Je le précise à nouveau mon édition est de 1965 mais l’originale est encore plus vieille et j’espère que vous ne m’en voudrez pas de ressortir de vieux fantômes (Maglor : je suis désolée ;-)))
Legouis disons-le tout de suite préférait la poésie Anglaise née avec Chauceur plutôt que l’Anglo-Saxonne et se plaisait à démontrer le positif que le franc-normand avait apporté à la langue Anglaise.
En substance, il reprochait à l’anglo-saxon et aux textes anciens cette austérité, ce pessimisme, ce scepticisme pour le bonheur terrestre, exprimé dans une langue qu’il disait assombrie par l’accumulation des consonnes, au détriment des voyelles sonores qui avait produit un lexique empreint de tristesse et de mélancolie.
(Je cite ce passage pour introduire la suite et non pour déclencher une polémique sur le jugement de Legouis !)
Selon lui, donc, les normands auraient apporté avec notre vieux français , la lumière qui devait en quelques siècles illuminer la langue et la poésie anglaise.
Je vous épargne la longue démonstration trés imagée et un peu emphatique.
Mais l’intérêt de ce texte aujourd’hui, réside dans le fait que cette lumière, cette clarté, Legouis l’attribuait à des expressions colorées, à la prédominance des voyelles sonores et en particulier à un mot dont il a relevé la redondance dans plusieurs textes de l’époque de référence notamment dans La Chanson de Roland :
« « Le propre de la langue d’oil était en somme moins la couleur que la simple lueur, la lumière blanche ou encore cette transparence de l’eau de roche de la fontaine pure sur un lit de sable fin……..
« « Le mot « cler » (clair) qui exprime cette sensation est en lui-meme une véritable réussite et sa valeur a été si bien sentie par nos vieux poètes qu’ils en ont fait leur vocable préféré, le mot qui donne à leurs poèmes leur atmosphère.
C’est le mot de prédilection du chantre de Roland et il serait curieux de compter les vers où il figure dans l’épopée faisant tableau par l’heureuse place qu’il occupe »
(Suivent les vers de la Chanson de Roland qui contiennent ce mot)
Legouis poursuit :
"Cette même blancheur est partout dans Chrestien de Troyes"
(4 vers de Chrétien)
« Or c’est de la perception de cette lueur et de l’effort fait pour les reproduire que naitront les premiers beaux vers de la langue Anglaise renouvelée du 14siècle. Il n’est pas seulement curieux; il est hautement significatif d’y voir notre mot « cler » repris alors et employé à peine moins copieusement (et pour des effets semblables ) qu’il l’avait été chez nous »
Et Legouis de citer moultes exemples pris chez Chaucer .
Il poursuit sa démonstration pour divers vocables ou expressions qui par leur emploi répétitif créent l’atmosphère d’un texte.
Dans sa version française le SDA a capté notre attention sur le gris et la volonté de Tolkien dans cet usage me semble établie, notamment pour la symbolique ordinaire de cette couleur (mystère et mélancolie)mais aussi je crois pour ma part, pour cette liberté laissée à l'intensité de nos émotions.
Je suppose maintenant que le texte contient d’autres expressions ou vocables recelant la même magie qui n’est pas étrangère à notre envoûtement ; mais la traduction je crois rend plus difficile leur révélation meme si l'émotion probablement parvient à nous atteindre par des mots ou expressions moins justes, d'un effet plus diffus.
D’où l’intérêt me direz-vous, de lire Tolkien en V.O.!!
Lindoro:Je ne connais pas grand'chose à la théorie musicale, mais dans l'usage de ces mots qui résonnent en laissant dans notre esprit un écho durable, suggererais-tu qu'on y reconnaisse les accords particuliers à Debussy qui colorent ses partitions pour nous en donner le ton?
Mj

