q. Ne nous conduis pas à la tentation, mais délivre-nous du mal (Vinyar Tengwar 43)
Que parcouré-je tout simplement aujourd’hui à sa place ?
Peut-être pouvons-nous nous risquer à une analogie, bien qu’imparfaite, avec toutes nos situations de plus ou moins grande souffrance psychique, à laquelle chacun peut être confronté (et auxquelles Tolkien faisait peut-être entre autre allusion dans la lettre 181), qui poussent leurs victimes, au final à céder, qui à telle violence, qui à telle assuétude, etc… des situations de grande souffrance qui naissent dans une faiblesse (toute humaine), quand le mal s’y engouffre et élargit cette faiblesse, un échec entraînant le suivant, y ajoutant parfois un sentiment de culpabilité, et un poids qui va croissant, chaque chute ajoutant un poids supplémentaire d’assuétude pour le corps et de culpabilité pour l’esprit, qui diminue les forces pour résister à la prochaine épreuve.
Cette analogie ne supporte pas la comparaison dans les moindres détails, mais elle renvoie peut-être à une manière de comprendre le poids de l’Anneau, nous qui ne l’avons pas porté. Nombreux peut-être sont ceux en notre Monde qui ont un « Anneau ». Contrairement au professeur — et ce sera bien là l'une de mes rares et minces divergences avec Tolkien :) / à moins que nous exprimions la même idée différemment ? — je ne crois pas que nous demandions à être délivré d'une tentation « au-delà de notre pouvoir » (cf. lettre 191), mais d'un Mal peut-être plus cruel d’une certaine manière, qui fait le siège de notre volonté jusqu'à que, "à bout", nous cédions et participions au mal ; voici à mon avis la Tentation dont on supplie d'être délivré, qui n'est pas au-delà de ses forces — et reste selon moi plus cohérent avec Saint Paul (cf. à nouveau lettre 191) — mais, il est vrai, diffère d'autres tentations ... elle est de celles qui promettent d'être délivré de la souffrance si on lui cède. Ces chutes occasionnent alors en retour une souffrance spirituelle énorme, parce qu'ayant participé volontairement à un mal qu'on refusait de "toutes" ses forces :|
L'Anneau était porteur entre autre de ce Mal des plus cruels : celui de prendre possession de son porteur à son escient.

