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Le sens de l'Histoire
#10
quelques ébauches de précisions ...
Les protestants dans leur ensemble partent du principe, depuis Luther, Calvin accentuant encore cette idée, que l'homme, marqué par le péché de manière catégorique, ne saurait en aucune manière incliner au Bien, qui découle de la grâce de Dieu. Celle-ci est seule à donner le salut - individuel et collectif -, l'homme n'y peut mais. le Bien commis par l'homme résulte de la grâce que lui accorde Dieu, il est une manière de rendre grâce de cette grâce (pfff, trois fois dans une phrase, quelle élégance ...). Les calvinistes ont mis l'accent sur la notion de prédestination, mais les luthériens affirmaient déjà que l'homme n'oeuvre pas pour son salut (l'historien Marc Lienhard écrit que pour Luther "l'homme est radicalement incapable de réaliser son salut devant Dieu, ce qui est une manière existentielle d'exprimer l'impuissance de l'homme et sa dépendance totale à l'égard de la grâce de Dieu"; Luther s'oppose ici à Erasme notamment), contrairement à l'idée catholique de la même époque (Renaissance, en gros) que celui qui fait le bien "mérite" le royaume des cieux plus que celui qui fait le mal, ce dernier ayant cependant toujours possibilité de se repentir et de se confier à l'amour tout-puissant de Dieu, qui dépasse tout le mal que peut commettre l'homme. Une récente déclaration commune entre protestants et catholiques a cependant été dans le sens d'une définition du salut plus proche des principes protestants initiaux que de la "religion des oeuvres" catholique, mettant l'accent sur la gratuité du salut, donné par le sacrifice christique, et sur les oeuvres comme effet du salut ainsi offert et non comme moyen de se sauver en tant qu'individu.
la communion des saints soulève un autre problème, celui de la solidarité de l'humanité dans le péché comme dans le salut. en gros, pour les catholiques, tout le monde oeuvre au salut de chacun et vice-versa. les mérites des uns profitent aux autres, et le trésor des mérites, alimenté depuis la Passion du Christ par les bienfaits des saints au sens canonique, concerne toute l'humanité, pécheresse mais appélée au salut et à la contemplation de Dieu. les protestants, qui refusent le culte des saints, ne s'écartent pas, il me semble, de cette notion de communion des saints au sens d'un salut collectif. La sainteté est liée à l'histoire, inscrivant la grâce de Dieu dans l'histoire des hommes.
L'Histoire chrétienne, comme il a été dit, a un sens : de la Création au Jugement et à l'avènement du Christ en gloire. L'inconvénient étant que le salut, par définition, se situe en dehors du temps (notion terrestre, Dieu étant seul éternel, sa contemplation ne rentre pas dans ce cadre temporel) - et donc de l'histoire, qui n'existe que dans le temps (cf Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, entre autres).
il me semble pour ma part que la question du salut au sens chrétien n'a donc que peu à voir avec le SDA, qui ne se soucie que du devenir de l'histoire terrestre. Gandalf annonçant à Prosper des temps meilleurs ne songe pas à un Salut post Terre du Milieu. or, le Salut au sens chrétien, au contraire, se situe hors Terre créée pour atteindre l'incréé. est-ce que cette notion apparaît chez Tolkien ? pour ma part, je n'arrive pas à la voir dans le SDA en tout cas.
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