Bien qu’une autre idée soit déjà perceptible à la lecture des messages des uns et des autres , on parle ici plus de la symbolique de cette « couleur »dans ses différentes tonalités et de son effet sur les choses et les êtres auxquels elle s’appliquent comme des états qu’elle suggère mais de manière ponctuelle.
Mais pour ma part je me demande si cette réitération presque excessive du gris ne pourrait pas être appréciée de façon plus globale (à défaut de moyens plus complets, il suffit de faire fonctionner le moteur de recherche sur ce terme pour constater le nombre d’occurrence dans la seule section du légendaire).
Cette insistance m’apparaît comme une intention délibérée de Tolkien
et me fait davantage penser à un procédé littéraire qui, à ma connaissance serait original et génial. Cette pensée me revient avec force depuis ma réflexion sur Osgiliath où Tolkien, de mon point de vue , oriente (dirige) les pensées de son lecteur en agissant subrepticement sur son subconscient par d’adroits procédés comme la répétition de mots, de phrases apparemment négligemment reproduites à plusieurs dizaines de pages d’intervalle pour relier des instants d’émotion ou simplement fondre dans notre esprit des scènes vécues à des instants différents comme autant de moyens propres à stimuler notre mémoire, semblables à ce qu’on pourrait appeler dans un certain jargon des solutions de continuité !
Telle cette réitération du mot « histoire » aux « Escaliers de Cirith Ungol » qui me (nous ?) ramène « au Miroir de Galadriel » pour évoquer « ce qu’il y a de bon en ce monde, qui est menacé et mérite qu’on se batte » (pardon de vous rappeler à nouveau ce sinistre passage !)
N’est-ce pas par cette utilisation fréquente du gris que Tolkien a intentionnellement projeté dans notre esprit cette mélancolie qu’on associe généralement à cette tonalité et qui génère des sentiments tels que ceux exprimés par Ylem dans le fuseau « happy End »
....forts accents desesperants, tristesse face aux separations, au caractere ephemere de l’histoire du monde et de chacun, a l’injustice, melancolie face a la perte du « merveilleux », du temps de l’innocence, de la nature preservee,
puis quelques promesses, quelques lueurs, quelques taches de couleur, mais bien ephemeres aussi, dans un monde decidement tres sombre lors des moments de crise ou "entre gris clair et gris fonce", dans le quotidien.
C’est ce melange de sentiments dont je ne peux me departir, a chaque fois que je relis l’epilogue du SDA. (Ylem.)
et son intention n’était-elle pas encore plus ambitieuse à savoir influencer l’ensemble du récit d’une symbolique plus significative, exprimant la neutralité ou l’oscillation permanente entre le noir et le gris , qu’on pourrait lire comme une démonstration de l’absence totale de frontière entre le bien et le mal.( à ajouter si c’était encore nécessaire en tant qu’argument supplémentaire contre le manichéisme du SDA )
Toute cette réflexion n’est peut-être pas originale !!
Mj

