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Affaire de volonté
#83
>Keren :

Justement, Keren, là où tu te trompes, c'est que le mot Insensé/Fool est un mot appartenant au vocabulaire biblique (qui a dit qu'il n'y avait pas de mots 'familiers' dans la Bible?) : il apparaît pas moins de 95 (95!!) fois dans la Bible...et Dieu l'utilse même pour rappeler à l'homme sa folie, dans une parabole rapportée par Jésus [Luc 12:20]:

[citation](20) Mais Dieu lui dit, Insensé! cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui sera-ce?
= (20) But God said unto him, `Thou fool, this night thy soul shall be required of thee. Then whose shall those things be, which thou hast provided?'
[/citation]

Par contre, tu as tout à fait raison lorsque tu estimes que les propos de Gandalf renvoient à l'épisode d'Amon Hen, seulement deux choses :

1) Quant à l'assaut de Frodon par l'Oeil de Sauron sur Amon Hen [II.10], il a lieu le 26 février [AppA, SdA, p.1173], soit 12 jours après la résurrection de Gandalf, devenu Gandalf le Blanc et envoyé de nouveau en TdM par Eru lui-même (cf. dém. ci-dessus).
Gandalf n'est plus désormais un 'simple' ange des Valar, il est devenu l'ange d'Eru, l'équivalent de "l'ange du Seigneur" ou de "l'homme" dans l'AT, lequel a un statut bien particulier dans la Genèse, car ses paroles semblent se confondre avec la voix de Dieu (cf. Genèse, en particulier la visite des trois hommes à Abraham et la lutte de Jacod avec 'l'ange'). Et l'aide de Gandalf à Frodon ressemble encore plus à l'aide de l'Ange auprès de Jésus au Jardin selon Luc. Mais croire que Dieu n'était pas présent au jardin est une erreur...

2) Maintenant, je répète ma position : je suis certain que Tolkien a révisé son texte pour qu'il puisse être lu selon deux niveaux ;

  • le premier étant le plus manifeste : il s'agit d'un livre qui raconte une histoire, et les lecteurs de ce seul livre peuvent la comprendre et l'apprécier pour sa valeur intrinsèque : il s'agit de la lecture que j'ai qualifiée "d'épique" ; à ce niveau, qu'Eru/Dieu intervienne ou pas n'est pas essentiel, il n'est donc pas nommé au point qu'on pourrait se croire dans un monde sans Dieu. Selon cette lecture, c'est Gandalf qui aide Frodon sur l'Amon Hen.
  • le second niveau de lecture, plus élaboré n'est pas destiné à être manifeste à la première lecture; il correspond à une lecture religieuse, une interprétation théologique de l'aventure de Frodon. Là Dieu est le principe de toute chose, et si Frodon est une 'figure' de Christ, cela se traduit par des textes qui sont des 'figures' du texte bibliques : tout ne 'cadre' pas, mais l'essentiel est là, car l'inspiration est religieuse. Selon cette grille de lecture, c'est Eru qui aide Frodon sur l'Amon Hen car Dieu, par son Esprit, aide son serviteur ("avec la tentation, il préparera aussi le moyen d'en sortir" [1Co 10:13]).
  • maintenant, une troisième lecture est possible pour les lecteurs du Silmarillion : il s'agit de la lecture "épique" qui traite Eru comme un personnage, qui intervient très peu, que par archanges (Valars dans le Silm) et anges (Gandalf sur Hamon Hen) interposés, un "bon" personnage dont les "bons" représentants luttent contre le "méchant" Sauron. De cette lecture, l'essentiel de la dimension religieuse ou parabolique (figurative du texte biblique) passe à la trappe devant l'action, ce qui se passe, qui fait quoi (c'est Eru ou Gandalf?), qui dit quoi (la Voix, c'est celle de Gandalf ou d'Eru?). Pour cette lecture, il s'agit de Gandalf qui, grâce à Eru qui l'envoie, sauve Frodon à Hamon Hen.

Mais comprends bien que mon commentaire avait pour but de mettre en évidence essentiellement la deuxième grille de lecture, même si la troisième a tout mon soutien ;-)

S.
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