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Affaire de volonté
Nikita : il ne faut pas confondre transfiguration et résurrection : Jonas était un 'signe' de la seconde (C'est Jésus lui-même qui parle du 'signe de Jonas' qu'on a interprété comme celui de la résurrection) et pas de la première : à la sortie du poisson, Jonas n'était pas du tout 'transfiguré', aussi teigneux et rebelle après qu'avant à la compassion de Dieu pour les habitants de Ninive...

Cirdan : j'espère que je ne te coupe pas l'herbe sous les pieds, mais depuis notre conversation, j'avais noté d'autres aspects liés au premier que je n'ai pu m'empêcher de mettre en forme cet après-midi après la lecture de tes posts :

Si Frodo est une figure de Jésus souffrant, Gandalf lui possède trois des traits essentiels du Christ en gloire :

  1. il a vaincu la mort par la résurrection qu’Eru lui a accordée (cf. son leitmotiv [emphase]« Où que j’ai été, je suis revenu »[/emphase] [III.9, p.(281)])
  2. il se dévoile à trois de ses compagnons comme Jésus à trois de ses disciples en une véritable transfiguration
  3. il monte Gripoil, magnifique cheval blanc, et ce, dans un contexte guerrier, avec le rôle du meneur, comme le Christ triomphant qui revient juger et combattre dans l’Apocalypse mène les siens au combat :

En effet, nous lisons : [citation=Ap. 19 :11.13-14](11) And I saw Heaven opened, and behold, a white horse; and He that sat upon him was called Faithful and True, and in righteousness He doth judge and make war. (…)
(13) And He was clothed with a vesture dipped in blood, and His name is called, The Word of God.
(14) And the armies which were in Heaven, clothed in fine linen white and clean, followed Him upon white horses.


(11) Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice.(…)
(13) et il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est la Parole de Dieu.
(14) Les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur des chevaux blancs, revêtues d'un fin lin, blanc, pur.
[/citation]

Cette image du Gandalf ‘triomphant’ (et transfiguré) sur son Cheval blanc est omniprésente dans le livre III des <i>Deux Tours</i> :

[citation=III.5, p.545(170){493}]– Et vous ne le reverrez pas, dit Gandalf. C'est Gripoil. Il est le chef des Mearas, seigneur des chevaux, et Théoden, Roi de Rohan, lui-même n'en a jamais vu de meilleur. Ne brille-t-il pas comme l'argent et ne court-il pas avec toute l'égalité d'une rivière rapide? Il est venu pour moi : le cheval du Cavalier Blanc. Nous allons ensemble au combat.[/citation]

[citation=III.5, p.541(164){489-490}]– Ne dis-je pas la vérité, Gandalf, reprit enfin Aragorn, quand je déclare que vous pourriez aller où que vous le désiriez plus vite que moi? Et je dis aussi ceci : que vous êtes notre capitaine et notre étendard. Le Seigneur Ténébreux a Neuf Auxiliaires; mais nous en avons Un, plus puissant qu'eux : le Cavalier Blanc. Il a passé par le feu et l'abîme, et ils le craindront. Nous irons où il nous conduira.[/citation]

[citation=III.6, p.566-567(205){513}]Puis il rejeta soudain en arrière son manteau gris, abandonna son chapeau et bondit à cheval. Il ne portait ni heaume ni mailles ; ses cheveux de neige flottaient librement dans le vent, ses vêtements blancs brillaient d’un éclat aveuglant dans le soleil.
Voyez le Cavalier Blanc ! cria Aragorn ; et tous reprirent ces mots.
– Notre Roi et le Cavalier Blanc ! crièrent-ils. En avant, Eorlingas ![/citation]

[citation=III.8, p.593(248){538}]La peur les saisit à la vue de Gandalf dans la lune et de Gripoil, son cheval, brillant comme de l’argent.[/citation]

[citation=III.7, p.584(232){529}]Là, sur une crête, apparut soudain un cavalier, vêtu de blanc, resplendissant dans le soleil levant.
(…)
Voilà le Cavalier Blanc ! cria Aragorn. Gandalf est revenu ![/citation]

[citation=III.7, p.584 (233){529}]S’élança aussi Gripoil, tel le daim courant d’un pied sûr dans les montagnes. Le Cavalier Blanc était sûr ses ennemis, et la terreur de cette venue répandit sur eux la folie. Les hommes sauvages tombèrent face contre terre.[/citation]

Noter qu’Aragorn est toujours le premier à remarquer la présence de Gandalf (‘Behold the White Rider !’), comme si Tolkien voulait lier ainsi les deux personnages. Je n’ai pas d’interprétation valable à ce jour ; et vous ?

