(7.1) Väinö, « chanteur sans âge », « le barreur de rune outre mémoire », « mage du savoir éternel »
Pour comprendre le pouvoir de Väinämöinen, le « connaisseur éternel », il faut comprendre que dans « la poésie populaire finnoise (…) la connaissance des conditions dans lesquelles fut créé le prototype [d’un être, d’un animal, d’un élément, d’une matière, etc.] donne à l’homme pouvoir sur les représentants du genre. » (R. Boyer, Universalis, art. ‘Kalevala’).
Ainsi, Väinämöinen, témoin sans âge de la formation des forêts, de la venue des hommes et de la course des étoiles dans la ciel [K.2-3] a pouvoir sur la matière et les êtres grâce aux « souvenances très anciennes » :
Le vieux Väinämöinen,
(…)
Jour et jour il chante sans trêve,
chanteparle nuit sur nuitée,
les souvenances très-anciennes,
les origines très-profondes
(…)
Le dit résonne, porte loin,
Il roule au grand loin, le message
Monté du chant de Väinö,
Le savoir de l’homme d’escient. [3.1, 7-10, 15-18]
Si Väinämöinen a pouvoir sur la matière et les êtres, ce pouvoir passe par :
(a) Une connaissance intime de l’objet
Väinö raille, le vieux sage :
Dis plutôt [sous-entendu, comme moi !] les causes profondes,
Les racines de toutes choses. [3.183, 187-188]
Et donc il entonne les charmes,
Il ouvre ses mots d’enchanteur.
Il chante les genèse toutes,
Par lignage, les mageries
(…) [8.177-180]
(b) Les mots sacrés
Une telle connaissance ne souffre aucune imprécision ; il faut donc des « mots », des « mots sacrés » [3.475] pour que la « maissance » soit correctement décrire.
Voilà pourquoi Väinö, toujours en quête de connaissance, annonce qu’il « s’en va dénicher les mots » [17.37] dans le ventre de l’ogre Antero Vipunen, « le vieux coffre aux runes » [17.129], mage réputé pour la richesse et la puissance de son savoir magique.
J’ai serré les mots par centaine,
Les bribes de runes par mille,
J’ai tiré les mots du secret,
Les charmes du pertuis de terre. [K. 17.617-620]
© La connaissance chantée
Enfin, cette connaissance devenant active lorsqu’elle devient chant dans la bouche du barde,
Le vieux Väinämöinen
Le barde chante ces paroles :
« Je sais la genèse du fer,
Je tiens la source de l’acier »
[9.25-28 ; suivent les 240 vers du chant du fer !]Or donc il entonne les chants
Il ouvre ses tours d’enchanteur. [3.283-284]
Ainsi pour commander/modifier/altérer un objet ou une personne, Väinö « chante l’objet/la personne » ; Väinämöinen, par le seul pouvoir de son chant, transforme les objets inanimés de l’attelage de Joukahainen en végétation, son cheval et son chien en pierre ; les pennes de ses flèches redeviennent ‘faucon nerveux’, la garde de son épée est transformée en éclair, son écharpe en traînée d’étoiles…(v.287-326). Quant à Joukahainen, il se retrouve s’enfonçant inexorablement dans la lande boueuse d’un marécage.
Ainsi Väinö le vieux chante,
Lacs en chahut, la terre tremble,
Les montagnes de bronze vibrent
Et les pierres pètent, pansues,
Par le mitan les rochers craquent,
Gravasses de la grève en gerbes.À Jouka le jeune, il chante
Des ramilles plein son harnais,
Taillis d’osier sur le collier,
Un saule aux poignées des brancards.Il chante en loton* sur l’étang
[* tronc gisant, pourri]
La jante parée du traîneau ;
Il chante en roseau de la mer les lanières perlées du fouet,
Chante le cheval au front blaire
En pierre à l’orée du rapide.La garde gravée de l’épée
Il la chante en éclairs au ciel,
La poignée madrée du grand arc
En arche par-dessus les eaux,
L’empennée longue de ses flèches
en faucon nerveux, l’aile vite,
et le chien de gueule crochue
il le chante en pieraille à terre.Chante le bonnet du bonhomme
En balle dressée de nuages ;
Chante les moufles de ses mains
En nénuphars dessus la mare,
Son paletot de gros drap bleu
En flocons ventrus sous le ciel,
L’écharpe de brume à sa taille,
Contre ciel en traînée d’étoiles.Et pour Joukahainen,
[** marécages]
Il lui chante bedaine en fagnes **,
Jusqu’aux cuisses dans la prairie,
Le poitrail fiché dans la lande. [3.295-330]Il chante Jouka le jeune
Plus bas en terre, il l’enracine.
[3.374-5, 389-90, 405-6, 423-4, 441-2]
Väinämöinen, par son chant, est celui qui ouvre par son chant la lourde porte qui tient le Sampo au secret « au creux de la colline en bronze » :
Il part en queste du Sampo,
tirer la charnière en chamarre
fors le rocher de Pohjola,
au cœur de la colline en bronze,
devers les verrous par neuvaine,
les dix loquets, les dix targettes.
Or donc Väinämöinen
Le vieux barde tonne son chant
devant l’huis de la butte en bronze,
les marge au bastion de roc :
le loquet geint, les portes bronchent,
les paumelles de fer trésaillent. [42.95-106]
Son chant est si puissant, qu’il devient par endroit quasiment synonyme d’acte créateur :
Et Väinö, le vieux, le barde,
Tourne ses chants, tresse devise :
Il chante un sapin, cime en fleur,
Fleur en cime, feuillage d’or ;
Dresse la cime au fond du ciel,
La pousse aux trouées des nuages,
Feuillage éparpillé dans l’air,
Le ramage au ciel déployé.
Il chante, il enchante, il devise :
Chante la lune à ses lueurs,
Sur le sapin, le couteau d’or,
Il dit la Grande Ourse à ses branches. [10.31-42]
Sosryko
la suite est prête
mais je n'ai pas le temps aujourd'hui
de la mettre en forme...encore un peu de patience ;-)

