Spriet, Bouquins 2000]
Iago - O, beware, my lord, of jealousy;
It is the green-eyed monster which doth mock
The meat it feeds on;
=
Ah ! gardez-vous, monseigneur, de la jalousie !
C'est le monstre aux yeux verts, qui nargue la provende
Dont il se repaît.
[Othello, III.3, Tragédies II, p.138-9, trad. Léone Teyssandier, Bouquins 1995]
Mortimer -These eyes, like lamps whose wasting oil is spent,
Wax dim, as drawing to their exigent ;
=
Mes yeux, ces lampes où l'huile épuisée fait défaut,
S'obscurcissent, comme avant de s'éteindre.
[1 Henry VI, II.5, Histoires II, p.108-9, trad. Victor Bourgy, Bouquins 1997]
C'est la seconde fois (cf. IX.1.4) que nous rencontrons un contact entre Tolkien et Shakespeare dans ce chapitre. Il faut noter que dans les deux cas, ces contacts concerne l'œil (ou les yeux) associé à une métaphore.
Certains diront que, n'aimant pas Shakespeare, Tolkien n'a pas pu s'en inspirer. C'est oublier la nature des reproches que Tolkien faisait à Shakespeare : certes il ne supportait pas son traitement des elfes (L131.151 [1,p.143.185] ) ou des arbres enchantés partant en guerre (L163 [1,p.212] /Macbeth [48]), mais il savait apprécier ses talent d'auteur de théâtre (L76 [1,p.88]), certains de ses personnages (au point d'y trouver quelques liens avec ses propres personnages : L64 [1,p.77]) et certaines tirades (L219 [1,p.300] où Tolkien fait sien, sans le citer, le commentaire de Puck à propos des hommes : 'Seigneur, que ces mortels sont fous !' [49]).
N'oublions pas non plus Grimalkin, le nom d'un chat (certainement une chatte) apparaissant sur le post-scriptum d'une de la lettre L309 [1,p.398] :
J.R.R. Tolkien
Avait un chat appelé Grimalkin :
Autrefois animal de compagnie de Herr Grimm
Aujourd'hui il lui impose sa loi
Est-ce à dire que Tolkien a eu un chat ? il semble bien que oui, même si j'hésite à trancher sachant qu'il considérait les chats (certes siamois, mais des chats malgré tout) comme appartenant à la 'faune de Mordor' (L219)... Ce qui nous importe ici, c'est le nom 'Grimalkin' ; ce nom apparaît dans les dictionnaires en 1630 et remonte à 'Gray-malkin' ; or, Graymalkin est la chatte de la première sorcière de Macbeth (Macbeth, I.1) ! Tolkien ne pouvait pas ne pas le savoir ; cela ne l'a pas empêché d'utiliser ce nom qui, déformé, évoquait les frères Grimm.
Dans le même ordre d'idée, il est connu que Tolkien n'aimait pas la langue française ; pour autant, il préférait utiliser le prénom français 'Aimée' plutôt que son dérivée anglais 'Amy' dans sa correspondance avec Amy Ronald (L309 [1, p.398]).
Apparemment, Tolkien était plus subtil dans ses jugements qu'il n'y paraît, sachant reconnaître (et utiliser) les qualités de 'l'adversaire'. [50]
Bibliographie et note :
[48] Macbeth IV,1,108-16 ; V,3,2.63 ; V,5,33.42-44 ; V,10,30 (scènes et vers correspondent à l'édition d'Oxford 1986 qu'on trouve dans Tragédies II , Bouquins 1995).
[49] On trouve ce commentaire de Puck (= Robin Goodfellow) dans Songe d'une nuit d'été III,2,115 (Comédies I , Bouquin 2000).
[50] Cf. également Vincent Ferré, Tolkien : sur les rivages de la terre du milieu, Bourgois 2001, p.135-7 pour d'autres emprunts de Tolkien à Shakespeare, dans le Seigneur des Anneaux cette fois.
Sosryko

