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Frodon à Orodruin
Yyr a dit :
L'Ósanwe-kenta, l'essai par le Sage Pengolodh de Gondolin sur l'échange de pensée (télépathique) m'apparaît révélateur à bien des égards quant au Mal en Arda, et, s'il ne traite pas exactement de notre sujet, il s'applique néanmoins il me semble, puisqu'il aborde le cas où l'on cherche à forcer l'esprit d'une personne. En Arda, nous est-il dit, rien ne peut forcer l'esprit d'un Incarné

Je ne suis pas entièrement d'accord avec cette analyse : Pengolodh rapporte que rien ne peut forcer l'esprit d'un Incarné à s'ouvrir en pensée à un autre : dans Ósanwe-kenta, c'est de télépathie dont il est question. De fait, c'est une situation qui survient à plusieurs reprises dans le SdA, lorsque Frodo sent une impulsion extérieure l'inciter à mettre l'Anneau (et ce dès I:3). Mais dans ces cas-là, il est toujours librement capable de repousser la contrainte extérieure, même lorsque celle-ci vient manifestement directement de Sauron (sur l'Amon Hen).

L'Anneau lui-même agit-il de la sorte ? Plutôt qu'une pure contrainte extérieure (qui pourrait provenir de la part de l'esprit de Sauron enfermée dans l'Anneau), j'aurais tendance à croire que l'Anneau agit à la manière de Saruman : pervertissant les capacités réflexives et cognitive de son porteur (au sujet de Saruman, je renvois à la Lettre nº210, entrée 34). J'en veux pour preuve les rêves de puissance qui se mettent à assaillir Sam dès lors qu'il porte l'Anneau :

J.R.R. Tolkien a écrit :
Already the Ring tempted him, gnawing at his will and reason.
(VI:1, emphasis mine)

Ainsi, plutôt que d'une simple torture, il s'agit bien là d'une tentation, c'est à dire quelque chose qui est déjà intérieur à la personne tentée, et presque indépendant de son objet en tant que tel (les tentations étant manifestement adaptées à la personne tentée, comme en témoigne la vision de jardins gigantesques dans la tentation de Sam).

Et j'aurais pour ma part tendance à rapprocher ce phénomène de tentation d'un autre texte de Tolkien, les « Notes sur Óre » (VT 42), óre étant un terme qu'il conviendrait sans doute de traduire par « conscience, entendement intime ». On y trouve notamment :

J.R.R. Tolkien a écrit :
Ce qu’était óre pour la pensée et le langage elfiques, et la nature de ses conseils – il parle, et ainsi conseille, mais n’est jamais représenté comme donnant des ordres

[...]

Les Hommes, disaient-ils [les Eldar], possédaient certainement (ou avaient possédé) óre, mais du fait de la « hâte » mentionnée plus haut, ils y prêtaient peu d’attention. Et il existait une raison plus sombre (liée à la « mort » humaine, pensaient les Elfes) : l’óre des Hommes était ouvert aux conseils maléfiques, et s’y fier n’était pas sûr.

[...]

D’où l’expression courante órenya quete nin = « mon cœur me dit » [? appliqué] à certains sentiments profonds (auxquels on devait se fier) disant qu’une certaine [? suite d’actions etc.] devra être [? approuvée] ou [?] adviendra [? ?].

[...]

. Le « désastre » soupçonnaient ainsi les Elfes était une rébellion contre Eru qui prit [la] forme d’une acceptation de Melkor en tant que Dieu . Une des conséquences de ceci fut que la fea était [? emprisonnée] et Melkor avait [entre crochets mais pas supprimé : une revendication sur ceux qui s’étaient rebellés contre lui et avaient cherché la protection d’Eru >] accès à [? ?] óre, qui [? ? ?] mais étaient [? inutiles] et seuls les plus sages des Hommes pouvaient distinguer entre [? ses] encouragements maléfiques et le vrai óre .

(personal translation, emphasis mine)

Du fait de la première Chute, la nature humaine semble ainsi irrémédiablement altérée, et la faculté de jugement humaine sujette à des « encouragements maléfiques » : on n'est pas très loin d'une définition de la tentation, celle-ci ayant pour caractéristique d'exacerber les penchants de l'individu jusqu'à lui faire perdre conscience des notions de bien et de mal.

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