Merci à toi Sosryko pour ton développement, qui me semble audacieux, mais, justifié compte tenu du contexte dans lequel Tolkien écrit, et ma foi, fort convainquant. Il y aura une suite ? Je la lirai avec beaucoup d’intérêt.
Merci aussi à toi Cathy poub ton indéressand rapprochement avec la mythologie nordique.
Salut Nikita. C’est toujours bien agréable de rencontrer quelqu’un qui partage, semble-t-il, un même sentiment.
Quelques précisions concernant mon intervention : lorsque j’écris « je ne pourrais jamais lui pardonner(…)», il s’agit bien sûr d’une figure de style. Comme toi, je pense que aborder la question de l’après-aventure, faire redescendre le lecteur dans la réalité quotidienne des personnages, terminer sur une note résolument nostalgique et cette idée de la fin d’un monde, est l’une des grandes originalités du SDA, l’un des points fort majeurs qui en font bien plus qu’un récit de «fantasy» classique. Loin de moi tout souhait de «happy end» facile.
Toutefois, même si je conviens que cela renforce considérablement l’aspect dramatique du récit, je trouve, très affectivement, que Tolkien « en remet un peu » en enfonçant ainsi son héros. N’aurait-il pas pu éviter de le décrire aussi isolé, tout en préservant l’esprit de son histoire ? On peut comprendre du Merry et Pippin acquièrent le succès, vu leur grande taille et leurs armures scintillantes, mais pourquoi les gens auraient-il plus envie d’entendre le récit des exploits de Sam que ceux de Frodo ??
Ou plus, n’aurait-il pas pu laisser le lecteur dans l’expectative au sommet du Mont Doom : décrire Frodo comme incapable de jeter l’Anneau mais aussi comme incapable de s’en servir – avant de se faire assaillir par Gollum ? Il n’en était pas à une question sans réponse près. (Ce qui aurait fait couler beaucoup d’encre et de discussions sur tous les forums tolkieniens du monde sur le thème « Frodo se serait-il servi de l’Anneau ou l’aurait-il jeté ? » !) Dans le fond, j’aurais peut-être préféré que Frodo meure sur les flancs de la montagne du Destin. Est-il quelque chose de pire que l’indifférence ?…
C’est un peu comme si Tolkien avait décidé, à un moment de son écriture, d’abandonner son héros, comme s’il ne l’intéressait plus, ou, pire, qu’il lui en voulait. Il semblait pourtant bien l’aimer au début de l’histoire ;-)
Je suppose que tout écrivain met quelque chose de lui-même dans son œuvre. Je m’interrogeais donc sur les raisons pour lesquelles Tolkien avait fait ce choix. Mon sentiment est qu’il devait lui-même être fort amer sur l’humanité, qu’il a décrit comme incapable de témoigner sa reconnaissance envers celui qui se sacrifie pour elle. Cela est probablement dû au contexte chrétien dans lequel il écrit, mais aussi à son expérience personnelle (comme le rappelle bien justement Sosryko. Merci à toi !).
NIKITA : « Quant à la dissolution de leurs liens ,elle est inévitable, une fois leur mission achevée, chacun poursuit sa route. Il est toujours amer de quitter un groupe avec lequel on a vécu une expérience forte mais c’est la vie : la nostalgie est inhérente à notre condition mais ne doit pas nous empêcher d’avancer. Franchement tu t’attendais à de joyeuses retrouvailles avec soirée diapos ? … »
C’est effectivement comme cela que ça se passe le plus souvent dans la réalité. Les ‘amitiés’ vont et viennent au fil du courant et des intérêts. C’est la vie, comme tu dis. Ce type d’amitié ne résiste pas au quotidien. CQFD – Merci Mr. Tolkien ! Il m’avait semblé que lorsqu’on avait de l’amitié pour quelqu’un, on se souciait de ce qu’il devenait, et l’on essayait de l’aider lorsqu’il se trouvait dans les difficultés… Mais peut-être ais-je une conception un peu vieux-jeu de l’amitié… Dans le récit, c’est un peu comme si, l’aventure terminée, on clôturait les comptes, puis chacun sa m…. (Oups ! J’espère cher Webmestre que tu ne m’en voudras pas ! ;-)
Plus sérieusement, je concède bien volontiers que mes propos étaient un peu outranciers. Nier que l’amitié est un thème central et une valeur forte dans le SDA serait refuser l’évidence. On pourrait dire que la solidarité s’exerce entre les membres de la Communauté, et s’achève ou n’a plus lieu d’exister, une fois la guerre de l’Anneau terminée – et que, d’autre part, il existe une amitié fidèle entre Sam et Frodo et entre Gimli et Legolas. Si les choses sont formulées de la sorte, je suis d’accord avec les remarques. Et merci de me permettre ainsi de clarifier mes propos à ce sujet.
