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Saroumane, un traître jusqu'où ?
#16
Romaine : Le moment de son "retournement " est difficile à déterminer, mais probablement est ce quand il a commencé à étudier les anneaux qu'il s'est trouvé pris par le pouvoir corrupteur de l'unique.

Cédric : Il semble bien que sa résistance à la tentation ait été bien faible à partir du moment où il a su que l'Anneau avait été retrouvé (je contredis ici Romaine et la citation qu'elle apporte. Cette citation ne laisse pas vraiment entendre que Saroumane pensait agir pour le bien commun. Au contraire, on lit : "Curunir s'était déjà tourné vers la nuit et que son coeur les trahissait".)

     Je suis, au moins autant que Cédric, assez perplexe quant aux bonnes intentions de Saroumane. En effet, si on se reporte à deux des textes des CLI III, on trouve un bon nombre d'indices qui laissent à penser que ce qui émerge chez le personnage de Saroumane n'est que la récolte d'une graine noire qui fût ensemencée sur les rivages de l'Ouest avant même la venue des Istari en Terre du Milieu. Ces deux textes sont :


A) CLI III, Partie IV : the Hunt for the Ring, sous Partie 3 : concerning Saruman, Gandalf, and the Shire.
B) CLI IV, Partie II : the Istari.




Il y a deux points fondamentaux qui me semblent émerger de ces textes.


     Le premier est le fait que Saroumane soit un être avide de pouvoir non partagé, et qu'il ait toujours eût comme priorité de satisfaire ses ambitions plutôt que la tâche qui lui était assignée, qui est, je pense, ressentie pour lui comme un prétexte et une excellente opportunité de pouvoir exercer son influence et sa puissance, avec un nombre de rivaux plutôt réduit (le système politique parmi les Valar étant ce qu'il est, il laisse peu de place aux opportunistes :p). Et ce, bien avant la guerre de l'Anneau.


     Premier indice : texte B. L'intuition de Círdan de donner Narya à Gandalf. Il est clair que Círdan fait, un choix parmi les Istari (car "Círdan voyait plus loin et avaient des visions plus profondes qu'aucun autre en Terre du Milieu", Ed. Pocket p. 185). Car il s'agit bien d'un choix car on sait que Saruman est celui qui est arrivé en premier, mais c'est Gandalf qui est pris en apparté par Círdan. Je soupçonne fortement ce dernier d'avoir "senti" la potentielle faiblesse de Saruman.


     Second indice, même texte, le voyage de Curunír-Saruman et des deux mages Bleus à l'Est, et le non retour de ces deux mages. Là encore, la phrase de Tolkien met un peu la puce à l'oreille : des deux Messagers Bleus, on ne sut pas grand-chose dans l'ouest, et ils n'avaient point d'autres noms, hors Ithryn Luin, "les Mages Bleus"; car ils se rendirent à l'Est en compagnie de Curúnir mais jamais ne revinrent; et à ce jour, on ignore si ils restèrent dans l'Est pour accomplir la mission qui leur avait été confiée, ou bien si ils trouvèrent la mort, ou encore comme le pensèrent certains, s'ils succombèrent aux machinations de Sauron, et furent par lui réduits en servitude. (S'ensuit une note de Christopher, citant une lettre de JRR dans laquelle il ne donne que peu d'information supplémentaire, supposant l'échec de leur mission dans l'est et leur probable mise en place de cultes secrets et de traditions magiques.) Je pense qu'il est possible que dans ce voyage, Curunír ait eut l'occasion d'écarter ces deux mages là d'une manière ou d'une autre (les persuadant par exemple de sa voix de "partager" les tâches et se réservant ainsi l'Ouest de la Terre du Milieu, ce qui lui permit de se rapprocher des Royaumes où se trouve la puissance des hommes, et gagner par exemple les faveurs des gens du Gondor, cf. le texte sur les Palantíri, p 202, et la manière dont il acquiert Orthanc.)


