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Baton de Gandalf
#23
Dans le fuseau le Bâton est brisé, il me semble que quelqu'un a dut demander quelques indications mythologiques sur le bâton, dont je vais faire un petit exposé. Cet externalisme me semble nécessaire (malgré les perfides chuchottements des mauvaises langues), afin de limiter le champ des recherches, car au bout d'un moment on patauge.

Le bâton apparait dans la symbolique sous divers aspects, essentiellement comme arme et surtout comme arme magique ; comme soutien de la marche du pasteur et du pélerin ; comme axe du monde.

Il revêt tous ces sens dans l'iconographie hindoue : arme entre les mains de plusieurs divinités, mais surtout de Yama, gardien du sud du royaume des morts ; son bâton joue un rôle de contrainte et de punition. Par contre entre les mains de Vâmana et de Vishnu, c'est un bâton de pélerin ; nous dirons qu'il est axe du brahmane. Les bâtons de Ninurta frappent le monde et s'apparentent à la foudre. Appui pour la marche, mais signe d'autorité : la houlette du berger et le bâton du commandement. Le bâton du moine bouddhiste est appui pour la marche, arme de défense, signal d'une présence : il est devenu symbole de l'état monastique et arme d'exorcisme ; il écarte les influences pernicieuses, libère les âmes de l'enfer, apprivoise les dragons et fait naître les sources : baguette de la fée et bâton du pélerin.
De même lorsque Gandalf use de son bâton dans la Moria, il y a une référence à l'éclair. Il s'en sert pour délivrer Théoden des chuchotements de Grima (ou du moins l'a sur lui), c'est en quelque sorte un acte d'exorcisme. Et les Cinq magiciens en disposent, symboles de leur ordre, comme chez les moines bouddhistes. A cela se rajoute, que Saroumane est punit par Gandalf, en lui brisant son bâton.

D'une façon générale, le bâton du chaman, du pélerin, du magicien, du maître est symbole de la monture invisible, véhicule de ses voyages à travers les plans et les mondes. Et le meilleur compagnon de Gandalf, c'est bien son bâton, son Johny-Jumper.

Les bâtons relèvent aussi d'un symbolisme axial au même titre que la lance, manifestation de l'activité céleste chez les hindous. L'axe relie entre eux les domaines ou les états hiérarchisés en leur centre. Il peut s'agir d'unir la Terre au Ciel, ou du moins les centres de ces derniers ; ou d'unir le monde souterrain, la terre et le ciel. C'est le long de l'axe que s'élève vers les états supérieurs celui qui est arrivé au centre, c'est à dire à l'état édénique ou primordial.
Gandalf n'est-il pas un Maïa, et donc un esprit céleste, présent sur terre. Son bâton peut donc symboliser cette union. Et lorsque Gandalf réssuscite, il atteint en quelques sortes un état édénique et dispose d'un corps glorieux, d'avant la Chute (évoquée dans l'Atrabeth). Car il ne faut pas oublier que Gandalf, comme le Christ est un être incarné, et est donc matériellement parlant, un homme à part entière, qui connaît mort et douleurs.

Il faut encore citer la bâton de Moïse, se transformant en serpent, puis redeveant bâton. c'est, selon certaines interprétations, la preuve de la supématie du Dieu des Hébreux ; pour d'autres le symbole de l'âme transfigurée par l'Esprit Divin. Autres associations du bâton et du serpent : les bâtons d'Esculape et d'Hygie, emblêmes de la médecine et qui figurent les courants du caducée, courants de la vie physique et psychique. Ils évoquent l'autre bâton de Moïse, qui deviendra serpent d'airain et une préfiguration de ka Croix rédemptrice.

Le bâton est encore considéré comme symbolisant le tuteur, le maître indispensable en initiation. Se servir du bâton, pour faire avancer la bâte, ne signifie pas frapper (ce serait masquer le vrai sens du bâton) mais s'appuyer dessus : le disciple avance en s'appuyant sur les conseils de son maître.
Encore une fois, nous pouvons considérer Gandalf comme un maître, un initiateur, dans la mesure où c'est lui qui entraîne Bilbo et Frodo dans leurs périples, et leur est d'une grande aide.

Soutien, défense, symbole de souveraineté, de puissance et de commandement, tant dans l'ordre intellectuel et spirituel que dans la hiérarchie sociale. Le bâton, signe d'autorité et de commandement, n'était pas réservé seulement, en Grèce antique, aux juges et aux généraux, mais aussi comme marque de dignité à certains membres de l'enseignement supérieur.
Le bâton de maréchal est le signe suprême de commandement : le roi déléguant son pouvoir, donne son bâton au maréchal de France ; le Grand Juge donne la verge à l'huissier ; le maître sa baguette au majordome ; les suisses d'un palais représentent leur seigneur par un bâton. Aux funérailles des rois de France, lorsque les obsèques étaient terminées, le Grand Maître des cérémonies criait par trois fois "le Roi est mort !" en brisant son bâton sur son genou.
Le bâton, est de même le signe de l'autorité légitime, qui est confié au chef élu d'un groupe. Le bâtonnier dans l'Ancien temps, était un chef élu qui portait aux processions le bâton ou la bannière d'une confrérie. De même l'ordre des avocats, dabs les cérémonies de la confrérie de saint Nicolas, portait le bâton de saint Nicolas. Je ne rappellerais ici que pour mémoire la crosse pastorale de l'évâque, transfiguration du bâton de berger.
Briser le bâton de Saroumane reviendrait donc à "abolir" l'autorité qu'il détenait parmi les Cinq Magiciens.

