[citation=Cf. un site très intéressant sur Merlin, dont j'ai principalement résumé la lecture ici. D'autres sources, notamment la légende galloises de Myrddin, complètent le personnage]De excidio et conquestu Britanniae de Gildas (VIe siècle) pose le personnage d'Aurelius Ambrosius, d'origine romaine, qui permet aux bretons de remporter leurs victoires jusqu'au combat du Mont Badon.
Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède (731) reprend textuellement le personnage, Ambrosius ou Aurelianus, en nommant en outre le tyran appelé par les bretons, Vurtigern.
Historia Britonum (anonyme, parfois attribué à Nennius, entre VIIe et IXe siècle) reprend les noms d'Ambrosieus et de Guortigirn. Le chapitre 40 rapporte un récit où Guortigirn entreprend de construire une forteresse qui s'écroule chaque nuit. On lui fait l'oracle que la forteresse ne pourra être terminée que si l'on mêle aux fondations le sang d'un enfant sans père. Un orphelin fut amené devant Guortigirn, "Et juravit illis patrem non habere" ("Et celui-ci jura qu'il n'avait pas de père") et revèle l'existence de deux dragons sous les fondations. La suite est celle que l'on connaît dans la légende telle qu'elle est reprise aujourd'hui: l'enfant interprète ce combat comme le symbole de la défaite prochaine de Guortigirn. Mais sommé de donner son nom, il répond "Ambrosius vocor" ("On m'appelle Ambrosius").
Historia Regum Britanniae du Gallois Geoffroy de Monmouth (vers 1135) fige le personnage de Merlin. Wortegirn, ici de la parentèle d'Uther Pendragon et de son frère Aurélius, usurpe le pouvoir. La construction de la forteresse reprend les mêmes éléments mythiques, et l'orphelin est trouvé au hasard d'une querelle entre deux garçons: [emphase]« Denique, cum multum diei praeterisset, subita lis orta est inter duos juvenes, quorum erant nomines Merlinus atque Dinabutius. Certantibus vero ipsis dixit Dinabutius ad Merlinum : quid mecum contendis, fatue ? Numquam nobis eadem erit nobilitas. Ego enim ex origin regum aditus sum ex utraque parte generationis meae ; de te autem nescitur quis sis, cum patrem non habeas »[/emphase] (Comme le jour était déjà bien avancé, une querelle s'éleva soudain entre deux garçons, nommés Merlin et Dinabut. Au cours de la dispute, Dinabut s'adressa ainsi à Merlin : "Pourquoi rivalises-tu avec moi, insensé ? Nous n'aurons jamais la même condition. Moi, je suis d'origine royale par mon père et ma mère. Quant à toi, on ignore qui tu es puisque tu n'as pas de père"). Ambrosius et Merlin, dont le nom apparaît pour la première fois, forme alors un même personnage: "Tunc ait Merlinus, qui et Ambrosius dicebatur..." (Alors Merlin, qui s'appelait aussi Ambrosius...").
Le Petit Saint-Graal ou "Cycle court" (anonyme, parfois attribué à Robert de Boron) achève de représenter le merlin que l'on connaît, né d'une vierge trombée par une incupe, nommé "l'enfant sans père", prophète et magicien, instigateur de la table ronde et de la quête du Graal (le personnage apparaissait aussi chez Chrétien de Troyes, mais sans histoire marquée).[/citation]
Ce qui est intéressant pour nous (hormis la genèse complexe du personnage de Merlin), c'est qu'on rapproche évidemment plus souvent Gandalf de Merlin, quant on en vient à Tolkien.
Dans une étude sur la "folie" de Merlin (lien ici, sur le même site que précédemment), l'aspect primitif de Merlin et quelques remarques de Jung, pourraient néanmoins assez bien s'appliquer à Bombadil. Hmmm, et au sage Nietszchéen aussi (je pense notamment à "l'Ombre", dans Zarathoustra)...
Gandalf-Merlin-Bombadil-Zarathoustra? Me vlà dépassé, je commence à fumer... Je fais une pause et je vous attends, il me semble qu'on peut creuser encore ;-)
Didier.