     Troisième indice, même texte : Christopher nous parle d'un texte écrit hâtivement dans lequel Tolkien relate un conseil réuni par Manwë destiné à mettre en place l'ordre des Istari et choisir les émissaires qui iront en terre du milieu. Bien que cela n'ait pas été retenu par la suite, dans laquelle Saroumane arrive seul et en premier en terre du Milieu, Yavanna lui imposait à l'origine la compagnie de Radagast. Voici ce que Christopher écrit :


Sur une autre page de notes appartenant manifestement à la même période, on lit que "Curumo fut obligé de prendre avec lui Aiwendil pour satisfaire aux souhaits de Yavanna, épouse d'Aulë.[...]il est possible de voir une allusion de l'importune présence de Radagast dans me mépris extrême qu'il inspire à Saruman, tel que le rapporte Gandalf au conseil d'Elrond [des insultes]



     Deuxième point intéressant qui me semble émerger de ces deux textes : l'aversion quasi-maladive de Saruman pour Gandalf. Celle là est tout d'abord symbolique : Saruman est envoyé par Aulë et Gandalf par Manwë (d'où ses affinités avec le peuple des aigles), et celà n'est pas un hasard, Saruman étant le "man of craft", avec toutes les idées de technologies dont nous connaissons les aversions de Tolkien.


     Le texte A montre à quel point cette aversion conduit Saruman a des comportements presque paranoiaques. Cf déjà le premier paragraphe :


     Bientôt Saruman conçut de la jalousie pour Gandalf, et cette rivalité devait se muer en haine, et d'autant plus profonde qu'elle était dissimulée, et d'autant plus amère que Saruman savait en son coeur que les pouvoirs du Gris Voyageur étaient plus forts que les siens, et plus forte son influence sur les Habitants de la Terre du Milieu, même si ils les minimisait et ne souhaitait inspirer ni peur ni respect. Saruman ne le respectait pas, mais il en vint à le craindre, toujours incertain si Gandalf ne perçait pas à jour ses moindres pensées, et troublé plus encore par ses silences que par ses paroles. C'est pourquoi il traitait Gandalf ouvertement avec moins de respect que ne lui en accordaient d'autres, parmi les sages.; et il était toujours prêt à le contredire ou à faire fi en apparence de ses conseils; alors que secrètement, il notait et méditait tout ce que Gandalf disait, surveillant, dans la mesure du possible, tous ses mouvements.


     Puis il y a l'épisode de la comté. Saruman épie comme un gamin les faits et gestes de Gandalf et ne comprend pas son intérêt pour le petit peuple, pensant qu'il y'a anguille sous roche, ce qui n'a aucun lieu d'être au départ. Saruman fait donc des voyages à travers la comté, déguisé, et se met finalement en secret à l'herbe à pipe (finalement, il n'a peut être pas si mauvais fond :p). Notons au passage cette citation intéressante : Et pourtant, au début, il n'y avait d'intention mauvaise dans sa manie de l'espionnage et de la dissimulation : ce n'était guère plus qu'une folle émanation de son orgueil. Cela nous conforte dans l'idée que Saruman pêche par orgueil et par jalousie, Gandalf représentant un facteur démultiplicateur
gigantesque.


     Je ne pense pas qu'il y ait jamais eu de basculement, cette haine pour Gandalf était là presque dès l'origine : on le voit premièrement lorsqu'il est dit que Curumo prend mal une certaine remarque de Yavanna : CLI III p.187 (notes de Christopher)Mais Olórin se déclare trop faible pour une telle mission et dit qu'il redoute Sauron. Raison de plus, affirme Manwë, pour qu'il parte, et il lui en donne l'ordre (suivent des mots illisibles parmi lesquels on croit lire le mot "troisième"). Mais à cela Varda lève la tête et dit : "Non, pas en tant que troisième"; et Curumo ne manqua pas de s'en souvenir. Et deuxièmement, cette rivalité prend véritablement forme de haine lorsque Curúnir apprend que Narya a été donné à Gandalf. P 182 : Cependant le Blanc, (habile à percer à jour les secrets d'autrui) quelques temps après s'en avisa et le jalousa et ce fut la source de sa rancune envers le Gris, laquelle devait se révéler par la suite.


     Avec toutes ces remarques, je pense que ce qui ressort c'est qu'on peut donner une place énorme voire primordiale de la haine maladive de Saruman envers Gandalf, dans le déploiement de son orgueil qui a finit par le conduire à sa chute, haine qui est née avant la guerre de l'anneau, et qui l'a fait s'écarter de sa tâche dès le départ, en l'interprétant comme une compétition au pouvoir orgueilleuse, en particulier avec Gandalf. Il n'est donc pas un hasard que Saruman finisse en piteux état dans la comté, car cela symbolise son échec face à son rival. D'ailleurs, il ne lui restait qu'un seul stratagème mesquin pour tenter de tricher contre lui : ruiner la comté, chère à Gandalf, mais cela, il ne put l'accomplir jusqu'au bout, et tuer par un vulguaire "représentant" du peuple envers lequel il a failli complètement à sa tâche.

Ben

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