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Lembas & miruvor
#20
Vinyamar Wrote:Je ne suis pas hyper chaud pour comparer le lembas à l'hostie de toute façon, même si les arguments de Szpako pesaient lourds. (il faudrait peut être les rappeler ici pour ceux qui prennent la discusion en cours ou la prendront un jour).

[espacement]Voilà :

D’abord l’étymologie de lembas est bien ‘bread’ et non ‘cake’ :

[citation=HoMe 12]Lembas is the Sindarin name, and comes from the older form lenn-mbass ‘journey-bread’. In Quenya it was most often named coimas which is ‘life-bread’.[/citation]

Donc à la fois pain de route (va pour la galette d’Elie) et pain de vie (et la tentation de transformer lembas en hostie est alors combien grande ;-))

Mais pourquoi ces 2 sens ( ?) :

[citation=Ibid.]This food the Eldar alone knew how to make. It was made for the comfort of those who had need to go upon a long journey in the wild, or of the hurt whose life was in peril. Only these were permitted to use it. The Eldar did not give it to Men, save only to a few whom they loved, if they were in great need.[/citation]

Pourquoi les hommes n’y ont pas droit en général:

[citation=Ibid.]This was not done out of greed or jealousy, although at no time in ME was there great store of this food ; but because the Eldar had been commanded to keep this gift in their own power, and not to make it common to the dwellers in mortal lands. For it is said that, if mortals eat often of this bread, they become weary of their mortality, desiring to abide among the Elves, and longing for the fields of Aman, to which they cannot come.[/citation]

Consommé en trop grande quantité, les hommes retrouvent ce désir d’aller contre leur destin, don d’Eru, la mort. Donc lembas = hostie est un contresens, à mon humble avis.

[espacement]Et celui de Didier :
Hisweloke Wrote:Dérivant royalement du sujet initial (après le pain, le vin ;-), la remarque de Cathy sur le lembas me rappelle ce que Tolkien dit par ailleurs du miruvóre :

[citation=RGEO p. 69]According to the Eldar, a word derived from the language of the Valar; the name that they gave to the drink poured out at their festivals. Its making and the meaning of its name were not known for certain, but the Eldar believed it to be made from the honey of the undying flowers in the gardens of Yavanna, though it was clear and transluscent. [Compare the néktar of the Olympian gods. But the connection of this word with 'honey' is mainly due to modern botanists (though Euripides used néktar melissân, 'divine drink of bees,' as a poetic periphrasis for 'honey'). A probable etymological meaning of néktar is 'death-defeater' (cf. ambrosía 'immortality,' the food of the gods).[/citation]

L'origine valarine (V. mirubhôzê-) est confirmée par WJ p. 399, "a special wine or cordial", sans plus de précision sur le sens, si ce n'est que mirub- signifie "wine".

[séparation]
Vinyamar Wrote:Est-ce que cela ne peut pas provenir d'une autre source mythologique ?

Je me suis posée aussi la question ;-))) Voilà

J’aurais une autre hypothèse qui irait dans le sens d’un syncrétisme mythologique comme le développe par ailleurs Cédric in Le Silmarillion, mythologie ou chrétienté ?.

Après avoir cogité sur le message de Didier et ceux de Sosryko (avec l’aide de qq aspirines ;-) je me suis souvenue de ce bon vieux Mircea Eliade et de son livre Images et symboles où il écrit :

[citation=Eliade, Images et symboles, p.211][normal]... même si les images et le symbolisme du sacramentalisme chrétien ne renvoient pas le croyant[/normal] « d’abord à des mythes et à des archétypes immanents, mais à l’intervention de la Puissance divine dans l’histoire, ce sens nouveau ne doit pas faire méconnaître la permanence du sens ancien. En reprenant les grandes figures et les symbolisations de l’homme religieux naturel, le christianisme a repris aussi leurs virtualités et leurs puissances sur la psyché profonde. La dimension mythique et archétypique, pour être désormais subordonnée à une autre, n’en reste pas moins réelle »[normal] …[/normal][/citation]

Au-delà de la simple (mais importante) analogie avec le gâteau d’Elie (et par là même avec l’hostie), le lembas pourrait renvoyer à un symbolisme païen repris et réinterprété par la culture judéo-chrétienne.