Un quatrième et cinquième point (au moins !) rapprochent Gandalf du Christ en gloire (c’est à dire de Jésus ressuscité et glorifié) :

[citation=III.8, p.585-586(235){530}]– Salut, Seigneur de la Marche ! dit Eomer. La nuit sombre a passé et le jour est revenu. Mais il a apporté d’étranges nouvelles. (Il se retourna et regarda avec étonnement d’abord la forêt, puis Gandalf). Une fois de plus, vous êtes venu à l’heure critique, à l’improviste, dit-il.
– À l’improviste ? répliqua Gandalf. Ne vous avais-je pas dit que je reviendrais et que je vous rencontrerais ici ?
– Mais vous n’aviez pas donné l’heure, et vous n’aviez pas annoncé de quelle façon. Vous apportez une assistance étrange. Vous êtes puissant en magie, Gandalf le Blanc !

(…) Tous contemplèrent alors Gandalf avec un étonnement plus grand encore.

(…) Gandalf rit longuement et de bon cœur.[/citation]

Si la dernière phrase de cette citation est l’occasion pour moi de préciser que le personnage de Gandalf est un personnage à multiples facettes, fruit d’un ‘syncrétisme’ cher à Círdan (ce rire qui le caractérise fréquemment à partir de son retour est typiquement le rire de Merlin), le passage qui la précède nous met dans la bouche de Gandalf et de ses proches des phrases que nous retrouvons presque mots pour mots dans l’Évangile, lors de conversation entre des disciples incrédules et Jésus révèle un plan qui les dépasse.
Si la question de Gandalf chargée de raviver le souvenir d’Eomer rappelle l’annonce de Jésus anticipant sa mort et sa résurrection :

[citation]Jésus, sachant qu'ils voulaient l'interroger, leur dit, Vous vous questionnez les uns les autres sur ce que j'ai dit, Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et puis encore un peu de temps, et vous me verrez. [Jn 16:19][/citation]

La réponse d’Eomer rappelle que les disciples ne connaissent pas le ‘calendrier’ de Dieu qui leur demande de se maintenir prêts chaque jour :

[citation]Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. [Mt 25:13][/citation]

Que Gandalf soit associé au Christ triomphant, celui qui a vaincu la mort, explique qu’il est capable, comme Jésus, le premier relevé d’entre les morts, de vivifie ceux qui le suivent et mettent en lui leur espoir (= espérance !) :

[citation=III.6, p.557(189-191){504}]– Il ne fait pas aussi noir, ici, dit Théoden.
– Non, répondit Gandalf. Et l’âge ne pèse pas sur vos épaules aussi lourdement que certains voudraient vous le faire accroire. Rejetez votre cane !
Le bâton noir tomba des mains du Roi, résonnant sur les pierres. Le vieillard se redressa lentement comme un homme raidi pour s’être trop longtemps penché sur une tâche fastidieuse. Il se tint alors, debout, grand et droit, et ses yeux étaient bleus tandis qu’il regardait le ciel qui se découvrait.
– Sombres ont été mes rêves depuis quelques temps, dit-il ; mais je me sens à présent comme quelqu’un de nouvellement éveillé (one new-awakened).

