Tout d'abord, sorry Nikita, mais, si je saisis parfaitement ton point de vue au sujet de la convoitise, il n’est pas parvenu à me convaincre.
Si l’on convoite quelque chose, c’est toujours pour une bonne raison : la richesse, le sentiment d’appartenir à un groupe (mode), être meilleur que son voisin, se faire valoir auprès de ses pairs, atteindre la gloire, j’en passe…
Or, il n’y a aucune raison pour laquelle Frodo serait pris de ce désir de possession, alors qu’au contraire, il démontre son désintéressement tant pour le pouvoir que la gloire ou que la possession matérielle d’un bout à l’autre du récit.
Mais bon, comme déjà dit, l’œuvre de Tolkien laisse suffisamment de place à l’interprétation pour que la tienne et la mienne puissent coexister !
Un tout grand merci, Jean, pour les références dans HoME et dans la correspondance de Tolkien. Cela me surprend qu’il ait pu imaginer une fin héroïque pour le SDA. Même « The Hobbit » laisse déjà entrevoir un épilogue en demi teinte.
« The Letters » attendant encore des jours tolkienniens meilleurs avant de se faire une place sur mes étagères, ça me ferait sincèrement plaisir si tu avais un peu de temps pour inclure les passages dont tu parles dans ce forum… Enfin… si tu en as l’opportunité et l’envie, naturellement…
Sinon, pour te répondre,
- Si Frodo force l’admiration de Saroumane, celui-ci lui prédit qu’il ne peut espérer ni santé ni longue vie. Peut mieux comme encouragement, non ?
- Gandalf saisit effectivement que Frodo souffre d’un mal inguérissable, mais « il ne répondit rien » et après leur séparation, jamais il ne revint dans la Comté. « Quand ses outils ont rempli leur tâche, il les laisse tomber », dit Saroumane. C’est une peu excessif, d’accord, mais pas tout à fait faux.
- Oui, tu as raison, Gandalf et Aragorn qui sont justes et sages, savent ce que la Terre du Milieu doit à Frodo et font en sorte que les honneurs lui soient rendus à l’issue de la Quête. Mais une fois l’exaltation de la victoire passée, il ne reste plus, au mieux, qu’un souvenir. En Terre du Milieu comme ailleurs, la toute puissante « insoutenable légèreté de l’être » règne sur le quotidien et ne laisse guère de place, dans la durée, à la profondeur des relations.
- On peut effectivement voir le départ de Frodo à l’Ouest comme une récompense suprême et exceptionnelle. On peut aussi y voir une allégorie de la mort. Le départ de Frodo, cela veut dire aussi qu’il n’est plus utile, plus intéressant pour la Terre du Milieu. Quel dommage, alors que « le nettoyage de la Comté » montre amplement la sagesse et la grandeur qu’il a acquises lors de sa Quête. N’avait-il pas encore beaucoup de choses à apporter ? C’est un peu comme si la Terre du Milieu n’avait rien à faire de son discours humaniste, mais préfère être éblouie par les armures étincelantes de Merry et Pippin. Cela aussi fait partie de l’amertume de la fin du récit.
Pour conclure, d’accord pour mettre un bémol à mon jugement,… mais alors, un tout petit bémol ;-)
Ylem.