Enfin, je ne partage pas tout à fait ton point de vue, repris par Cathy, lorsque tu parles de « faute » de Frodo. Tolkien précise en quoi l’Anneau tente Gollum, Galadriel et même Sam, lorsqu’il le porte un instant – à savoir : la puissance, le pouvoir. Mais, il ne le dit jamais pour Frodo. Cette habile omission laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. (C’est aussi pour ça que j’adore Tolkien !) Pour ma part, j’en retire que le pouvoir ne peut tenter Frodo. Il ne rêve pas de détrôner Sauron ou de pourfendre ses ennemis à coups d’épée. Je pense que l’Anneau prend possession de Frodo. Après avoir annihilé sa joie de vivre (il devient de plus en plus grave et fermé), sa vitalité, son énergie vitale (il est de plus en plus épuisé), puis son espoir, l’Anneau s’occupe à détruire sa propre identité (à mesure qu’il s’enfonce en Mordor, tous ses souvenirs s’effacent – l’Anneau finit pas occuper toute sa pensée, il ne peut plus voir que lui). Sur le point d’atteindre le sommet du Mont Doom, la possession a quasi achevé son œuvre puisqu’il ne peut plus contrôler lui-même ses mouvements (A ce propos, il manque dans la traduction française une réplique qui me semble fort importante pour décrire la progression du mal : lorsqu’il s’écroule alors qu’il est presque au sommet, Frodo murmure « Aide-moi, Sam ! Aide-moi, Sam ! Tiens ma main. Je ne peux pas l’arrêter » (*). Et la pensée comme quoi c’est la fin des fins, c’est Sam qui l’a – ce qui est aussi important dans l’évolution de Sam – Enfin, je suis loin d’avoir parcouru tout ce site. L’erreur est sûrement connue de la majorité d’entre vous). Lorsqu’arrive le bout du chemin, l’Anneau casse le dernier fil qui permettait encore à Frodo de continuer cad sa volonté et achève ainsi de détruire son être propre. Je ne dirais donc pas que Frodo faute en se laissant tenter, mais bien que Frodo échoue car l’Anneau vient à bout de sa résistance et achève sa possession. C’est cette profonde destruction qui laisse Frodo inguérissable, vidé, au sens littéral. Autrement dit, l’Anneau qui avait finit par prendre toute la place chez Frodo en anéantissant tout le reste, est finalement détruit lui-même. Il ne reste à Frodo qu’un grand vide. D’où la réplique citée par Cathy. Pour moi, Frodo est bien plus « victime » que « pécheur ». Bien sûr, il s’agit-là d’une interprétation toute personnelle, mais qui me semble aussi pouvoir tenir la route, vu le silence de Tolkien à ce propos.
Sur ce, les autres commentaires éventuels attendront un certain temps, vacances obligent – si vous voyez ce que je veux dire… La pensée de lire la suite de toutes ces cogitations à mon retour, me réjouit déjà ! A bientôt.
Ylem
(*) « Sam knelt by him.. Faint, almost inaudibly, he heard Frodo whispering : ‘Help me, Sam ! Help me, Sam ! Hold my hand ! I can’t stop it’. Sam took his master’s hands and laid them together, palm to palm, and kissed them; and then he held them gently between his own. The thought came suddenly to him :’He’s spotted us ! It’s all up, or it soon will be. Now, Sam Gamgee, this is the end of ends.’ Again he lifted Frodo (…)” (book 6 chap. 3).