(…) – (…) Mais voyez ! Vous ne rêvez plus. Vous vivez.
(…) Vraiment, dit Gandalf d’une voix maintenant forte et claire, notre espoir se trouve là où réside notre plus grande peur. Le destin est encore suspendu à un fil. Mais il y a encore de l’espoir, pour peu que nous restions quelque temps invaincus.[/citation]

La parole de Gandalf (‘Cast aside your prop!’) est digne des parole d’autorité de Jésus exerçant son pouvoir sur la maladie ou la mort (‘Étends ta main’ [Mc 3:5], ‘Lève-toi, prends ton lit et marche !’ [Mt 9:5//Mc 2 :9//Lc 5 :23 ; Jn 5 :8] ou ‘Lazare, sors!’ [Jn 11 :43]). Et nous assistons là à une véritable résurrection spirituelle : les termes qu’utilise Tolkien appartiennent au champ lexical de la résurrection ; par exemple lors de la résurrection de Lazare par Jésus :

[citation]These things said He, and after that He said unto them, "Our friend Lazarus sleepeth; but I go, that I may awaken him out of sleep." [Jn 11:11][/citation]

Non sans rappeler l’appel urgent de Paul dans l’épître aux Romains :

[citation]And this: knowing the time, that now it is high time to awaken out of sleep. For now is our salvation nearer than when we first believed. [Ro 13:11][/citation]

Remarquons aussi en Gandalf le seul personnage qui parle d’espoir ou qui l’introduit dans la conversation : il est le créateur de l’espoir et celui qui l’entretient, toujoubs là poub rappeler que l’espoir existe et qu’il faut s’y accrocher. Lorsque nous transposons ceci dans le champ de ‘l’espérance’, nous retrouvons Gandalf comme porte-parole d’Eru chargé d’entretenir la foi dans le cœur des fidèles. Considérons deux autres passages pour confirmer, si cela étaid encore nécessaire, cet aspect du personnage et un point théologique important cher à Tolkien :

[citation=III.5, p.540-541 (163){489}]– Ironc-nous trouver nos amis et voir Sylvebarbe ? demanda Aragorn.
– Non, répondit Gandalf. Ce n’est pas la route que vous devez prendre. J’ai prononcé des paroles d’espoir. Mais d’espoir seulement. L’espoir n’est pas la victoire. La guerre est ser nous et sur nos amis, une guerre dans laquelle seule l’usage de l’Anneau pourrait nous donner l’assurance de la victoire.. Cela m'emplit d’une grande tristesse et d’une grande crainte : il y aura beaucoup de destbuctions, et tout peut être perdu. Je suis Gandalf, Gandalf le Blanc, mais le Noir est plus puissant encore. (…)
Non, dit-il d’une voix douce, c’est parti hors de notre atteinte. De cela au moins, nous pouvons nous réjouir. Nous ne pouvons plus être tentés d'utiliser l’Anneau. Nous devons descendre affronter un péril presque désespéré (a peril near despair), mais ce péril mortel est supprimé. (…)

– Ne devons-nous plus revoir les joyeux jeunes hobbits, alors ? demanda Legolas.
– Je n‚ai pas dit cela, r&eacude;pondit Gandalf. Qui sait ? Prenez patience. Allez où vous devez aller et espérez !"[/citation]

On assiste-là aussi à ce message de Gandalf que n’arrive pas à comprendre ses compagons à l’instar des disciples qui n’arrivent pac à comprendre Jésus : Gandalf leur parle d’espoir/espérance, mais eux ont besoin de ‘voir’. Gandalf sait qu’il y a là un grand danger. Le danger du matérialisme, symbolisé dans ‘l’usage de l’Anneau’ qui donne une (fausse) ‘assurance’ ou sécurité (‘security’). Notez le focabulaire de la tentation qui suit : on retrouve le danger de l’œil, déjà rencontré dans l’étude sur Frodon, cet œil qui conduit à s’adtacher à ce qu’on voit alors que l’essendiel est d’espéreb, de s’attacher à ce qu’on ne voit pas, la voix de Dieu (ici, celle de Gandalf Tbiomphand ; mais plus haut, on a vu le vieillard aux cheveux de neige être associé, grâce à [Ap 19 :13], à la ‘Parole de Dieu‚ !). L’écho biblique résonne alors puissamment :

[citation=Hb 11 :1]Or, la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas.

Now faith is the substance of things hoped for, the evidence of things not seen.[/citation]

S.
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