Tu as raison de qualifier les Valar de démiurges, la distinction de Platon est particulièrement pertinente dans le cas du Silmarillion.
>Szpalo : « Je la situais plutôt entre l’Ainulindalë (proche du document sacerdotal) et le chapitre un du Quenta Silmarillion (proche du récit Yahviste)? ?
Le Valaquenta, c’est plutôt une présentation générale des Holy Ones. »
Il est vrai que de nombreux motifs polythéistes apparaissent dans le « Quenta Silmarillion » mais ce n’est pas à proprement parler un récit de la Création même si son premier chapitre est intitulé « Au commencement des jours ». De plus les chapitres « Ainulindalë » et « Valaquenta » ont en commun avec les récits bibliques de se répéter, de faire « double-emploi » d’où la possibilité de les comparer et de les opposer.
Ton parallèle avec la tradition gnostique est intéressant mais je vois mal comment tu peux faire la comparaison avec les Humains chez Tolkien : ils sont bien les enfants d’Ilúvatar, créés par un dieu transcendant, pas par les démiurges que sont les Valar !
>CdC : « D'ailleurs Promethee n'est pas un dieu mais un titan (je suis surpris que tu ne fasse pas le parallele entre Promethee et le Serpent, dans la version latine de la bible Lucifer semblent renvoyer a Promethee -- je ne crois pas que ca marche en hebreux). »
Tu as raison Prométhée est un Titan, il n’est pas appelé « theos » en grec mais je le considère comme une divinité au même titre que Gaïa, Chaos, les Muses et tout le cortège des éléments primordiaux de cette Théogonie. Il partage avec les dieux une certaine identification, un pouvoir surnaturel (sa pré-science est dite dans l’étymologie de son nom « Prévoyant »), comparable à un démiurge (je renvoie à ses rapports avec les hommes mortels). C’est un peu comparable à la différenciation faite entre les Ainur, Valar et Maïar.
Quant à le rapprocher du Serpent de la Bible, je vois ce que tu veux dire mais j’ai volontairement occulté toute référence à l’idée de Chute et d’Ange déchu dans ma réflexion sur la Création car le problème du Bien et du Mal a été traité dans un article du site d’Hisweloke : cela dit, le sujet est vaste et pourrait nourrir d’autres discussions sur d’autres fuseaux… Pour l’instant je préfère rester centrée sur une réflexion sur l’essence divine.
CdC : « Il y a beaucoups plus dans la Theogonie qu'un simple catalogue, c'est aussi une idee du cosmos, du monde et de la nature humaine qui peut tout a fait etre comparer a la genese (en s'arretant en gros au Noe post dilivuien (on peut par exemple comparer Pandore a Eve, les differences sont des differences de dogmes). »
Certes la Théogonie d’Hésiode n’est pas seulement un catalogue des dieux, elle nous renseigne sur beaucoup d’aspects de la pensée grecque mais il reste le chant d’un aède inspiré par les Muses et ne se veut en aucun cas « dogmatique ». Un dogme est un « point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable ». Le texte biblique de la Création induit des vérités incontestables aux yeux des croyants : Dieu est unique, il a créé tout ce qui vit sur la terre, il a fait l’homme à son image…etc. (vérités que l’on retrouve dans le Credo chrétien). Le texte d’Hésiode n’est pas considéré par les Grecs comme un texte sacré, peu importe d’ailleurs qu’il contredise le texte des Hymnes homériques qui traite aussi des dieux ou d’autres traditions ultérieures. Il n’y a pas de canon en Grèce antique, pas de dogme religieux établi, pas de vérité révélée ! « Ces poètes ne sont pas des prophètes. Cette poésie religieuse n’est pas une poésie sacrée. » (Backès, Préface à la Théogonie, p.9) Qu’importe ce que dit l’aède sur les dieux, la véritable impiété est de ne pas reconnaître les dieux !
CdC : « Par ailleurs, la vision de Socrate telle que relatee par Herodote, considere clairement Zeus comme omnipotent et omniscient. »
J’aimerais bien retrouver ce texte pour voir ce qu’il dit exactement. Je ne pense pas en tout cas que cette conception remette en cause le polythéisme grec antique. Encore une fois, je me suis limitée au récit de la Création d’Hésiode pour qu’il serve mieux de contrepoint à mon argumentation. Je ne prétends pas résumer la pensée grecque au seul texte d’Hésiode !

