Je lis avec intérêt:
"Cette insistance m’apparaît comme une intention délibérée de Tolkien
et me fait davantage penser à un procédé littéraire qui, à ma connaissance serait original et génial. Cette pensée me revient avec force depuis ma réflexion sur Osgiliath où Tolkien, de mon point de vue , oriente (dirige) les pensées de son lecteur en agissant subrepticement sur son subconscient par d’adroits procédés comme la répétition de mots, de phrases apparemment négligemment reproduites à plusieurs dizaines de pages d’intervalle pour relier des instants d’émotion ou simplement fondre dans notre esprit des scènes vécues à des instants différents comme autant de moyens propres à stimuler notre mémoire, semblables à ce qu’on pourrait appeler dans un certain jargon des solutions de continuité !"
L'obsédé du mariage de la carpe et du lapin que je suis ne peut voir dans le procédé que tu décris qu'un avatar du "grundthema" wagnérien (plus communément appelé leitmotiv, motif conducteur).
Ce procédé n'a pas été inventé par Wagner, mais il est le premier à l'avoir utilisé systématiquement pour construire ses drames musicaux.
Un exemple très fort de ce procédé à la fin de l'Or du Rhin,
Lorsque Wotan chante, avant de pénètrer au Walhalla:
"Du matin jusqu'au soir,
Il fut conquis
sans joie, dans la peine et la peur!( in Müh' und angst )
La nuit approche: contre ses maux,
il nous offre un abri"
Non seulement ce court texte résume le noeud dramatique de tout ce qui s'est déroulé précédemment, mais la musique révèle le sens profond des paroles de Wotan en déroulant sous ses mots une formulation musicale de "l'anneau", alors que l'anneau même n'est pas cité! qui plus est, ce motif de l'anneau est présenté dans une orchestration nouvelle, où domine les cordes (alors que "l'anneau" précédemment fut le plus souvent joué par les bois) cette couleur particulière s'accorde à la nuit qui approche, mais permet aussi l'association demi-consciente chez l'auditeur "peine-peur-nuit-maux = anneau", équation qui sera amplement développée par la suite.
Si tu préfères un exemple littéraire (je sais que certains d'entre-vous sont rétifs dès que l'on parle de W...) Proust est un grand virtuose de ce procédé ("petit pan de mur jaune")...
mais P l'a pris à W...
Dernière chose: j'ai lu quelque part que lorsque l'on interrogea Tolkien sur la musique qui conviendrait pour son oeuvre, il cita Weber.
Wagner fut un grand admirateur de Weber.
Entre ce W et ce W, je vous laisse après tout le soin de choisir celui qui vous convient le mieux.
En tout cas, mise à part la comparaison (fondée me semble t-il) avec W, ce thème de la couleur chez T m'intéresse. Quant au procédé, il faudrait savoir s'il n'a pas pu l'emprunter à quelqu'un d'autre encore, en sachant qu'un emprunt chez un créateur n'est pas forcément un vol ni un viol.
Comme disait Stravinsky "il ne suffit pas de violer Euterpe, faut-il encore lui faire de beaux enfants"
Je pense que Tolkien n'a pas à rougir de ses enfants, et c'est là l'essentiel.
A PLUS

