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Tolkien, Monothéisme et Théogonie
#35
Lothiriel >>> Magnifique ;-)) Tout à fait convaincant. Mais Vinyamar vient de poster , et vu l’heure, j’y réfléchis demain ;-))


Nikita >>> Et puis j’y ai relevé une curieuse « interprétation » (déformation ?) du passage de la Genèse sur lequel m’interrogeait Cœur de canard au début de ce fuseau…une « interprétation » diabolique pour tout dire…

Cette histoire des Géants ? ? ? ? Je suis curieuse ;-))

André Chouraqui (Entête), en note à ce passage du début du Déluge, écrit (en gras c’est moi qui souligne ; aussi, Chouraqui est très pointilleux sur une traduction française qui vise à mettre en valeur la source hébraïque, ça change, on a un petit air archaïque et primitif):

« En fait nous avons ici un écho de mythes répandus à Our, Assur et Babylone où les dieux et les races de géants se disputent les filles des hommes (cf Nb 13,33)… Ici les Benéi Elohîms, ‘des fils divins’, ne réussissent pas à fonder avec les filles de l’humain, ‘des filles humaines’, une race d’immortels mais seulement des héros, car l’homme est de chair (Ps 82,6).
A l’époque du Second Temple, l’exégèse hébraïque verra dans ces personnages des anges déchus tombés à terre pour s’accoupler avec des femmes, ou, plus généralement encore … des enfants de princes et de juges : la classe dirigeante faillit à sa mission éthique et se pervertit dans l’abus de ses pouvoirs
».

Du coup je comprends mieux le parallèle que cherche à faire CdC (autant pour moi, hubris/hybris ;-)) ; vous l’aviez peut être compris, mais pas moi ;-(
La royauté de Numenor, de par ses origines divine (Melian) et elfique (Elwë, Idril), est constituée en qqsorte de « surhommes » (voir aussi les capacités d’Isildur à jeter une malédiction, les capacités de guérison d’Aragorn) ; mais les numenoréens ont voulu être des ‘dieux’ alors qu’ils n’étaient que de ‘chair’ ; d’où le châtiment : submersion de l’île/déluge.
Mais le rapprochement avec le mythe de l’Atlantide me semble plus crédible, même Tolkien l’évoque dans ses Lettres. Chez Platon, les Atlantes sont aussi d’origine divine, mais le caractère humain (vu comme mauvais) finit par dominer et « ils perdirent toute convenance ».
Bon, un même thème présent dans différentes mythologies ;-)) Mais pour l’interprétation diabolique, où est la perversion ;-)) ?

Vinyamar >>> Je crois que ce dieu est tout à fait nouveau, puisqu'il se prétend unique, et qu'aucune autre religion n'avait pareil dieu


Il semble que c’est cette conception de Yahvé qui mit un certain temps à s’élaborer, selon Bottéro (il a beau être un chrétien, CdC, ce qui n’empêche pas qu’il soit un historien des religions des plus objectifs).

Voici un passage de Babylone et la Bible (p.223-225), plus explicite :

« Un homme, appelé Moïse, à l’évidence un profond esprit religieux, a un double dessein : d’abord, tirer ses compatriotes de l’Egypte … pour les ramener auprès de leurs frères demeurés plus ou moins nomades, çà et là, aux franges de la Palestine, de telle sorte qu’une fois réunis ils puissent se tailler ensemble un territoire à eux – un dessein politique. Mais il veut, en même temps, les introduire à une religiosité nouvelle, fruit de ses réflexions, et qu’il a rattachée à ses projets politiques. Il a connu – peut-être du pays de « Madian », sur la rive arabique de ce qui est aujourd’hui le golfe d’Aqaba – un dieu qui porte un nom dont nous ne connaissons pas bien l’articulation originelle : qqchose comme Ya ou Yaou. Ce dieu, il le conçoit d’une façon nouvelle : à la différence de toutes les religions attestées d’alors, il le trouve trop élevé, trop sublime pour que l’on puisse le représenter, en faire des images… D’un autre côté, innovation tout aussi révolutionnaire, il ne veut pas que l’on rende à ce dieu-sans-image un culte d’offrandes, de sacrifices et de rituels plus ou moins matériels et pompeux, comme le font les fidèles des autres dieux, mais en s’attachant à lui et en obéissant à ses volontés, qui commandent une vie conforme à un code purement éthique….

