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Frodon à Orodruin
Du Mont Destin à Cul-de-Sac : le poids de la culpabilité, la blessure de l’Anneau
[citation=SdA, livre VI, chap. 7 = Lettres, p. 460]‘Hélas ! il y a des blessures que l’on ne peut totalement soigner’, dit Gandalf.[/citation]
Dans ces blessures, il y a celles, physiques et psychiques, et visibles extérieurement, qui marquent Frodon après sa quête. Ce sont celles laissées par le mal de l’Anneau, à cause de la pression qu’il a exercée sur son corps et son esprit, et de la résistance longtemps victorieuse de Frodon. Il y a aussi celles plus intimes, et plus spirituelles, autant profondes, qui l’ont marqué intérieurement. Ce sont celles laissées par l’Anneau lorsqu’il a réussi à entrer, c-à-d. à faire ouvrir sa porte à Frodon, lorsqu’il a cédé. Les premières sont sa maladie et sa faiblesse. Les secondes sont les sentiments de culpabilité et de regret.

Oui, même vaincu, ce genre de mal peut éventuellement laisser derrière lui, pour peu qu’on lui ait cédé seulement une fois, un poison pour le cœur, qui ne peut être (humainement) soigné : la tentation du regret et de la culpabilité. La lettre 246 est particulièrement précise quant au cas de Frodon :
[citation=Lettres, p. 460]Il est à mon avis clair, lorsqu'un lecteur attentif y réfléchit, que lorsqu'il entra dans une période difficile et qu'il eut conscience d'avoir été « blessé par poignard, piqûre et dent, et par un long fardeau » (III 268 [p. 1054]), ce n'étaient pas seulement des souvenirs cauchemardesques des horreurs passées qui l'affectaient, mais également des reproches irraisonnés qu'il s'adressait : il se voyait, lui et tout ce qu'il avait fait, comme un échec et un ratage. « Même si j'arrive [en] Comté, elle ne paraîtra plus la même ; car je ne serai pas le même. » C'était en fait une tentation venue des Ténèbres, un dernier éclat d'orgueil : le désir qu'il avait de rentrer en « héros », ne se satisfaisant pas d'être un simple instrument du Bien. Et mêlé avec une autre tentation, plus sombre et toutefois (en un sens) davantage méritée, car quelle que soit la manière dont on peut l'expliquer, il n'avait en fait pas rejeté l'Anneau dans un acte volontaire : il était susceptible de regretter sa destruction, et de toujours le désirer. […][/citation]
Pour reprendre une dialectique chrétienne, ce mal n’est réellement vaincu que lorsqu’on s’abandonne à la Miséricorde de Dieu, rejetant notre orgueil qui refuse nos limites, qui refuse le pardon. Pour rester dans une dialectique ardaenne (mais les deux sont superposables) cet abandon c’est désirer et attendre la Guérison d’Arda, dont des aperçus peuvent être donnés ici-bas (par exemple le Voyage plus tard de Frodon vers l’Ouest)

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