En revanche, s'il faut trouver une structure analogue à celle du Hobbit, c'est un texte antérieur qui nous l'offre.
L'Epilogue d'Eriol peint l'évanouissement des Elfes. Parmi ces images de brume, la chasse du Seigneur de Tavrobel :
"Comme des filaments des vents, comme des demi-transparences mystiques, Gilfanon Seigneur de Tavrobel chevauche ce soir accompagné de son peuple, et donne la chasse à la biche elfique sous le ciel pâlissant. Une musique de pas oubliés, une lueur des feuilles, des herbes qui se courbent subitement, des voix nostalgiques qui murmurent sur le pont, et ils sont partis" (Livre des Contes Perdus, II, 6 ; FrHome II, 368).
Cette figure est très proche de celle du Hobbit : on a affaire explicitement à une "biche elfique" [elfin deer] (Home II, 289), qui marque la présence voilée des Elfes.
En fait, j'aurais tendance à voir l'évolution du motif du cerf ainsi :
- Tolkien reprend, aux premiers temps de son Légendaire, l'image mythologique du cerf qui marquerait la frontière avec le monde faërique.
- Puis, lors du retrait progressif de la mythologie dans le Légendaire, la figure du cerf fonctionnerait désormais comme une comparaison littéraire évoquant la fuite éperdue avec des chasseurs terrifiants aux trousses (dans le cas précédent des chasses elfiques, la terreur n'apparaît pas).
Bien sûr, cela n'empêche pas de retrouver dans ces comparaisons cervines les vestiges de l'ancien passage avec l'autre monde ;-)
Sébastien

