"On le voit, les exemples de rapprochement et de compréhension mutuelle entre elfes, nains, hobbits, humains de différents peuples sont nombreux, faisant de l’œuvre de Tolkien une véritable ode à la tolérance. Abordons maintenant le problème des « races mauvaises » (terme à manipuler avec précaution), essentiellement les Orques. Pour de nombreux commentateurs, leur entière et irrémédiable disposition au mal montre l’idéologie raciste qui sous-tendrait le Seigneur des Anneaux, car les Orques représenteraient une partie entière de l’humanité à rejeter aux flammes de l’enfer. On a pourtant vu la compassion de Tolkien pour les Suderons, ennemis du Gondor. Pour certains commentateurs sagaces et avisés de l’univers de Tolkien, tel Guido Semprini, les Orques ne sont que des procédés littéraires, nécessaires à l’illusion d’historicité du récit, obligeant les personnages à affronter leurs propres contradictions et les contraignant à effectuer leurs choix (on pense à la décision de Frodon de quitter la Communauté à Amon Hen). Les soustraire de la fiction pour les investir d’une signification dans le réel serait faire fausse route. Et combien même, lui rétorquent certains, il s’agirait d’un « procédé littéraire construit sur l’idée d’une race perfide » (dixit Isabelle Smadja). Les Orques, continuent-ils, sont mauvais dès l’origine. Connaissent-ils vraiment l’origine des Orques dans la mythologie tolkienienne ? Comme le dit Frodon : « Yet nothing is evil in the beginning. Even Sauron was not so. » En fait, l’origine des Orques reste sujette à caution, et on peut difficilement donner une réponse définitive. On sait que Tolkien avait d’abord choisi d’en faire des Elfes capturés, corrompus, avilis et maudits par Morgoth, l’Ennemi. Car en effet celui-ci ne peut donner vie, mais seulement corrompre. Puis, la théologie de son univers se complexifiant, notamment avec l’introduction du concept de transmigration des âmes, que nous ne détaillerons pas ici (disons seulement que les âmes, ou fëar, des Elfes tués vont à Valinor dans les Cavernes de Mandos, parmi les Puissances du Monde, avant d’être réincarnés après un temps plus ou moins long), ce choix se révéla de plus en plus difficile à rendre cohérent : impossible de donner à Morgoth le pouvoir de changer le destin d’Enfants d’Ilúvatar, et impossible d’envoyer les Orques à Valinor… Tolkien a alors pensé à en faire des animaux dressés et avilis, mais les Orques étant capables d’une conceptualisation relativement poussée, l’hypothèse ne tenait guère debout. Il s’est alors orienté vers une origine humaine des Orques… Cependant, il n’a jamais eu le courage de réécrire tous les passages de sa mythologie que ce changement assez radical obligeait à revoir. Quoi qu’il en soit, que les Orques proviennent d’Elfes ou d’Hommes, ils n’ont jamais formé une race mauvaise dès l’origine… Morgoth a corrompu de manière abominable des êtres créés par Ilúvatar, et par la terreur qu’il exerçait sur eux (comme plus tard Sauron) leur a enlevé leur liberté. En leur ôtant leur libre-arbitre, il les a tournés définitivement vers le Mal, et c’est peut-être son plus grand pêché aux yeux de l’auteur : avoir supprimé le libre-arbitre d’êtres vivants, et leur avoir nié le droit au retour vers le Bien. Là encore, citons le Silmarillion, dont les auteurs elfes (d’un point de vue interne au légendaire) reprennent ici la rumeur selon laquelle les Orques proviennent des Elfes : « Pourtant on dit en Eressëa que tous ceux des Quendi qui tombèrent aux mains de Melkor avant le démantèlement d’Utumno furent jetés en prison, qu’ils y furent corrompus et réduits en esclavage après de longues et savantes torture, et c’est ainsi que Melkor créa la race hideuse des Orques, dans sa haine jalouse des Elfes, dont ils furent ensuite les ennemis les plus féroces. Les Orques étaient vraiment vivants et se multipliaient comme les Enfants d’Ilúvatar, alors que Melkor, depuis sa rébellion d’avant le Commencement du Monde, pendant Ainulindalë, ne pouvait plus rien créer qui ait une vie propre ni même une apparence de vie ; voilà ce que disent les sages.Au plus profond de leur âme noire les Orques haïssaient en retour le maître qu’il servait par peur et qui ne leur apportait que souffrances. Ce fut peut-être l’acte le plus vil de Melkor, celui qui le rendit le plus détestable à Ilúvatar. » Pourquoi prêter à l’auteur les sentiments de Melkor ? Cet acte « le plus vil », peut-on affirmer qu’il serait cautionné d’une quelconque manière par Tolkien ? Enfin, comment assimiler une partie de l’humanité à ces êtres corrompus irrévocablement dans leur chair comme dans leur esprit, par celui qui représente finalement le Diable ?"
Merci pour vos remarques !
Amicalement,
Franck
PS : comment fait-on pour écrire en petit ou en italique sur ce forum ?

