Dans l'ensemble je m'accorde sur la troisième possibilité qui a été évoquée à savoir que les Valar & Maiar, certainement pas des dieux, ne sont pas entièrement assimilables à nos Archanges & Anges [ce que je retiendrais néanmoins s'il fallait absolument trancher, mais la vérité se trouve sans doute quelque part entre les deux notions].
Comme cela a été évoqué, il faut aussi faire toujours attention au fait qu'une grande part du Silmarillion est de tradition sinda-númenóréenne et à ce titre souvent imprécise, parfois inexact. Je rejoins tout à fait les propos de Dame Szpako : " En fait peut être le Légendaire traduit une réalité historique dans le fait que longtemps les systèmes religieux humains [...] - furent polythéistes ( ?) [...] - ou eurent une sacrée tendance à vénérer les puissances du mal. [...] "
Il faut garder une grande prudence par rapport à cette tradition (sinda-númenóréenne) surtout en ce qui concerne l'histoire des Valar ; très peu d'écrits nous sont parvenus de ceux qui les ont réellement vus. Nombre de textes par exemple présentent avec autorité la création des étoiles, de la Soleil et de Lune comme étant des Valar. Ce n'est qu'à partir de quelques rares documents de traditions elfiques in HOME X qu'on devine une autre réalité, ou d'ailleurs le pouvoir de Création est nettement plus d'Eru que des Valar.
D'avis aussi pour parler d'artisans et non de créateurs, je m'attarderai surtout sur un détail plus en particulier : celui d'Aulë et de la crétion des Khazad. Je cite Nikita : " - l’un d’eux, Aulë, va rivaliser sur le terrain de la Création avec Eru lui-même, puisqu’il va donner naissance aux Nains contre les plans d’Eru. La réaction de ce dernier sera miséricordieuse mais on peut noter au passage qu’il reconnaît en Aulë un Créateur au même titre que lui, entièrement responsable de sa créature (cf. p.50) " et Vinyamar : " On peut dire qu'ils transforment, mais aucun pouvoir créateur au sens de celui d'Eru ne leur est donné (ils transforment, améliorent, décident, mais ne créent rien ex nihilo). Seul Aulë pose un problème [...] ".
Dans The later Quenta Silmarillion, in HOME XI on trouve la seule [je crois] source de tradition elfique sur le sujet, confirmée par une lettre de Tolkien (n°212) ; c'est ce texte qui a été à peu près intégré au récit du Silmarillion, ed. 1977. En aucun cas on ne peut dire qu'Aulë "rivalise sur le terrain de la création avec Eru" :
" The One rebuked Aulë, saying that he had tried to usurp the Creator's power; but he could not give independent life to his makings. "
Les mots montrent bien qu'Aulë n'a pas le *pouvoir* nécessaire. Ce n'est pas seulement une question de vouloir. D'autant que l'auteur renchérit :
" 'Behold' said the One: 'these creatures of thine have only thy will, and thy movement. Though you have devised a language for them, they can only report to thee thine own thought. [...]' "
Et on peut noter au même endroit, en passant, une phrase qui n'est pas sans lien avec l'un des sujets abordés plus haut, sur la conception du divin entre théorie de la création et théorie de l'émanation ;) : " He had only one life, his own derived from the One, and could at most only distribute it "
Donc, chère Nikita :) à aucun moment on ne peut considérer qu'Eru "reconnaît en Aulë un Créateur au même titre que lui" [cf. juste après : " [...] This is a mockery of me "], et, pour Vinyamar, le cas d'Aulë ne pose pas de "problème" : c'est au moment seul où Eru le décide, par amour, que les Nains prennent vraiment vie, à la grande surprise d'Aulë [ " [...] 'Do you wonder at this?' he said. 'Behold! thy creatures now live, free from thy will! For I have seen thy humility, and taken pity on your impatience. Thy making I have taken up into my design.' " ].
Cf. ce que tu proposes en fin de compte, ami Vinyamar, qui selon moi est présent clairement dans le texte : " Tolkien envisage-t-il ainsi l'idée qu'Aulë n'a été qu'un artiste qui a modelé les Nains comme des statues (sans pouvoir leur donner vie, ce que seul Eru peut faire) ? ". Tu vois, pas d'incohérence, donc ;)
Tout cela nous rapproche peut-être encore un peu plus des Anges, en tout cas nous éloigne radicalement d'un polythéisme (sauf éventuellement dans la perception qu'ont pu en avoir des Atani).
Yyr

