09-03-2020, 13:19
Dans Túrin maudit : une illusion d'optique ?, Moraldandil et Cirdan soulignaient l'un et l'autre le contraste entre Túrin et Tuor :
[small](On ajoutera encore, à l'appui de la dernière remarque, que Tuor, seul parmi les Hommes si je ne m'abuse, pourra embrasser le destin des Elfes.)[/small]
À cette lumière, la relecture de la Chute de Gondolin apporte de l'eau au moulin du libre arbitre. Tout comme manifestement Túrin n'était pas lié à la malédiction de Morgoth sinon par son orgueil, de même Ulmo présente les enjeux à Tuor en terme de choix à opérer contre la Malédiction de Mandos :
[citation=La Chute de Gondolin, pp.128-129]Et Ulmo parla à Tuor du Valinor et de son assombrissement, et de l'Exil des Noldor, et de la Malédiction de Mandos et de la disparition du Royaume Béni. « Mais vois donc, dit-il, à toute cuirasse il y a un défaut, même à celle du Destin (Fate) (comme le nomment les Enfants de la Terre) ; et il y a une brèche dans les murailles de la Fatalité (Doom), et ce, jusqu'à ce que vienne l'accomplissement, ce que vous autres appelez la Fin. Ainsi en sera-t-il tant que je dure : une voix secrète qui ne se taira point, et une lumière là où furent décrétées les ténèbres. [...]
Et cependant la Fatalité est forte, et l'ombre de l’Ennemi gagne partout ; et me voici diminué au point qu’en la Terre du Milieu, je ne suis plus qu'un murmure indistinct. Les eaux qui coulent vers l'Ouest s’assèchent et leurs sources sont empoisonnées, et mon pouvoir se retire de la terre ; car telle est la puissance de Melkor que les Elfes et les Hommes se font aveugles et sourds à mon égard. Et maintenant la Malédiction de Mandos est proche de se réaliser, et toutes les œuvres des Noldor vont périr, et toutes les espérances qu'ils ont fondées, s’écrouler. Ne reste qu'un ultime espoir, un espoir qu'ils n’ont pas prévu et n’ont pas préparé. Et cet espoir tient en ta personne ; car tel est mon choix. [...]
À présent va, dit Ulmo, de peur que la Mer ne te dévore. Car Ossë obéit aux volontés de Mandos, et le voilà en grand courroux, étant serviteur de la Malédiction. »
« Je ferai selon ton désir, dit Tuor, mais si j’échappe à la Malédiction, quelle parole porterai-je à Turgon? »
« Si tu parviens jusqu’a lui, répondit Ulmo, alors les mots naîtront d’eux-mêmes en ton esprit, et ta bouche parlera comme j’aurais moi-même parlé. Ne crains rien et parle ! Et désormais fais ce que t’inspire ton cœur valeureux.[/citation]
Comme je le relevais ailleurs, cette [emphase]« voix secrète »[/emphase] n'est pas sans rappeler la [emphase]« petite voix »[/emphase] du Conseil d'Elrond.
Ainsi, lorsque Tuor se révèle pour ce qu'il est — envoyé :
[citation=La Chute de Gondolin, p.153]Alors Voronwë et tous ceux qui se tenaient alentour contemplèrent de nouveau Tuor avec émoi, frappés de stupeur par ses paroles et par sa voix. Et Voronwë crut entendre la voix puissante qui appelle de très loin. Quant à Tuor, il lui semblait qu'il s'écoutait parler comme si quelqu'un d'autre parlait par sa bouche.[/citation]
Ainsi, les deux cousins Tuor et Túrin, tous deux vaillants, tous deux éduqués par les Eldar, tous deux mis sur la route par Gelmir et Arminas, etc., opéreront des choix, pour une issue tantôt salutaire (Tuor) tantôt funeste (Túrin). Certes, la « Fatalité » s'est davantage acharnée sur le second. Mais on peut aussi entendre que la Fatalité s'acharne d'autant plus là où [emphase]« les Elfes et les Hommes se font aveugles et sourds »[/emphase] ...
Bertrand Wrote:Ce n'est pas pour autant que cette malédiction doit se prendre au premier degré. Si l'on considère qu'elle est en réalité une illusion, alors la destinée de Túrin apparaît comme une dyscatastrophe, l'illustration des choix à ne pas faire, et ce particulièrement si elle est contrasté avec le sort tout différent du cousin de Túrin : Tuor.
