Saeros attaque Túrin sur son apparence physique, pour étendre ce jugement à son peuple : "Si les hommes du Hithlum sont à ce point sauvages et rudes, que penser des femmes de ce pays ? Courent-elles comme des biches, revêtues de leur seule chevelure ?" (Contes et légendes inachevés, I, 2 ; Pocket, vol. 1, p. 125).
Lorsque Túrin se vengera, il forcera Saeros à se dénuder et le poursuivra pour l'humilier en reprenant ses propos : "Saeros, lui dit-il, tu as une longue course à faire, et les vêtements te seront un embarras : les cheveux te suffiront !" (...) "Cours, lui cria-t-il, cours tant que tu peux, et à moins que tu n'ailles aussi vite que le cerf, je viendrai derrière t'éperonnant !" (Ibid., p. 126).
Comme dans le cas de Nienor relevé par Beruthiel, Tolkien continue à filer l'image : Saeros tentera de sauter par dessus la gorge d'un torrent, dont on connaît la largeur par l'indication suivante : "c'était large pour un saut de cerf" (Ibid., p. 127). Il y sombrera.
Le Saut-de-Cerf (Cabed-en-Aras), c'est précisément le nom de la gorge où se précipita Níniel Nienor, elle qui avait été comparée à une biche dans sa fuite. Ce lieu changea alors de nom "car le cerf jamais plus ne bondit au-dessus de ses eaux, et il n'est créature vivante qui ne l'évitât, et aucun homme ne s'aventurait sur ses bords" (Ibid., p. 211).
Du coup, l'insulte que Saeros fit aux femmes du peuple de Túrin semble prémonitoire, puisque c'est précisément ce qui arrivera à Nienor : elle courra nue, comme une biche. De plus, Saeros et Nienor périssent de la même façon (même si dans le cas de cette dernière il s'agit d'un suicide).
On retrouve l'une des thèses que vous avez évoquées : à chaque fois, le motif du cerf (et de la biche) désigne un passage, dans la fuite ou dans le saut. La fuite de Nienor correspond à la perte de son identité, tandis que celle de Saeros est une perte de dignité (l'Elfe est ridiculisé par l'Humain). L'échec du saut du cerf est la mort.
Fangorn, qui a une tendresse particulière pour ces animaux couronnés de bois ;-)

