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Túrin maudit : une illusion d'optique ?
#23
Pour ma part, je pense que Tolkien voit en Turin un exemple en quelque sorte...à ne pas suivre: ceci correspondrait notamment à l'esprit nordique, qui veut que l'homme assume et réalise son destin...pour être heureux.
Or que fait Turin sinon, tout au long de sa vie, rejeter et refuser ce qui lui tombe dessus.
Que Morgoth soit derrière tout cela, aucun doute, il utilise le passé et le caractère très particulier de Turin pour l'amener peu à peu au désespoir, et c'est là où va Turin.
On peut dire aussi que Turin garde son libre-arbittre tout au long de l'oeuvre, à chaque fois, il fait des choix qui ne peuvent dépendre que de lui: ainsi quand il s'en va de chez Thingol après avoir tué Saeros.
Ensuite tous les choix, la majorité voire tous mauvais ou peu judicieux, vont lui sembler un destin implacable comme des perles peu enfilées, mais ce qu'il ne voit pas c'est que c'est lui qui peu à peu s'est construit son propre destin. Ce qui expliquerait entre autre cette parole de Gwindor, selon laquelle le destin n'est pas attachée au nom mais à sa personne. Ceci révèle un double sens, le destin comme acteur, s'attache à son sujet et non à ce qui le représente, mais aussi Turin seul peut faire son destin: il est le maître de sa vie, par ses choix personnels. Deux sens contradictoires, savoir comment on va l'interpréter peu totalement changer le point de vue. Turin naturellement, avec son esprit négatif, prendra en compte le premier sens.
Il est intéressant de voir que son cousin suit pour sa part une vision assez positive de la vie (d'une façon générale j'entends), il en est quelque sorte l'antithèse, et plutôt l'exemple que Tolkien nous donnerait à suivre. Tout le passage où Tuor suit la rivière qui court devant lui, peut s'interpréter en disant qu'il accepte sondes tin (formé, lui, par Ulmo) de façon plutot positive et joyeuse.
Vous me direz qu'il plus facile d'accepter une vie menée par Ulmo qu'une autre formée par Melkor.
Mais on voit ici le caractère plus ou moins démiurgique des Valar, se faisant (directement pour ceux qui lui restent fidèle, indirectement pour Melkor) les relais de la volonté "eruienne" (divine ?).
On se reportera pour expliquer en quoi Melkor réalise de façon indirecte la volonté d'Eru, à l'Ainulindalë, qui explique bien des choses.
Ainsi malgré le caractère assez limité et restreint de ce "destin", il ne fait qu'apparaître le face visible de l'iceberg. La face cachée consistant en quelque sorte en une volonté en filigrane, qui n'impose pas mais suggère...genre Providence (dont la conception nordique du destin était assez proche soit dit en passant).
Après avoir décelé cette vocation, ce destin, il faut l'accepter et l'assumer. En quelque sorte, comme dirait Régis Boyer, prendre en compte cette "étincelle du divin" que chacun porte en soi. Pour cela, il ne faut pas fuir, et c'est évidemment ce que fait Turin, toujour il fuit, ne se posant jamais de question, mais en voyant devant lui un destin implacable qui s'exerce à le détruire.
Esprit positif et joyeux, voilà ce que l'on peut tirer de ce conte...seule solution pour bien réussir sa vie.

Jb

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