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Énigmes et caractère...
#95
Hello tout le monde !
J’ai attendu un peu avant d’intervenir dans ce fuseau car il m’a fallu, tel le saumon, remonter la rivière jusqu’au fuseau "Enigmes et caractère" pour avoir enfin une vue d’ensemble salutaire sur toutes tes remarques pertinentes, Sosryko. Ton travail est admirable et je me joins au concert de louanges qui salue tes références qui semblent n’avoir aucune limite. J’en apprends beaucoup en te lisant et de cela, je voulais te remercier.

Cela dit, tu cherches, semble-t-il, en postant ton travail au fur et à mesure, à affiner ton étude en étant à l’écoute des éventuelles critiques… Je ne sais pas si j’ai l’étoffe d’engager une joute oratoire avec toi (puisque tel est le sujet… :-)) mais je voudrais juste te faire part de mes réticences à la lecture du chapitre :
X.2) Bilbo le Hobbit, Tolkien et le chiffre 3
Comme toi, « Je ne suis pas du tout un partisan systématique d’interprétations numériques ou ésotériques » et j’avoue que la première lecture de ce chapitre m’a laissée perplexe… et qu’au final, il ne me convainc pas complètement.
Ainsi l’inventaire que tu fais de toutes les occurrences de triades dans ce chapitre de "Bilbo le hobbit" ne me surprend pas plus que cela. Le rythme ternaire en littérature est très fréquemment utilisé. Répéter trois la même chose permet d’insister de manière forte sur un élément du texte, voire de montrer l’accomplissement total d’une action (le chiffre 3 étant symbole de perfection, comme tu le rappelles très bien). C’est le cas des exemples que tu cites :

He had a ring (B1), a golden ring (B2), a precious ring (B3).
[Bilbo le Hobbit, p.88]

) He could hear nothing,
(A) see nothing,
(A) and he could feel nothing
(B) except the stone of the floor.
[Bilbo le Hobbit, p.75]

Je pourrais en citer bien d’autres tirés d’autres ouvrages que ceux de Tolkien. Il n’est pas le seul à avoir recours à l’anaphore !

and I want to get unlost. And I won the game, and you promised.
[Bilbo le Hobbit, p.89]

Maintenant, faire le constat que ce rythme ternaire n’est pas d’une originalité criante n’empêche pas d’envisager le pourquoi de son emploi dans ce chapitre précis… Là-dessus, je comprends tout à fait ta démarche mais je ne pense que ce soit la meilleure voie pour parvenir à la conclusion que le chiffre 3 joue un rôle-clé dans ce chapitre comme dans beaucoup de contes…

A moi maintenant d’avancer une conjecture : ce rythme ternaire, au-delà de la résonance qu’il prend dans ce chapitre, me semble être une caractéristique en particulier du langage de Gollum. J’en veux pour preuves ces citations tirées du SDA qui font parfois écho aux citations que tu donnais dans ton article :

Voleur, voleur, voleur !
Baggins!
On te hait, on te hait, on te hait
À jamais ! "
[Bilbo le Hobbit, p.95]

C’est Gollum qui parle en découvrant que Frodo et Sam sont en possession de l’Anneau :
« Où est-ce où est-ce : mon trésor, mon trésor ? Il est à nous, oui, on le veut. Les voleurs, les voleurs, les sales petits voleurs. Où ssont-ils avec mon trésor ? Qu’ils soient maudits ! On les hait. » (SDA, p.352, éd. Folio Junior)

Sa réaction devant le lembas que lui propose Frodo :
« Par la poussière et les cendres ; il ne peut pas manger ça. Il doit jeûner. Mais ça ne fait rien. Gentils Hobbits ! Sméagol a promis. Il jeûnera. Il ne peut pas manger la nourriture des Hobbits. Il jeûnera. » (SDA, p.366)

Le dialogue schizophrénique de Gollum devant Frodo endormi :
« Mais Il verra, Il saura. Il nous le prendra ! » (SDA, p.384) : exemple de rythme ternaire sans répétition
« Manger du poisson tous les jours, trois fois par jour » (id.) : encore l’obsession du chiffre 3 ?
« Très précieux trésor de Gollum ! il faut l’avoir. On le veut, on le veut, on le veut ! » (id.)

Je m’arrête là pour les citations : il me semble que ces répétitions ternaires sont une caractéristique du langage déconstruit de Gollum, reflet de son évidente schizophrénie. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet mais je pense que le recours au rythme ternaire dépasse largement le cadre du chapitre V de Bilbo le hobbit et qu’il est le reflet du caractère de Gollum de manière plus générale.

Voilà ces quelques remarques n’avaient que pour but d’affiner ta réflexion, sans doute y trouveras-tu des objections… :-) C’est la seule ombre au tableau que je puisse relever, tableau qui, du reste, me laisse béate d’admiration !
Je constate que je me répète à la manière de Gollum, aussi vais-je aller me coucher en attendant tes commentaires sur un sentiment tout à fait personnel… :-)

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