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les cerfs du hobbit
#14
Puisque nous sommes en train de constituer une harde, voici encore quelques occurrences (désolé, Didier ;-)) :

- Lorsqu'ils quittent le Chemin des Morts pour s'engouffrer dans la vallée du Morthond, Aragorn et l'Armée des Morts provoquent la terreur chez les habitants :
"(...) les gens qui se trouvaient dans les champs poussèrent des cris de terreur et s'enfuirent follement comme des cerfs poursuivis. Le même cri s'élevait partout dans la nuit grandissante : — Le Roi des Morts ! Le Roi des Morts est sur nous !
Des cloches sonnaient dans le fond de la vallée, et tous les hommes fuyaient devant le visage d'Aragorn ; mais la Compagnie Grise, dans sa hâte, courait comme des chasseurs jusqu'à ce que les chevaux bronchassent de fatigue" (SdA, V, 2 ; éd. du Centenaire, p. 845).

Le motif s'inverse : dans le Hobbit, les cerfs représentaient une frontière intangible, passage vers un autre monde. En revanche, la comparaison avec le cerf (ou la biche — le terme anglais est le même : "deer", sauf dans le texte sur Isildur, où l'on trouve "stag") s'entend chez Tolkien sur le mode de la chasse.
Nous n'avons pas encore fait le tour de toutes les occurrences possibles, mais nombreuses sont déjà celles qui parlent de la course du cerf.

Certes, cette course est liée à un événement extraordinaire, mais elle n'en montre plus que les effets. Dans un premier temps, de façon générale, on peut voir dans le motif du cerf l'in-quié-tude vive, c'est-à-dire le fait de ne pouvoir être en repos (quies). Le cerf poursuivi est la manifestation d'une cause parfois moins visible, de même qu'un visage ou une posture auront tous les signes de la peur sans que l'on en voie la cause.

Saeros, Nienor, Isildur, les habitants du Morthond... tous sont des cerfs en fuite, effrayés. Leurs poursuivants sont terrifiants et mortifères. Ce sont désormais les chasseurs qui représentent le passage vers un autre monde, la mort le plus souvent.

Mais il existe (au moins) un cas où Tolkien se joue de son modèle. Aragorn annonce à Legolas et à Gimli qu'ils vont poursuivre les Orques : "(...) Nous allons effectuer une chasse qui fera l'étonnement des Trois Races apparentées : Elfes, Nains et Hommes. Sus, les Trois Chasseurs !"
Et Tolkien ajoute : "Il s'élança tel un cerf" (SdA, III, 1 ; éd. du Centenaire, p. 456).
Cette fois-ci, les chasseurs sont aussi des cerfs : les Trois Chasseurs poursuivent les Orques, mais ils sont eux-mêmes poursuivis par la peur des risques encourus par les deux Hobbits.

Paradoxalement, les Trois Chasseurs sont à la poursuite de ce qui les poursuit. L'inversion est intéressante, car elle désigne le courage : faire face au danger qui menace, le poursuivre au lieu de le fuir, voilà le courage des trois compagnons.
On comprend la soudaine sérénité d'Aragorn, alors qu'il est en proie à la peur des menaces pesant sur Merry et Pippin : "Il vola parmi les arbres, les entraînant toujours en avant, infatigable et rapide, sa décision étant enfin prise". Après les errances du doute, vient la fermeté de la décision courageuse. Aragorn est un cerf chasseur : il affronte sa peur.

Sébastien, qui se remet en chasse ;-)

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