Bon, j’ai été vérifié dans la Feuille de la Compagnie (où se trouve le résumé de cet article) et voilà ce qui est écrit p.146 :
« enfin, dans la Bible comme dans le Silmarillion, il y a 2 récits de la création : métaphysique d’abord (l’Ainulindalë), puis géocentré (chapitre 1). »
C’est clair, il ne s’agit pas du Valaquenta. Enfin selon Ron Pirson, puisque tu le cites.
>>> Ton parallèle avec la tradition gnostique est intéressant mais je vois mal comment tu peux faire la comparaison avec les Humains chez Tolkien : ils sont bien les enfants d’Ilúvatar, créés par un dieu transcendant, pas par les démiurges que sont les Valar !
? ? Apparemment Vinyamar a compris ce que je voulais dire donc je te renvoie à son poste ;-))
Mais comme il le souligne cette notion « d’étranger » est d’abord chrétienne, naturellement puisque le mvt gnostique est d’abord le fait de chrétiens ;-)
Vinyamar >>> Par contre, Cathy, je ne vois pas en quoi les théories de Plotin que tu cites ont des échos dans le légendaire ?
En fait j’ai fait des rapprochements au fil de mes lectures et je me suis dit que dans une perspective néo-platonicienne, les Ainur ne sont ni des dieux ni des anges (c’est une autre interprétation qui vient enrichir la problématique). Voilà en vrac qq idées …ce n’est pas toujours lumineux, je sais ;-))
D’abord qq considérations théoriques (un peu simplifiées, sinon j’en ai pour toute la nuit): dans les synthèses philosophico-religieuses, la Création peut être abordée selon 2 théories :
- la théorie de la Création ( par ex dans la tradition judéo-chrétienne, la création désigne la production du monde en sa totalité (dans sa matière comme en la multiplicité de ses formes) en vertu d’un acte divin de parole et de puissance ; par contre dans l’Ainulindalë la parole incombe à Eru et la puissance aux Valar). Dans cette optique le Dieu Créateur est avant tout un esprit.
- la théorie de l’émanation : pour Plotin, philosophe néoplatonicien, les êtres particuliers et concrets ne sont pas l’objet d’une création de Dieu, mais sont plutôt une dégradation de l’Unité divine. Le multiple procède de l’Un non par création mais par éparpillement dans le temps et dans l’espace.
« There was Eru, the One, who in Arda is called Iluvatar ; and he made first the Ainur, the Holy Ones, that were the offspring of his thought … » (comme d’habitude la VO est plus explicite que la VF).
« Les Ainur sont la pluralité d’Eru et de son indivisibilité » (La Feuille de la Compagnie, Between Faith and Fiction, p.109)
Le devenir, le cours changeant des choses est un dégradé de l’Eternel :
« Le Silmarillion n’est rien d’autre que l’incarnation de cette conception. A mesure que l’on avance dans le temps en s’éloignant de l’unité originelle, Tolkien développe les fragmentations progressives de la lumière » (La Feuille de la Compagnie, Splintered Light, p.126).
Dans cette perspective néo-platonicienne, on a 2 niveaux d’émanations : le monde intelligible des « esprits » procède de l’Un, et le monde sensible procède du monde intelligible, et ces 2 émanations, si différentes soient-elles, ne sont jamais des créations. Toutes choses naissent d’elles-mêmes sous la lumière du Bien, leur imperfection est lièe seulement à leur éloignement progressif de la simplicité originelle ; le monde sensible est, dans sa beauté comme dans son imperfection, la suite normale du monde spirituel.
« Tolkien fut profondément influencé par la thèse du livre d’Orwen Barfield, intitulé Poetic Diction …. Barfield suppose une unité sémantique ancienne ….La séparation progressive de l’homme avec le monde s’est accompagnée d’un éclatement des concepts et du vocabulaire. C’est cette théorie qui a modifié la façon que Tolkien avait de concevoir le monde et son travail. Le concept de subcréation [le sien ou celui des Valar], développé dans l’essai Sur le conte de fées, se donne comme un dérivé du Logos johannique, une imitation de Dieu (c’est dans le désir de créer que l’homme est à l’image de son Créateur)… » (idem,p.125).
Je viens de me procurer Splintered Light de V.Flieger, je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais en le parcourant j’ai trouvé un passage intéressant que voici :
« It is worth noting that Elohim … is technically a plural form, the plural intensive of the Hebrew El … As a plural, it can suggest not many gods but God in all his aspects, God as multiplicity, a concept not unlike the multiplicity of Eru’s thought who are the Valar ».
Ce pluriel indique la manière plurielle dont Dieu se manifeste dans les forces de la nature (/les Valar).
« The adjective Tolkien used to describe the labors of the Valar in making the world is demiurgic… Subcreation, then, is demiurgic. Here again etymology may throw light on Tolkien’s intent. The word demiurge traces back to 2 distinct Indo-European roots : da-, « to divide » … and da-mo, perhaps « division of society », as in Greek demos, combined with werg, « to do » as in Greek ergon, « work, action ». Their union in demiurge may have conveyed a meaning like « craftsman », or « skilled workman », as a division of society. The Valar, as products of Eru’s thoughts, are that division of the godhead which actively engages in the skilled work of subcreation, the physical activity of shaping the world. As divisions of Eru, they are assisting in the further division and development whereby the theme (also the product of his though) is taken from him and shaped by Valar into the Music and beyond it into the substance of the world. They are thus also dividing the world from Eru, assisting in a process of separation through which Eru and the world can contemplate each other ».
Sur ce bonne nuit
Cathy