J’ai donc cherché qq significations archaïques de l’Image du pain béni (ainsi que d’une boisson divine) tout en concédant que [emphase]« c’est l’Image comme telle, en tant que faisceau de significations, qui est vraie, et non pas une seule de ses significations ou un seul de ses nombreux plans de référence »[/emphase] (p.17-18). Mais pour les besoins de la cause je me suis limitée ;-))

J’ai utilisé comme outil le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant (Ed Robert Laffont/Jupiter) que je cite en partie et en gras j’indique les analogies avec les lembas.

1. Le pain est le symbole de nourriture essentielle (les lembas ont des propriétés nutritives exceptionnelles, petite nuance).
S’il est vrai que l’homme ne vit pas seulement de pain, c’est encore le nom de pain que l’on donne à sa nourriture spirituelle, ainsi qu’au Christ eucharistique, le pain de vie. C’est le pain sacré de la vie éternelle dont parle la liturgie (si coimas signifie aussi pain de vie, c’est essentiellement pour ses pouvoirs guérisseurs, nuance encore).
Les pains de proposition des Hébreux n’avaient pas eux-mêmes une signification différente. Et le pain azyme – dont l’hostie est aujourd’hui composée – représente à la fois, dit Saint Martin, l’affliction de la privation, la préparation à la purification et la mémoire des origines.
Le pain – sous les espèces eucharistiques – se rapporte traditionnellement à la vie active, et le vin à la vie contemplative … ;-))

2. L’Ambroisie, aliment d’immortalité, est, avec le nectar, un privilège de l’Olympe. Dieux, déesses et héros s’en nourrissent, ils vont jusqu’à en offrir à leurs chevaux. Ses qualités merveilleuses en font aussi un baume qui panse toute plaie, et appliqué sur le corps des morts protège ceux-ci de la corruption. Mais malheur à l’humain qui goûterait à l’ambroisie sans y être invité : il risque le châtiment de Tantale.
Les dieux du Veda sont moins jaloux et le mortel qui goûte au soma (la sève, le miel d’immortalité) peut, par ce moyen, gagner le ciel : [emphase]« on devient Ce mystère, présent en toutes les créatures »[/emphase].
L’être devient ce qu’il consomme. Ce sens sera repris dans la mystique chrétienne : l’ambroisie devient l’eucharistie, le corps du dieu sauveur, [emphase]« vrai pain des anges »[/emphase].

3. L’hydromel est la boisson d’immortalité, celle des dieux dans l’autre monde (les moines transcripteurs de légendes y ont assez substitué le vin) … Par opposition à la bière, qui est la boisson des guerriers (ou des hobbits ;-) l’hydromel est, en mode celtique , la boisson des dieux (ou des elfes).
Dans le SdA, chapitre 3 , Frodo et ses compagnons goûtent une boisson elfique [emphase]« filled with a fragrant draught, cool as a clear fountain, golden as a summer afternoon »[/emphase]. C’est du miruvóre, je suppose. Selon le dico vol.1 d’EK c’est une liqueur elfique, claire comme l’eau et très tonique, fabriquée à Imladris au Troisième Age, donc un peu différente de l’Hydromel des Valar, boisson claire et transparente aussi, cité par Didier ? ?

4. Le vin (boisson préféré de Gandalf et des elfes de Mirkwood), très généralement associé au sang, tant par la couleur que par son caractère d’essence de la plante, est en conséquence le breuvage de vie ou d'immortalité (dans la Grèce ancienne le vin se substituait au sang de Dionysos, et figurait le breuvage d’immortalité).
Mais il est aussi signe et symbole de joie (Psaumes 104, 15 ; Ecclésiaste 9,7) autant que porteur d’ivresse (Jérémie 25, 15-17 et 27-28), et ce sont ces aspects que l’on retrouve plutôt dans le Légendaire.

Tolkien devait connaître la saveur et le sens de ce symbolisme d’immortalité , que le christianisme a utilisé et élargi. Tout cela fut mis dans la Marmite du Professeur et entra dans sa soupe ;-))

Et lorsque un critique évoqua Lembas=Hostie dans la Lp.288, cela a dû l’amuser, je crois, d’où ce ton un peu ironique plein de modestie : [emphase]« I am in fact a Hobbit … »[/emphase].

Bon, c’est un peu brouillon tout cela, mais bon voilà quand même.

Cathy
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