Tu as tout à fait raison, Círdan : il y a bien là un pouvoir "surnaturel" qu'on ne peut écarter. Mon propos n'était pas cependant de déconstruire tout élément surnaturel du récit – même si mon titre, un peu provocateur, a pu donner l'impression du contraire – mais d'examiner la dialectique du destin et du libre-arbitre dans le cas précis de Túrin et les problèmes qui en résultent.
Ce qui me semble important dans cette optique est de savoir si le regard de Glaurung aliène fondamentalement la liberté de Túrin et de Nienor. Pour Túrin, je garde l'impression qu'il conserve une certaine liberté de choix, et commet donc une faute en accordant crédit au dragon, même si l'on sait que les paroles trompeuses des serpents sont difficilement résistibles :-) (et il y a bien quelque chose de démoniaque chez Glaurung : le texte dit qu'il est rempli d'un esprit malin / evil spirit)… Faute, parce qu'il ne pouvait pas ignorer que Morgoth et ses créatures sont mensongères. Pour Nienor, je dois bien avouer que c'est beaucoup plus délicat : il est clair que son amnésie dépend de la volonté de Glaurung, puisqu'elle disparaît dès la mort de ce dernier, d'où sort qu'il peut bien agir directement sur son esprit. Le domine-t-il entièrement pour autant ? On peut se poser la question pour les premier temps de l'enchantement, où la volonté propre de Nienor semble vraiment anéantie.
Au passage, il est intéressant de remarquer que Tolkien se place exactement dans le sens étymologique du mot "dragon" en accordant une telle importance à son regard : par le latin draco, -onis, "dragon" descend du grec drákôn, -ontos formé sur la racine indo-européenne *derk liée à l'idée de "voir" : le dragon est "celui au regard perçant".
Les noms de Túrin
Je trouve très intéressante ta remarque que Túrin est un des rares personnages chez Tolkien qui ne corresponde pas à la signification de ses noms de Túrin, Adanedhel ou Turambar. Pour être juste, ce n'est pas vrai de tous ses noms : lui correspondent bien par contre Neithan "Celui à qui on a porté tort, le Dépossédé", Gorthol "Heaume de terreur", Agarwaen fils d'Úmarth "le Sanglant fils du Maudit", Mormegil "l'Épée noire"... tous noms qui évoquent plutôt des traits négatifs ! Mais il semble bien que les noms positifs qui lui sont attribués ou qu'il s'attribue ne lui correspondent pas. Túrin est décidément un personnage à part...
Par contre, je ne te suis pas vraiment pour ceci :
> Il n’a pas de sang elfique, et surtout son esprit est plus humain que quiconque. Situation ô combien ironique quand on le compare à son cousin antithétique (sauf pour l’enfance qui est comparable, dans cette triste génération d’après Nirnaeth Arnoediad), Tuor qui possède lui un caractère bien plus elfique et dont les descendants seront les vrais « Hommes-Elfes » !
Je pense pas qu'on puisse faire de distinction aussi simple entre caractère "humain" et "elfique". Ils sont évidemment influencés par leurs destins différents, mais je ne vois pas moins chez les elfes que chez les hommes la volonté de gloire et de puissance, la fierté, le refus du repentir et du pardon : Feanor en est l'exemple le plus éminent, mais ces traits se retrouvent chez bien d'autres Noldor, et aussi dans une certaine mesure chez Thingol. Suivant cette classification, on ne manquerait pas d'elfes au caractère "humain" et d'hommes au caractère "elfique".
Laegalad>Ce ne serait pas la combinaison rch qui "coince" ? ;-)
Pour les questions plus purement linguistiques, j'ai préféré répondre dans la section "Langues Inventées", fuseau Tolkien et son rapport aux langues.
Moraldandil

