Bon. Tant pis. Je reprends mon bâton de pèlerin pour quelques précisions, qui, je l'espère, permettront une lecture plus conforme à ma pensée.
1. Il n'est PAS de mon propos de réduire la théologie protestante à la question de la grâce et de la prédestination.
2. Il n'est PAS non plus de mon propos de dire que le protestantisme est le seul à développer ces questions.
Le point mis en exergue à propos du protestantisme, n'est pas mon interprétation, mais il est repris dans n'importe quel dictionnaire ou encyclopédie sur le sujet et donc, il me semble, couramment acceptée lorsque l'on parle des spécificités du protestantisme. (Après avoir soumis ma mémoire aux recoupements de ma documentation et de plusieurs sites Internet protestants, il ne me semble pas raconter de bêtises ! Je persiste : la question de la grâce et de la prédestination sont spécifiquement mises en évidence dans le protestantisme)
Si j'en crois le Petit Larousse 2000 :
[citation]le protestantisme réunit des églises diverses que rassemblent trois affirmations fondamentales : (...) le salut par la foi qui est don de Dieu (les œuvres bonnes n'étant pas la cause du salut mais sa conséquence) (...).[/citation]
Je ne voulais, pour ma part, rien dire de plus.
Il y a, naturellement, de nombreuses nuances théologiques à faire sur la question, si l'on souhaitait la creuser. Il y a aussi, comme pour la plupart des courants religieux ou philosophiques, de multiples courants d'interprétation, de la plus rigide à la plus souple.
3. Lorsque je parle de Destin pré-défini, cela ne signifie PAS que la vie des personnages, dans tous leurs faits et gestes, est écrite une fois pour toutes dans un grand livre immuable. (Ce n'est pas non plus ce que prétend le protestantisme, si j'en crois l'aumônerie protestante de l'ENS qui publie, sur son site Internet, un intéressant article sur la prédestination) Mais qu'il est possible que la Volonté de Dieu-Eru ait pré-déterminé le Sens de la vie des habitants de la Terre du Milieu - ou, plutôt : que Tolkien laisse entrevoir cette éventualité. (pas sûr que ce soit assez clair... Pff. Que c'est difficile de formuler pour éviter des malentendus...
Avec un exemple, c'est peut-être plus facile ?
La Volonté divine pour Aragorn est qu'il devienne le roi des humains. Tous les événements auxquels il est confronté vont dans ce sens. S'il renonce à répondre à un appel, un autre vient se mettre sur sa route. Par contre, les moments où le choix est décisif et inéluctable ne sont pas nombreux. C'est là qu'il faut "prendre le train en marche". Cela ne rend pas la tâche plus facile pour autant. (c'est bien pourquoi j'ai mis des "" à "ce qui lui "reste" à faire c'est d'assumer ce destin"). C'est au contraire très difficile, puisqu'il lui est impossible de savoir quels sont ces moments décisifs et que seul Eru connaît le Destin qu'il lui réserve. - Tout ceci n'étant - j'insiste - qu'une simple hypothèse de lecture possible.
4. Il n'est PAS DU TOUT de mon intention de réduire le SDA à une succession d'événements prédéfinis et inéluctables.
Tolkien est beaucoup trop subtil pour ça, d'ailleurs. Il préfère entrouvrir les portes et suggérer les questions.
En l'occurrence ici : "en quoi, dans quelle mesure, avons-nous la maîtrise de notre Destin ? Quelle est la part de notre liberté, et la part insufflée par Dieu en vue de la réalisation du plan divin pour chacun ?
- C'est une question posée dans le SDA - et la réponse donnée n'est pas évidente.
- C'est, de mon avis personnel, LA question centrale posée par le SDA.
- Cette question me parait avoir des accents plus protestants que catholiques (pour les raisons évoquées plus haut - et bien que, je le répète, ça ne soit pas exclusif).
- Le présupposé de la liberté individuelle est une lecture beaucoup plus séduisante, réconfortante, rassurante, (peut-être plus moderne, aussi) pour nous tous, moi compris ! Mais il me semble que c'est beaucoup plus ambigu que ça chez Tolkien.
C'est sur ce plan que je souhaitais solliciter vos réflexions.
Ylem - qui craint de se sentir comme Frodo à la fin du SDA : seul dans un océan d'incompréhension !
NB1 : cette discussion aurait aussi pu avoir sa place dans le fuseau "Le Destin". Mes excuses à Keren, si son message y reste un peu esseulé.
NB2 : un grand merci à vous, Nikita, Vinyamar et Sosryko pour les informations sur calcul de la chronologie biblique..
NB3 : tu as raison, Vinyamar, de revenir sur la question du départ des Elfes: il s'agit effectivement moins d'une manifestation de la Grâce d'Eru, que d'un argument en faveur de leur prédestination, n'est-ce pas ? ;-)
NB4 : pour satisfaire à ta curiosité, bien que n'ayant plus fait d'Histoire (= ma formation initiale) depuis un sacré bout de temps, il m'est resté un petit faible pour certains terrains. La symbolique médiévale est l'un de ceux-là - les bouleversements de la pensée à la Renaissance (parmi lesquels ceux introduits par l'Humanisme et la Réforme) en est un autre - la pérennité des mythes dans les systèmes d'idées contemporains en est un troisième...

