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Occident vs Orient
#14
D’une certaine façon, bien sûr que ces invasions venues de l’Est et du Sud se réfèrent à des évènements survenus dans le passé de notre monde. Voici comment je perçois la chose :

Ceux qui ont lu l’essai « Of Faerie » se souviendront certainement de la « soupe » dans laquelle les mythes, mythologies et contes puisent leurs éléments constitutifs. Les invasions des Huns, des Vandales, des Alains et autres peuples orientaux plus ou moins montés (comprendre à cheval ou en chariots) eurent un tel impact sur ceux qui les vécurent qu’elles intégrèrent cette fameuse soupe. Par exemple, Attila le Hun est un des personnages de la seconde partie du Nibelungenlied. D’ailleurs, qui n’a pas entendu parlé (à tort ou à raison) des Huns, des Vandales ou des invasions barbares ?

Il en va de même pour l’expansion de l’Islam en zone méditerranéenne. N’a-t-elle pas marquée l’imaginaire européen et contribué à enrichir ou donner naissance à certaines légendes ou certains contes. Sans trop avoir à chercher, on pense tout de suite à la Chanson de Roland ou à la légende du Cid. Et qui n’a pas entendu dire que Charles Martel avait arrêté les Arabes à Poitiers ?

Lorsqu’il a développé son légendaire, Tolkien a tout naturellement puisé dans cette soupe. Il est donc normal que des invasions d’orientaux et de « suderons » (sudistes ? ;p) se retrouvent dans son œuvre. Inutile de voir là dedans de quelconques idées xénophobes ou la célébration de je ne sais quelle supériorité d’une race sur une autre.

En fait, nul besoin de sortir les « Letters » pour se rendre compte que les écrits de Tolkien ne contiennent pas ce genre d’argumentaire. Une réflexion minimum sur le seul Seigneur des Anneaux permet même de se rendre compte du contraire. Quelle est la situation des peuples libres de la Terre du Milieu au début du récit ? Ils se sont repliés chacun dans leur coin et périclitent doucement, plus ou moins aveugles à leur déclin. Les seuls à avoir connu une sorte de Renaissance sont les royaumes de Dales et d’Erebor : deux races qui collaborent entre elles pour leur mutuel bénéfice.

Et maintenant, quelle est la situation des peuples libres à la fin du Seigneur des Anneaux ? Des nouvelles relations se sont tissées entre les races qui s’étaient éloignées et un nouvel age, une Renaissance plus universelle que celle du Rhovanion s’annonce.

Entre temps, tout au long du récit, et généralement par le biais de Gandalf, Tolkien instille l’idée que le repli des différents peuples libres sur eux même, qu’il soit dû à des griefs anciens dont nul ne connaît plus l’origine (Elfes et Nains) ou à la volonté de préserver une pureté de race (Guerre Fratricide et fierté des Dunedain du Gondor) n’ont amené ces mêmes peuples qu’à l’affaiblissement et ont surtout servi les intérêts de l’Ennemi. Bien sûr, l’amitié « contre-nature » de Legolas et Gimli illustre parfaitement ce propos tout le long du récit. Et si Aragorn semble consacrer le futur sang royal en épousant une semi-elfe, Faramir, plus proche du peuple du Gondor mais néanmoins indubitablement Dunadan, épouse une Rohirim, liant un peu plus (à nouveau ?) ces deux peuples.

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