La symbolique du bâton est également en rapport avec celle du feu, et en conséquent, avec celle de la fertilité et de la régénération. Le feu a jailli du bâton, selon la légende grecque. C'est Hermès, qui aurait été l'inventeur du feu. Hormis celui qu'apporta Prométhée du ciel, en frottant ensemble de bâtons. Ce feu terrestre serait de nature différente, chtonienne, de celle du feu céleste, ouranienne, dérobé aux dieux par Prométhée ; celui-ci ne serait devenu tellurique que pour être descendu de l'Olympe des Immortels parmi les hommes de cette terre.
Ce feu, celui de l'étincelle, de l'éclair, de la foudre est fertilisant : il fait pleurvoir ou fait jaillir les sources souterraines. Poussé par Yahvé et son peuple, Moïse frappe un rocher et de l'eau en jaillit. Le prêtre de Déméter frappait le sol avec un bâton, rite destiné à promouvoir la fertilité ou à évoquer les puissances souterraines.
On peut retrouver ici l'opposition de la Flamme d'Anor, le feu apaisant, le Feu Secret d'Eru, à la Flamme d'Udûn, le feu qui dévore, la flamme de Morgoth, le Marrisseur.

Une nuit, le fantôme d'Agamemnon apparaît en songe à Clytemnestre, durant lequel il enfonce son sceptre dans le sol (comme un bâton). Aussitôt Clylemnestre voit s'élever du sommet de cette tige un arbre florissant. Le bâton qui reverdit et fleurit annonce le retour prochain du fils d'Agamemnon, le vengeur. Il symbolise la vitalité de l'homme, la régénération et la résurrection.
On remarque, que Gandalf ressuscite bel et bien et est toujours en possession de son bâton. On peut hypothétiquement considérer, que l'arrivée de Gandalf à Minas Tirith, laisse présager le Retour du Roi, comme avec Agamemnon, mais cela est très flou.

Je vais m'attarder sur le pélerin quelques temps. Symbole religieux correspondant à la situation de l'homme sur terre, qui accompli son temps d'épreuves, pour accéder au moment de l'épreuve à la Terre Promise ou au Paradis Perdu. Le terme désigne l'homme qui se sent étranger dans le milieu où il vit, où il ne fait que passer à la recherche de la cité idéale. Le symbole exprime non seulement le caractère transitoire de cette situation, mais aussi le détachement intérieur par rapport au présent et l'attachement à des fins lointaines et de nature supérieur. Une âme de pélerin peut signifier aussi un certain irréalisme, corrélatif à un idéalisme quelque peu sentimental. Le pélerin accomplit son voyage non dans le luxe mais dans la pauvreté. Le bâton symbolise à la fois l'épreuve d'endurance et le dépouillement. Toutes ces conditions préparent à l'illumination et à la révélation divine, qui seront la récompense aux termes du voyage. Le pélerinage s'apparente aux rites d'initiation: il identifie au maître choisit.
Gandalf accède non seulement au Paradis Perdu, Valinor, à la fin du récit, et avec l'achêvement de sa mission. Il est dit le Pélerin Gris (Mithrandir), il ne cesse d'errer et ne s'établit jamais durablement. De tous les Magiciens, il est le seul à accomplir sa mission et à accéder au retour à Valinor. Radagast tombe amoureux de la faune et de la flore et Saroumane se tourne du côté du mal, et tous deux s'établissent de façon définitive, l'un à Myrkwood, l'autre à Orthanc. Tous deux perdent leur attachement en leur idéal céleste, et le délaissent pour la terre, l'un par amour, l'autre par convoitise.

Le bâton est étroitement lié à la baguette ; qui est symbole du pouvoir des hommes sur les choses, quand ils détiennent ce pouvoir d'une origine surhumaine. Chose qui est fort plausible, le bâton de Gandalf peut être le symbole du pouvoir qu'il a sur cette terre.
Comme le bâton la baguette est symbole de puissance et de clairvoyance, soit venues de Dieu, soit dérobées aux forces célestes ou reçues du démon. Mais là on ne connaît pas l'origine du bâton, je me garde de tout commentaires.
Dans la hiérarchie des filid irlandais, il est interressant qu'il y avait sept degrés, et à chacun correspondant à une matière différente. Le plus haut placé avait une baguette d'or, le second une baguette d'argent, et les autres cinq degrés d'une baguette de bronze. Ce qui est interressant à comparer avec les Istari, ayant des couleurs différentes en fonction de leurs rangs et possédants des bâtons.

Bonne nuit. Je ferais la conclusion en revenant, là j'en ait plus la force.

Tar Baladur, le Retour ! bientôt en vidéo et DVD collector. Un sriller époustouflant, avec Tar Baladur dans le rôle du céréal-killer et VOUS dans le rôle de la viande hachée.

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