Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Túrin maudit : une illusion d'optique ?
#35
Puisque lambertine semble avoir renoncé à lutter contre la malédiction... ;-) Et que je tombe une fois de plus sur un fuseau passionnant par ici, je ne vais pas m'abstenir d'essayer de poursuivre la discussion.

Edrahil Wrote:En revanche, je ne sais pas si Turin aurait organisé une résistance de façon efficace s'il était retourné, étant donné son caractère quelque peu... emporté. Disons qu'il est probable qu'il aurait agi comme il l'a fait avec Brodda, en voyant comment étaient traitées sa femme et sa soeur. Il aurait vite fait de se retrouver avec toute la garde sur le dos, seul contre tous, faute d'organisation efficace. Du moins est-ce comme cela que je vois la chose.

Pas d'accord avec cela. Si Túrin a une qualité, c'est bien celle de l'organisation, qui lui permet de devenir chef d'une bande de hors-la-loi, de fonder un « pays » indépendant, puis de devenir le dux d'un royaume bien plus puissant encore... Je ne vois son raid sur les terres de Brodda que comme un accès de colère irrépressible en réalisant qu'il s'était fait duper.

Lambertine Wrote:Encore une chose, qui m'est venue à l'esprit au sujet de Turin et de sa malédiction : il me semble qu'à certain moment, on lui a donné un certain "coup de pouce", à cette malédiction. Et pas du tout en voulant du mal à Turin, ou même à qui que ce soit. Comment se fait-il, par exemple, que le roi de Nargothrond et les chefs de son armée se fient à se point aux avis d'un étranger, plus, d'un gamin de vingt-trois ans (si j'ai bien compté...) pour établir leur stratégie militaire ?

26 ans, si j'en crois la chronologie de Tolkiendil. Mais ton propos reste pertinent.

Maintenant, on vois fréquemment les Elfes du Premier Âge éprouver une confiance considérable envers les Hommes et leur confier des responsabilités significatives (cf. Tuor à Gondolin). Túrin avait aussi pour lui d'avoir été éduqué et formé à la guerre en Doriath (un royaume qui avait connu la lutte contre Morgoth depuis plus longtemps que Nargothrond) et d'avoir réussi à maintenir un district indépendant malgré les assauts de Morgoth, d'autant que Dor Cúarthol n'était pas tombé suite à une défaite mais à cause d'une trahison. En outre, Orodreth, qui avait été victime des machinations de Celegorm et Curufin, devait éprouver une certaine méfiance à l'égard des conseillers elfiques trop puissants, et être prêt à accueillir à bras ouverts un stratège efficace qui ne saurait être une menace pour lui sur le long terme (pensait-il). Il ne devait d'ailleurs pas être un génie politique, comme en témoignent les deux fois où il se fit déposséder du pouvoir effectif — du pain béni pour un Túrin un peu... bonapartiste.

Finalement, pour aborder le sujet principal du fuseau, je pense qu'il est pertinent de citer l'Ósanwe-kenta :

[citation]Pengolodh se penche ensuite sur les abus de la sanwe. « Car », dit-il, « certains de ceux qui ont lu jusqu’ici pourraient déjà avoir mis mon savoir en question, disant : « Cela ne semble pas s’accorder avec les récits. Si le sáma était inexpugnable par force, comment Melkor aurait-il pu tromper tant d’esprits et en asservir tant ? Ou n’est-il pas plutôt vrai que le sáma peut être protégé par une force supérieure mais également capturé par une force supérieure ? C’est pourquoi Melkor, le plus puissant, et surtout celui possédant au dernier degré la volonté la plus acharnée, déterminée et impitoyable, pouvait pénétrer l’esprit des Valar, mais se refuser à eux, de sorte que même Manwe lorsqu’il a affaire à lui peut parfois nous apparaître faible, imprudent et trompé. N’en est-il point ainsi ? »

« Je dis qu’il n’en est point ainsi. Les choses peuvent apparaître semblables, mais si leur nature est différente, elles doivent être distinguées. [...]

De la même manière, extorquer les secrets d’un esprit peut sembler venir d’une lecture par force de celui-ci en dépit de son refus, car la connaissance acquise peut parfois apparaître aussi complète qu’il est possible de l’obtenir. Néanmoins, elle ne provient point de la pénétration de la barrière du refus.

Il n’y a en effet pas d’axan interdisant que la barrière ne soit forcée, car c’est únat, une chose impossible ou impraticable, et plus grande est la force exercée, plus grande la résistance du refus.[/citation]

Bref, Morgoth ne pouvait pas pénétrer l'esprit de Túrin pour annihiler son libre-arbitre et le forcer à accomplir sa malédiction (ce qui ne l'empêchait certes pas de mentir et d'agir pour la faire se réaliser, comme Moralandil l'a souligné. Mais il y a un autre fait à considérer :

[citation]Il [Melkor] découvrit que l’approche ouverte d’un sáma de pouvoir et de grande force de volonté était ressentie par un sáma moindre comme une pression immense accompagnée de peur. Dominer par le poids du pouvoir et de la peur était son délice, mais dans ce cas il ne les trouva d’aucune aide : la peur fermait la porte plus vite. Par conséquent, il essaya la tromperie et la furtivité.[/citation]

Pengolodh ne se serait-il pas trompé ? Cette pression et cette peur engendrée par l'approche de l'esprit de Morgoth n'auraient-elle pu l'aider à placer un esprit sous une pression constante, ravivant ses peurs secrète et l'incitant à agir de façon irréfléchie pour se débarrasser d'une présence qui devait inéluctablement finir par ressembler à une malédiction ? Changer de nom pour fuir la malédiction : cela me fait penser que c'était une présence réelle que Túrin cherchait à dérouter pour vivre en paix. Il est possible que Gwindor lui ait fait plus de tort qu'il ne l'imaginait en révélant son nom...

D'ailleurs, comment Túrin apprit-il que son père avait été maudit et était enchaîné sur le Thangorodrim ? Qui serait allé rapporter une telle nouvelle ? Qui si ce n'est la pensée de Morgoth, cherchant à torturer le fils pour faire souffrir le père ?

Ce qui me fait penser que Túrin n'était en fin de compte pas la vraie cible de Morgoth : détruire Húrin, et faire du plus grand guerrier des Hommes une machine pour détruire ses derniers opposants, voilà le but qu'il s'était fixé. Quoi de mieux qu'un traître involontaire, surtout s'il est renommé ? C'est d'ailleurs mon seul regret vis-à-vis des Enfants de Húrin que de ne pas y trouver les « Wanderings of Húrin », qui sont un épilogue plus noir et plus désespéré encore que les derniers épisodes de la vie de Túrin.

Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)