à propos du christianisme médiéval, tu écris "Le christianisme, ou en tout cas le clergé, du Moyen-Age ressemble plus à une source de pouvoir qu’à une religion tentant de réconforter et de sauver l’humanité" : c'est très réducteur, même si en partie vrai. c'est réducteur pour deux raisons : d'abord parce que le christianisme médiéval, c'est aussi saint François d'Assise, qui était bien loin de vouloir asseoir un quelconque pouvoir ; ensuite, parce que l'Eglise médiévale, dans sa majorité, ne dissocie pas la question du pouvoir de celle du salut. le pouvoir royal et/ou impérial est légitime lorsqu'il associe les clercs au "bon gouvernement" afin de mener la société terrestre vers la Jérusalem céleste. C'est d'ailleurs pour cela que les franciscains vont accepter de "trahir" l'idéal d'origine de François d'Assise, voyant dans leur intégration aux réseaux du pouvoir ecclésiastique un moyen de participer activement au salut collectif (on peut bien sûr remettre cela en cause en mettant en avant leur appétit de pouvoir individuel, mais cela dénoterait un pessimisime de fond sur la nature humaine, qui "permettrait" de remettre en cause toutes les sources historiques) ; d'autre part, toute la pastorale de la fin du Moyen Age est une pastorale de l'espérance et non de la peur comme on l'a longtemps dit : intégrant le purgatoire à son au-delà, le catholicisme donne aux fidèles toutes les chances d'accéder au paradis, puisque le purgatoire n'a qu'une porte de sortie et que bien rares sont les péchés qui mènent directement en enfer (pour ne pas dire inexistants, malgré les abondantes représentations de l'enfer que nous a légués le Moyen Age ; cf les beaux travaux de Jérôme Baschet et le livre fondateur de Jacques Le Goff sur la naissance du Purgatoire). Le fait d'être lié au pouvoir, de le défendre éventuellement, n'est pas, au Moyen Age, pour un haut dignitaire de l'Eglise, incompatible avec celui de réconforter ses contemporains et de tenter de les guider vers le salut offert par l'amour de Dieu (vision déjà médiévale, contrairement à une idée reçue assez solidement enracinée). Jean Gerson, qui fut chancelier de l'université de Paris, curé de paroisse, conseiller de Charles VI, présent aux grands conciles de son temps, auteur de dizaines de traités politiques et religieux en latin (pour une élite, donc) mais aussi d'opuscules en langue vulgaire pour le commun des mortels, en est un exemple frappant.
à mes yeux, il n'y a pas contradiction entre les mythes d'origine païenne utilisés pas Tolkien et le christianisme qui sous-tend son oeuvre : comme l'a dit Vinyamar, le christianisme du SDA n'est pas compris dans une série de références lisibles au 1er degré, mais de manière plus diffuse. de plus, je n'ai pas l'impression qu'il y ait non plus contradiction radicale entre cet héritage païen et sa tradition christianisée. l'épée, par exemple, ne change pas de sens du jour au lendemain à partir du moment où il vient l'idée farfelue à un clerc du Moyen Age de la bénir lors de l'adoubement du fils du seigneur du coin. ce n'est pas univoque, tout ça, ni dans la culture ancienne, ni dans l'héritage que nous en recevons. pour reprendre la fameuse scène devant Edoras, Elengal, tu vois de l'arrogance contradictoire avec des valeurs chrétiennes dans l'attitude d'Aragorn : or, cette contradiction n'existe pas dans la tradition médiévale du roi. que Tolkien l'ait reprise des mythes nordiques et non médiévaux, je n'en juge pas (faudrait que je prenne un jour le temps de lire le mémoire de Cirdan, quand même) ; en revanche, il prend cette image sans aucune contradiction avec l'image chrétienne du roi (et biblique en général : Salomon n'est pas connu pour son humilité notoire).
enfin, et pour plaisanter, j'ai du mal à comprendre pourquoi une lecture chrétienne ou paganisante du SDA serait forcément liée à notre "inconscient". notre intellect ne suffit-il pas ? ;-)