Laurent Wrote:C’est finalement un drame bien rare chez Tolkien que celui de l’homme qui n'EST pas son nom sur le plan interne [...] [Túrin] n’est même pas l’« Adanedhel » (Homme-Elfe) dont on le glorifie à Nargothrond. Car au fond, ce nom ne désigne que son apparence et son éducation (celle de Doriath, qu’il refuse). Il n’a pas de sang elfique, et surtout son esprit est plus humain que quiconque. Situation ô combien ironique quand on le compare à son cousin antithétique (sauf pour l’enfance qui est comparable, dans cette triste génération d’après Nirnaeth Arnoediad), Tuor qui possède lui un caractère bien plus elfique et dont les descendants seront les vrais « Hommes-Elfes » !
[small](On ajoutera encore, à l'appui de la dernière remarque, que Tuor, seul parmi les Hommes si je ne m'abuse, pourra embrasser le destin des Elfes.)[/small]
À cette lumière, la relecture de la Chute de Gondolin apporte de l'eau au moulin du libre arbitre. Tout comme manifestement Túrin n'était pas lié à la malédiction de Morgoth sinon par son orgueil, de même Ulmo présente les enjeux à Tuor en terme de choix à opérer contre la Malédiction de Mandos :
[citation=La Chute de Gondolin, pp.128-129]Et Ulmo parla à Tuor du Valinor et de son assombrissement, et de l'Exil des Noldor, et de la Malédiction de Mandos et de la disparition du Royaume Béni. « Mais vois donc, dit-il, à toute cuirasse il y a un défaut, même à celle du Destin (Fate) (comme le nomment les Enfants de la Terre) ; et il y a une brèche dans les murailles de la Fatalité (Doom), et ce, jusqu'à ce que vienne l'accomplissement, ce que vous autres appelez la Fin. Ainsi en sera-t-il tant que je dure : une voix secrète qui ne se taira point, et une lumière là où furent décrétées les ténèbres. [...]
Et cependant la Fatalité est forte, et l'ombre de l’Ennemi gagne partout ; et me voici diminué au point qu’en la Terre du Milieu, je ne suis plus qu'un murmure indistinct. Les eaux qui coulent vers l'Ouest s’assèchent et leurs sources sont empoisonnées, et mon pouvoir se retire de la terre ; car telle est la puissance de Melkor que les Elfes et les Hommes se font aveugles et sourds à mon égard. Et maintenant la Malédiction de Mandos est proche de se réaliser, et toutes les œuvres des Noldor vont périr, et toutes les espérances qu'ils ont fondées, s’écrouler. Ne reste qu'un ultime espoir, un espoir qu'ils n’ont pas prévu et n’ont pas préparé. Et cet espoir tient en ta personne ; car tel est mon choix. [...]
À présent va, dit Ulmo, de peur que la Mer ne te dévore. Car Ossë obéit aux volontés de Mandos, et le voilà en grand courroux, étant serviteur de la Malédiction. »
« Je ferai selon ton désir, dit Tuor, mais si j’échappe à la Malédiction, quelle parole porterai-je à Turgon? »
« Si tu parviens jusqu’a lui, répondit Ulmo, alors les mots naîtront d’eux-mêmes en ton esprit, et ta bouche parlera comme j’aurais moi-même parlé. Ne crains rien et parle ! Et désormais fais ce que t’inspire ton cœur valeureux.[/citation]
Comme je le relevais ailleurs, cette [emphase]« voix secrète »[/emphase] n'est pas sans rappeler la [emphase]« petite voix »[/emphase] du Conseil d'Elrond.
Ainsi, lorsque Tuor se révèle pour ce qu'il est — envoyé :
[citation=La Chute de Gondolin, p.153]Alors Voronwë et tous ceux qui se tenaient alentour contemplèrent de nouveau Tuor avec émoi, frappés de stupeur par ses paroles et par sa voix. Et Voronwë crut entendre la voix puissante qui appelle de très loin. Quant à Tuor, il lui semblait qu'il s'écoutait parler comme si quelqu'un d'autre parlait par sa bouche.[/citation]
Ainsi, les deux cousins Tuor et Túrin, tous deux vaillants, tous deux éduqués par les Eldar, tous deux mis sur la route par Gelmir et Arminas, etc., opéreront des choix, pour une issue tantôt salutaire (Tuor) tantôt funeste (Túrin). Certes, la « Fatalité » s'est davantage acharnée sur le second. Mais on peut aussi entendre que la Fatalité s'acharne d'autant plus là où [emphase]« les Elfes et les Hommes se font aveugles et sourds »[/emphase] ...

