La noblesse ne se confond pas systématiquement avec la richesse. Beren arrive à Doriath entièrement démuni : ce n’est pas son ascendance noble qui le tiendra au chaud, et le ventre bien rempli ;-)
Il faut aussi savoir ce qui détermine cette richesse : Tom Bombadil est riche, parce qu’il se contente de peu, par exemple, en harmonie avec la forêt. Même chose pour les Ents.
A mon avis, ce qui est surtout intéressant dans ce motif de la richesse, c’est la capacité qu’ont certains « héros » à s’en détacher. Voici deux exemples, parmi d’autres :
- Frodon est un riche héritier, mais il sacrifiera confort et sécurité pour sauvegarder la Comté.
- Finrod abandonne le pouvoir et les immenses richesses de Nargothrond, pour respecter son serment envers la lignée de Barahir.
Dans leur cas, la tentation de la passivité égoïste était bien plus forte que s’ils avaient été pauvres. Leur richesse représentait un obstacle supplémentaire.
C’est d’ailleurs le désir de conserver et d’augmenter leurs richesses qui causera la perte de beaucoup, comme Thingol ou Thorin.
Les héros tolkieniens n’ont pas la richesse facile... ;-)
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Pour finir, un peu de tissage ;-)
- La question de l’économie a été abordée dans plusieurs fuseaux, en voici le plus explicite :
- Après l’économie, les catégories socio-professionnelles... ;-)
- Sosryko a fait un beau travail en étudiant les occurrences du terme « pauvre » dans le texte de Bilbo le Hobbit :
Ce dossier se situe dans l’un des messages (celui du 17.07.2002) de ce long fuseau, qui représente un labeur considérable et fascinant :-)
Cela se trouve à cet endroit précis de son plan, dont les ramifications feraient pâlir d’envie un bon nombre d’arbres de ma connaissance ;-)
X.3) Tolkien, les contes et les frères Grimm
3.3) Grimm, ou les ingrédients d’’une bonne histoire’
Arrivés ici, vous prolongez jusqu’au point (e)... ;-)
Reprenez votre souffle et laissons Sosryko nous renseigner :
Quote:Sur les quarante occurrences de l'adjectif 'pauvre' dans le texte entier, une seule seulement est utilisée pour caractériser un manque de richesse (appliquée au nains, bien sûr ; p.30) ; les trente-neuf restantes, marquant l'intervention du conteur, ont pour fonction de provoquer la compassion ou le sourire du lecteur et de créer une connivence avec le conteur.
Les enjeux en sont multiples, mais on peut remarquer, grâce à cette analyse, que la pauvreté tolkienienne désigne avant tout le statut de la personne tout entière, et non ses possessions matérielles.
Sera pauvre celui qui est malheureux, indépendamment de sa richesse proprement dite.
Il serait passionnant de vérifier cette thèse de Sosryko sur l’ensemble du Légendaire (même si on ne pourrait y retrouver cette fonction de connivence du conteur)...
Enfin, deux tissages externes à JRRVF :
- Il y a tout d'abord une scène que j’aime bien, mise en valeur par Vincent Ferré dans ses Rivages (Bourgois, 2001, p. 243-244 + n. 94, p. 251) :
Sam, sur le chemin de l’Orodruin, abandonne ses précieuses casseroles, qui constituent l’une de ses principales richesses, puisqu’il y accorde du prix.
- Verlyn Flieger a particulièrement bien montré la chute de Thingol dans son Splintered Light (ch. 16-17, de la nouvelle édition).
En définitive, l’idée n’est pas nouvelle : Tolkien est l’hériter de la sagesse antique, et se démarque d’un bon nombre de contes de fées (et de plusieurs cycles de Fantasy qui suivirent) peignant un jeune héros très très pauvre et malheureux qui finira par être très très riche, etc... Il est donc préférable d’avoir la richesse d’âme d’être indépendant de ses richesses matérielles ;-)
Sébastien, pauvre tisserand ;-)

