Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Le pouvoir dans le SdA
#16
Quelques réflexions que m’inspirent le thème et les interventions faites plus haut…

C’est un euphémisme de dire que Tolkien n’est pas un révolutionnaire politique. Son œuvre n’est pas une réflexion sur l’organisation politique de la société en tant que telle. Il prend plutôt le parti de nous montrer une série de cheminements individuels, dans un contexte politico-social donné, qui n’est pas remis en cause et qui est celui de la plupart des récits mythologiques. (D’ailleurs l’une des intentions de son travail n’était-elle pas d’imaginer une sorte de nouvelle mythologie en s’inspirant de celles du passé ?)

Je ne sais pas si je suis suffisamment explicite… Bon. Je dirais autrement :
Le mode héréditaire d’accession à un pouvoir, n’est pas remis fondamentalement en cause par Tolkien. Mais il n’est pas non plus défendu comme le meilleur système absolu. Il s’agit juste, à mon avis, du contexte donné dans lequel s’inscrivent ses réflexions. Et celles-ci portent essentiellement sur le devenir individuel, sur la place de chaque personne dans le monde, sur ce qu’elle fait du destin qui lui est proposé par la Providence.
Plus simplement encore : le postulat de Tolkien est que les relations de pouvoir sont un fait (...effectivement, ce n’est pas un anarchiste !) Mais, qu’est-ce que l’individu en fait ?

L’originalité, la richesse de Tolkien est de nous montrer que les relations de pouvoir peuvent s’exercer de manière très différente. La vraie question pour lui étant, comment chaque personne utilise-t-elle la parcelle de pouvoir dont il est pourvu.

Ainsi :

- le résultat de la Quête dans le SDA dépend parfois de toutes petites choses. (ex : le simple passage de Merry et Pippin à Fangorn mais aussi la façon dont ils se comportent, qui déclenchent la révolte des Ents, la chute de Saroumane, et permet notamment à Aragorn de poursuivre sa marche vers son destin.)
Ce sont les hobbits qui détiennent la clef de la survie de la Terre du Milieu - or, ce ne sont pas, de loin, ceux qui détiennent le plus de pouvoir, ni par la naissance, ni par le statut de leur peuple en Terre du Milieu. Même ceux qui paraissent insignifiants ont une parcelle de pouvoir qui, bien utilisé, permet de faire changer les choses. (c’est le très célèbre (et joli) message d’espoir que donne Tolkien)

- Sam est très très loin d’être l’exception (je ne partage pas ton opinion, CdC). C’est un personnage tout à fait central. C’est avec lui que s’achève le SDA, car il est la figure principale de ce monde nouveau qui va se construire. (C’est bien connu : même si Aragorn devient roi, Tolkien a pris le parti de raconter l’histoire du point de vue des hobbits - et ce n’est pas un hasard). Le fait que Sam sera maire témoigne moins, à mon avis, d’un pouvoir qui va lui être conféré, que du fait qu’il a acquis sagesse et assurance, qui lui permettent de prendre une responsabilité importante dans le devenir de son peuple. Rien ne dit non plus qu’il fondra une lignée héréditaire.

***
- Parmi les monarchies, Tolkien montre aussi des différences dans la façon de concevoir l’exercice du pouvoir. Sur une autre partie de ce site, quelqu’un a très judicieusement mis en évidence la différence de l’esprit dans lequel fonctionne les deux monarchies que sont Rohan et Gondor. (zut, je ne parviens pas à retrouver qui et où… je me souviens juste que j’avais trouvé ça fort « bien vu » ! help !)

- Le fait d’accéder au pouvoir par la naissance n’est pas une garantie d’un bon exercice de celui-ci : cf. Denethor.

- Bien qu’il est présenté comme indiscutable qu’Aragorn soit l’héritier légitime du Gondor, il ne revendique pas sa place haut et fort. La toute première fois qu’il rentre dans sa cité, c’est d’ailleurs quasi clandestinement et à la demande expresse de Gandalf, soucieux qu’il est de respecter le maître du lieu, Denethor, et des habitants de la cité. Il ne prendra sa place que lorsque et à la condition que sa légitimité soit reconnue de tous - ou plus précisément, que lorsqu’il sera devenu évident pour tous, que ce soit bien lui qui est appelé (quasi au sens biblique) à cette fonction. Aragorn ne reçoit pas le pouvoir en récompense, il accepte d’assumer son Destin.

***
- D’une manière générale, Tolkien accorde beaucoup d’importance aux filiations (point n’est besoin de rappeler les généalogies ou le nombre de fois où l’on identifie quelqu’un par le terme « fils de »). Il ne me semble pas que c’est une manière d’asseoir le pouvoir de ces personnages mais bien plus de les ancrer dans une continuité historique - et peut-être même de montrer la continuité, le sens du Plan divin au cours de l’Histoire.

***
- Par contre il est tout à fait clair que le pouvoir pour le pouvoir, dans l’intention de domination, se confond avec le Mal. Il s’agit alors du pouvoir qui asservit. C’est bien le cas pour Sauron, pour Saroumane,… C’est aussi lui qui tente Boromir, Denethor,… Ce pouvoir qui vise à la domination est incarnée par l’Anneau. Il se manifeste parfois de manière claire, mais, le plus souvent de manière sournoise : il se masque sous de bonnes excuses. C’est pourquoi Gandalf, Galadriel et consors refusent de porter l’Anneau. De mémoire, il me semble que Tolkien fait allusion à ce rapport pouvoir/domination dans ses Lettres… Peut-être cette piste mériterait-elle d’être creusée..
Ne faudrait-il pas distinguer le pouvoir/domination qui asservit
du pouvoir / exercice de sa possibilité d’agir, qui libère et donne un sens à la vie


***
La société des hommes décrite par Tolkien fonctionne avec une monarchie héréditaire. La société des hobbits a un fonctionnement démocratique. Tolkien, il me semble, ne porte pas clairement jugement sur ça. Car son propos est ailleurs.

(S’il fallait vraiment déterminer la préférence de Tolkien en matière d’organisation politique à la seule lecture du sda - je dirais plutôt, qu’elle penche vers l’organisation démocratique - vu le caractère volontairement « hobbitocentré » de cette œuvre. Au fait, qu’en est-il de la notion de pouvoir dans les autres ouvrages de Tolkien ?…. Je m’en vais y réfléchir…)

Ylem.

Norwen : il est vrai que le sujet a été abordé plusieurs fois ailleurs sur ce forum, mais sans doute par bribes au sein de différents fuseaux dont ce n’était peut-être pas le sujet principal… donc, pas facile à retrouver… Pour ce qui est de ma contribution personnelle, je me souviens y avoir fait allusion dans les fuseaux « Affaire de volonté », au beaucoup plus anciennement et subjectivement d’ailleurs dans « Plaidoyer pour Frodo ». Mais ce n’est pas exhaustif. Il me semble toutefois que ce qui en est dit dans « Arwen, Frodon, les havres », est le plus clairement argumenté…
A moins que tu ne parles d’autre chose… Si tu veux, tu peux préciser ta demande et je tenterai de te fournir une réponse adéquate.


Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)