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Tolkien, Monothéisme et Théogonie
#6
>>>>> Or comme dans le texte biblique, ces deux récits de la Création se répètent, ce qui a fait conclure à Ron Pirson (dans un article tiré de Proceedings of Unquendor’s Third Lustrum Conference) que nous avions affaire à deux versions du même récit : une version métaphysique (équivalente à la tradition sacerdotale) et une version géocentrée (équivalente à la tradition yahviste).
Dans cette hypothèse, Tolkien poserait les bases de son édifice monothéiste dans sa version métaphysique (« Ainulindalë ») puis envisagerait le point de vue humain de cette création (« Valaquenta »)


Cette opposition entre un Dieu Créateur transcendantal, qui crée par sa seule parole et des démiurges dont l’action créatrice paraît toute matérielle et antropomorphique (les Valar sont bien des démiurges dans le sens que Platon donne au mot in Timée, cad des dieux artisans (qui ne sont pas créateurs) qui produisent le monde à partir de la matière et des Idées),
Cad l’opposition création/élaboration
Je la situais plutôt entre l’Ainulindalë (proche du document sacerdotal) et le chapitre un du Quenta Silmarillion (proche du récit Yahviste)? ?

Le Valaquenta, c’est plutôt une présentation générale des Holy Ones.

On pourrait évoquer une autre tradition intéressante à ce propos, la tradition gnostique (pour faire bref une littérature philosophique et religieuse des premiers siècles de l’ère chrétienne, fondée sur le rejet partiel ou total de l’interprétation reçue de la Bible dans l’Eglise).

La Création ici est lièe au thème de la dégradation du divin (que l’on retrouve aussi dans les doctrines platoniciennes de l’époque et chez Plotin de même).

En gros on a l’opposition entre un Dien transcendant, principe du monde intelligible (un monde divin) et un Dieu créateur, démiurge inférieur, la cause du monde sensible, qui évite donc au premier le contact avec la matière impure ; ce Démiurge est conçu comme mauvais et est identifié au Dieu de l’AT ;-))

De là l’idée que le véritable moi de l’homme n’est pas de ce monde ; sa présence ici-bas est la conséquence d’une chute ; il doit redécouvrir sa véritable origine , retourner, par la contemplation, dans le monde divin qui est sa vraie patrie ; et le sentiment fondamental du gnostique consiste à se sentir « étranger » au monde. Et dans le Légendaire, les fils des hommes sont appelés les Hôtes ou mieux les Etrangers …

Les idées de Plotin sont aussi intéressantes ; par exemple le monde divin comprend l’Un (le Monde des Idées) et l’Ame ; celle-ci est donc de nature divine et à partir d’elle naissent des âmes individuelles, qui se laissent entraîner par la passion, sortent du monde spirituel, inclinent vers la matière, font ainsi naître les corps …. Tout un programme dont on perçoit déjà les echos dans le Légendaire.


Cathy

PS Elohîms est aussi le terme générique dans les langues sémitiques pour désigner l’ensemble des divinités païennes (Entête, Chouraqui). D’où ambiguïté sur laquelle peut être Tolkien s’est amusé ?


Yyr >>> reste zen ;-)) comme moi ;-))

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