15-05-2003, 00:16
Pour terminer, voilà ce qu’écrit Christian Grappe dans un ouvrage récent intitulé Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus (Labor et Fides, MdB42, je te donne la référence puisque tu sembles intéressé par le sujet) :
[citation=Christian Grappe, Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus, pp.182-183]On notera d’abord l’importance de la dimension du « déjà », […], dans la mesure où proclamer que le Royaume de Dieu s’est approché (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11), qu’il est survenu (Mt 12,28 // Lc 11,20), qu’il fait l’objet d’assaut (Mt 11,2 // Lc 16,16), c’est affirmer tout à la fois qu’il est là (dimension spatiale) et qu’il est présent (dimension temporelle) (ainsi Lc 17,20-21).
On pourrait encore mentionner ici les passages dans lesquesl guérisons et exorcismes apparaissent comme des signes de l’irruption du Royaume ici et maintenant (Lc 8,1-2 ; 9, 2.11 ; 10,9).
Cet aspect du « déjà » est suggéré aussi par des paraboles qui indiquent soit que le Royaume des Cieux peut être trouvé ici et maintenant (trésor et perles cachés : Mt 13,44 et Mt 13, 45-46) soit qu’il peut être retiré dès à présent aux uns pour être confié aux autres (Mt 21,43), soit encore que ceux qui se sont repentis y devancent ceux qui se croyaient justes (Mt 21, 28-32). Un logion tel Lc 12,32 laisse aussi entendre que le Royaume est donné dès à présent par le Père, tandis que la similitude de Mt 13,52 exprime à sa manière que le Royaume vient déjà imprégner de sa nouveauté l’enseignement de ceux qui en sont les disciples.
Cela dit, et l’on ne s’en étonnera pas, l’horizon du « pas encore » demeure également présent, notamment dans des logia dont l’horizon s’avère souvent, par delà l’attente du Royaume (Lc 23,51) qui peut revêtir un aspect très concret et proche (Lc 19,11), résolument eschatologique, que l’horizon soit celui de la fin (Lc 21,31), du jugement dernier (Mt 13,41), d’un accès futur dans le Royaume (Mt 7,21), d’une vision (plénière) dudit Royaume (Mc 9,1 et //), du festin eschatologique (Mc 14,25 et // ; Mt 8,11-12 // Lc 13,28-29 ; Mt 25,1-13 ; Lc 14,15 ; 22,16), de la glorification ou de l’exaltation des justes (Mt 13,43 ; 20,21 ; Lc 22,29-30).
Enfin, assez souvent, est perceptible une tension entre « déjà » et « pas encore ». Ainsi dans les paraboles de de croissance qui placent le regard entre semailles et moisson (Mc 4,26-29 ; Mt 13, 24-30 // ÉvTh 57), ou entre graine et plante épanouie (Mc 4,30-32 et //). Ainsi dans d’autres paraboles qui introduisent une tension entre lancer des filets dans la mer et tri de ces filets sur le rivage (Mt 13, 47-50), embauche des journaliers pour travailler dans la vigne et rétribution de ces ouvriers en fin de journée (Mt 20, 1-16). Ainsi aussi en Lc 18,29 où sont mis en contraste renoncement présent en raison même du Royaume de Dieu et récompense à venir. Ainsi encore en Mt 16,19, où il est suggéré que l’accès au Royaume des Cieux se joue dans le présent communautaire, et en Mt 24,14, où le surgissement même de la fin paraît lié à la proclamation de la bonne nouvelle du Royaume à l’échelle du monde . ainsi enfin en Mt 25,34, où le Royaume promis en héritage est dit préparé depuis le commencement du monde !
On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que, dans un certain nombre de cas, on puisse hésiter entre une compréhension présente ou eschatologique, « déjà » et « pas encore » s’appelant sans doute l’un l’autre comme dans la demande du Notre Père : « Que ton Règne (ou que ton Royaume) vienne » (Mt 6,10 // Lc11,2). Mais n’en est-il pas déjà de même pour la célèbre formule « Le Royaume (ou le Règne) de Dieu s’est approché » (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11) qui laisse entendre tout à la fois que le Royaume est déjà en marche, que les trois coups ont retenti et qu’il s’apprête à envahir toute la scène.[/citation]
[séparation]
Certainement.
Même si lui-même associe rapidement ensuite le terme « Magie » et « Machine » dans une connotation uniquement négative ; car ces deux termes sont liés au pouvoir, or la corruption ou l’égarement sont attachés à toutes forme de pouvoir, quelque soit l’intention initiale.
Ainsi, la magie de Galadriel lui sert à maintenir enchantée la forêt de la Lorien ; le charme est merveilleux ; pourtant cet art est un égarement, car il ne produit que mélancolie et « tristesse du monde » chez les Elfes qui savent que leur place n’est plus en Terre-du-Milieu.
Merci pour ta traduction, beaucoup de travail que cela :-)) !
