Prenons l’exemple de la Guerre de l’Anneau. Il était nécessaire que Frodo se charge du fardeau de l'Anneau pour que Sauron puisse être détruit. Nécessaire mais non imposé ni suffisant.
Frodo a été mis en situation, ses pas l'ont amené jusqu'à un point où sa décision seule allait être déterminante. Ce moment, c'est au Conseil d'Elrond, quand tous se taisent, juste après que l'interrogation "fatidique" ait été posée : Qui se chargera du fardeau de l'Anneau ? Ce silence, seul Frodo peut le briser. Parce qu'il est nécessaire que ce soit lui qui porte l'Anneau. C'est nécessaire pour la suite, mais il est libre de refuser, théoriquement sinon moralement. Mais pourquoi refuser si c'est nécessaire ? À cause de l'incertitude, des risques, de la peur de l'échec et de la responsabilité. Parce que même son acceptation ne garantit pas que Sauron sera détruit. Et parce que pour pouvoir choisir en toute connaissance de cause, il doit aussi comprendre que c’est nécessaire. Que son acceptation est nécessaire, mais non suffisante. Que c'est un pas en avant, un pas important, mais que d'autres restent à venir.
Tout au long de leur périple, Frodo et ses compagnons vont être confrontés à d'autres nécessités, expression de la Nécessité ultime qui n'est pas seulement la destruction de Sauron... mais disons... la remise en ordre des choses (le retour à la situation de la Musique et la correction inévitable des couacs engendrés par Melkor et Sauron ?), pour un temps tout du moins. Cela passe par la neutralisation des fameux couacs : le Balrog, Saroumane, les Morts de Dun Harrow, le Roi-Sorcier d'Angmar... et enfin l'Anneau/les Nazguls/Sauron. Partout où les membres de la Communauté passent, ils redressent une situation anormale, non conforme à la Musique. A chaque fois qu'ils réussissent à neutraliser un tel couac, un bien, ou plutôt un mieux est obtenue, même s'il n'est pas tout de suite visible.
Il y a des moments clés dans le Seigneur des Anneaux, des moments ou un mortel doit prendre une décision déterminante. Ces moments sont particulièrement rendus par Tolkien qui insiste alors sur l'isolement du personnage. Frodo à Imladris, Frodo après l'échec du Caradhras, Frodo aux Emyn Muil, Aragorn après la dissolution de la Communauté, Aragorn à Dun Harrow, Gollum lorsque Frodo est endormi et sans défense puis lorsqu'il décide d'amener Frodo et Sam dans l'antre de Shelob, Sam face à ce qu'il croit être le cadavre de Frodon, Eowyn et Merry face au Roi-Sorcier, Frodon et Gollum sur les bords du Mont du Destin... Si je me souviens bien, à chacun de ces moments le récit fait une pause pour indiquer le débat intérieur qui agite le héros en question et insister sur la gravité de la situation. Tous ces moments correspondent à des choix entre l’acceptation de la Nécessité et… autre chose, peu importe. Au final, le libre arbitre, ce sont ce choix.
Pour en terminer avec ma conception de la Nécessité, je la comparerais bien à un arbre. Frodo en suit le tronc, les autres membres certaines branches maîtresses…
Loki