Il emmène donc ses compatriotes échappés d’Egypte jusqu’au pays de Madian, que la tradition plus tard a remplacé par l’actuel Sinaï. Et, comme on ne change pas facilement de dieux, il va leur présenter celui à qui il veut les attacher comme le nom nouveau d’une divinité traditionnelle. Il leur explique même que ce nom est tout un programme, contenu dans le nom même… Ya, Yaou … évoque la troisième personne du sing du verbe cananéen qui signifie « exister » : Yahvé. Son nom mystérieux, suggère donc seulement son existence … : il est ce qu’il est …Israël s’engagera à ne plus s’occuper désormais que du seul Yahvé : les autres dieux, de chaque peuple et de chaque culture, ne compteront plus pour Israël … C’est là une innovation révolutionnaire … Moïse a inauguré l’hénothéisme (13 siècle av JC), forme de polythéisme qui sans nier l’existence d’autres divinités, oblige à les écarter pour ne s’attacher qu’à une seule . C’est à cet hénothéisme originel que la religion d’Israël devra, au bout d’une évolution séculaire, son « invention » …la plus prodigieuse : le monothéisme absolu », cad au VII siècle av JC où on pose comme une évidence l’unité absolue de Dieu.

CdC >>>> Apropos de l'hénothéisme, il est pas evident que les hebreux furent les premiers dans le quoi a trouver ca fun.

Je t’ai compris, mais parfois j’avoue avoir du mal à te saisir ailleurs ;-))

Réponse de Bottéro : « En Mésopotamie, on peut découvrir tout au plus qq vagues tendances à un certain hénothéisme. Pendant la seconde moitié du II millénaire, le clergé de Babylone a ainsi surexalté le dieu patron de cette ville, Marduk … « 50 fois plus dieu que tous les autres » … Mais l’existence des autres n’était pas nièe pour autant. D’autres tendances hénothéistes ont vu le jour en Mésopotamie, au I millénaire. Mais comme ces mouvements religieux n’ont jamais évacué l’existence des autres dieux, on ne peut parler que d’un « certain hénothéisme », qui n’avait rien à faire avec le monothéisme » (La plus belle histoire de Dieu, p.21).

Les hébreux ignorent les autres dieux et ne s’attachent qu’à un seul, nuance.

J’ai été aussi vérifier dans l’Encyclopaedia Universalis, à l’entrée monothéisme, rédigée par le théologien Claude Geffré :

« … On découvre cependant dans les religions primitives bien des formes de monothéisme qui peuvent coexister avec le polythéisme. On parlera alors plutôt d’hénothéisme ; le culte rendu à un dieu local ou national n’implique pas nécessairement le refus de l’existence d’autres dieux…. Le monothéisme est dû à un refus décidé de tout polythéisme et représente une véritable révolution religieuse … C’est dans la religion d’Israël qu’on trouve la forme la plus radicale de monothéisme. Pourtant, auprès de ce peuple enclin à l’idôlatrie et au polythéisme, le monothéisme fut long à s’imposer. A l’époque des patriarches, on rencontre peu de témoignages explicites en sa faveur. Moïse est considéré comme le vrai fondateur du monothéisme israélite. Encore vaut-il mieux parler à son sujet de « monoyahvisme » pratique et éthique. Ce n’est qu’au temps de l’exil, dans le Deutéro-Isaïe, qu’éclate l’affirmation d’un monothéisme absolu et spéculatif… »

Même si Bottéro, comme il le dit, vit sur ses acquis (réserves), ce qu’on a dit après lui, va dans le même sens ;-))

Cathy, les doigts usés mais pas hors-sujet enfin si peu ...

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