Sosryko
[citation=Christian Grappe, Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus, pp.182-183]On notera d’abord l’importance de la dimension du « déjà », […], dans la mesure où proclamer que le Royaume de Dieu s’est approché (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11), qu’il est survenu (Mt 12,28 // Lc 11,20), qu’il fait l’objet d’assaut (Mt 11,2 // Lc 16,16), c’est affirmer tout à la fois qu’il est là (dimension spatiale) et qu’il est présent (dimension temporelle) (ainsi Lc 17,20-21).
On pourrait encore mentionner ici les passages dans lesquesl guérisons et exorcismes apparaissent comme des signes de l’irruption du Royaume ici et maintenant (Lc 8,1-2 ; 9, 2.11 ; 10,9).
Cet aspect du « déjà » est suggéré aussi par des paraboles qui indiquent soit que le Royaume des Cieux peut être trouvé ici et maintenant (trésor et perles cachés : Mt 13,44 et Mt 13, 45-46) soit qu’il peut être retiré dès à présent aux uns pour être confié aux autres (Mt 21,43), soit encore que ceux qui se sont repentis y devancent ceux qui se croyaient justes (Mt 21, 28-32). Un logion tel Lc 12,32 laisse aussi entendre que le Royaume est donné dès à présent par le Père, tandis que la similitude de Mt 13,52 exprime à sa manière que le Royaume vient déjà imprégner de sa nouveauté l’enseignement de ceux qui en sont les disciples.
Cela dit, et l’on ne s’en étonnera pas, l’horizon du « pas encore » demeure également présent, notamment dans des logia dont l’horizon s’avère souvent, par delà l’attente du Royaume (Lc 23,51) qui peut revêtir un aspect très concret et proche (Lc 19,11), résolument eschatologique, que l’horizon soit celui de la fin (Lc 21,31), du jugement dernier (Mt 13,41), d’un accès futur dans le Royaume (Mt 7,21), d’une vision (plénière) dudit Royaume (Mc 9,1 et //), du festin eschatologique (Mc 14,25 et // ; Mt 8,11-12 // Lc 13,28-29 ; Mt 25,1-13 ; Lc 14,15 ; 22,16), de la glorification ou de l’exaltation des justes (Mt 13,43 ; 20,21 ; Lc 22,29-30).
Enfin, assez souvent, est perceptible une tension entre « déjà » et « pas encore ». Ainsi dans les paraboles de de croissance qui placent le regard entre semailles et moisson (Mc 4,26-29 ; Mt 13, 24-30 // ÉvTh 57), ou entre graine et plante épanouie (Mc 4,30-32 et //). Ainsi dans d’autres paraboles qui introduisent une tension entre lancer des filets dans la mer et tri de ces filets sur le rivage (Mt 13, 47-50), embauche des journaliers pour travailler dans la vigne et rétribution de ces ouvriers en fin de journée (Mt 20, 1-16). Ainsi aussi en Lc 18,29 où sont mis en contraste renoncement présent en raison même du Royaume de Dieu et récompense à venir. Ainsi encore en Mt 16,19, où il est suggéré que l’accès au Royaume des Cieux se joue dans le présent communautaire, et en Mt 24,14, où le surgissement même de la fin paraît lié à la proclamation de la bonne nouvelle du Royaume à l’échelle du monde . ainsi enfin en Mt 25,34, où le Royaume promis en héritage est dit préparé depuis le commencement du monde !
On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que, dans un certain nombre de cas, on puisse hésiter entre une compréhension présente ou eschatologique, « déjà » et « pas encore » s’appelant sans doute l’un l’autre comme dans la demande du Notre Père : « Que ton Règne (ou que ton Royaume) vienne » (Mt 6,10 // Lc11,2). Mais n’en est-il pas déjà de même pour la célèbre formule « Le Royaume (ou le Règne) de Dieu s’est approché » (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11) qui laisse entendre tout à la fois que le Royaume est déjà en marche, que les trois coups ont retenti et qu’il s’apprête à envahir toute la scène.[/citation]
[séparation]
Círdan Wrote:3. Statut de la magie chez Tolkien
Le fait que Tolkien précise « a motive easily corruptible into evil » ne montre-t-il pas que c’est moins la nature de la magie qui est mauvaise que son utilisation par une race elle-même corruptible ?
Certainement.
Même si lui-même associe rapidement ensuite le terme « Magie » et « Machine » dans une connotation uniquement négative ; car ces deux termes sont liés au pouvoir, or la corruption ou l’égarement sont attachés à toutes forme de pouvoir, quelque soit l’intention initiale.
Ainsi, la magie de Galadriel lui sert à maintenir enchantée la forêt de la Lorien ; le charme est merveilleux ; pourtant cet art est un égarement, car il ne produit que mélancolie et « tristesse du monde » chez les Elfes qui savent que leur place n’est plus en Terre-du-Milieu.
Merci pour ta traduction, beaucoup de travail que cela :-)) !
Sosryko

