Mais les choses ont un peu évolués grâce à Tolkien. Je ne crois pas qu'on aurait une traduction de Beowulf par le poète irlandais Seamus Heaney, prix nobel de littérature, si le vieux Professeur ne s'était pas tant battu pour montrer la valeur littéraire du poème. »
Ces lignes que tu as écrites me font penser à un vieux débat qui agita l’histoire littéraire en France au XVIIe siècle, la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes !
Petit rappel : Charles Perrault, 16 ans après son élection à l’Académie Française (soit en 1687), prononce devant ses confrères un discours révolutionnaire qui fera date : Le siècle de Louis Grand. Dans ce plaidoyer, il vante les mérites des écrivains de son siècle et remet en cause les sacro-saints modèles de l’Antiquité gréco-romaine. Lui-même se détournera des canons littéraires antiques et puisera dans la tradition orale populaire française pour rédiger ses Contes du temps passé.
Quelque impact qu’ait eu cette prise de position à l’époque, force est de constater que l’histoire littéraire a plus retenu le nom d’Anciens comme La Fontaine, Racine, La Bruyère que celui des Modernes parmi lesquels seul Perrault est resté à la postérité…
Alors Tolkien-Perrault, même combat ? Même résistance plutôt à une certaine suprématie de l’identité culturelle européenne… Tout ceci est évidemment à nuancer et Tolkien sait aussi s’amuser avec la « romanisation » de l’Angleterre, comme par exemple dans le délicieux Fermier Gilles de Ham :
Aegidius de Hammo était un homme qui vivait dans la région centrale de l’île de Bretagne. Son nom complet était Aegidius Ahenobarbus Julius Agricola de Hammo, car, à cette époque, il y a très longtemps, alors que notre île était encore heureusement divisée en de nombreux royaumes, les gens étaient richement dotés de noms…
NIKITA

