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De la crème jaune et des rayons de miel ...
#22
(7.3) Tom le Maître

Le passage précédant est bien utile car, de la bouche même de Tom, son « savoir » est lié à sa « maîtrise » :

‘Out east my knowledge fails. Tom is not master of Riders from the Black Land far beyond his country.’
=
– Vers l’est, le savoir me manque. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays. [144]{170}

Tolkien revient dans ses lettres sur cette relation intime entre l’autorité et le savoir de Tom :

He is master in a peculiar way: he has no fear, and no desire of possession or domination at all. He merely knows and understands about such things as concern him in his natural little realm.
=
Il est maître d’une menière particulière : il n’a aucune peur, et absolument aucun désir de posséder ou de dominer. Il connaît et comprend seulement les choses qui le concerne dans son petit royaume de nature. [L153]

Pourquoi n’est-il pas mâitre des cavaliers ? il donne la réponse lui-même : parce qu’ils sont « bien au-delà de son pays » ; or sa maîtrise s’exerce en « son petit royaume de nature » seulement et sur ce qu’il contient ; Baie d’Or nous le dit :

‘He is the (1) Master of (a) wood, (b) water, and © hill.’
‘Then all this strange land belongs to him?’
‘No indeed!’ she answered, and her smile faded. ‘That would indeed be a burden,’ she added in a low voice, as if to herself. ‘The trees and the grasses and all things growing or living in the land belong each to themselves.

(2) Tom Bombadil is the Master. No one has ever caught old Tom
(a) walking in the forest,
(b) wading in the water,
© leaping on the hill -tops under light and shadow.
(3) He has no fear. Tom Bombadil is master.’
=
– C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline.
– Ainsi, tout cet étrange pays lui appartient ?
– Non, certes ! répondit-elle, et son sourire s'évanouit. Ce serait assurément un fardeau, ajouta-t-elle à mi-voix, comme pour elle-même. Les arbres, les herbes et toutes les choses qui poussent ou vivent dans cette terre n'appartiennent qu'à eux-mêmes. Tom Bombadil est le Maitre. Personne n'a jamais attrapé le vieux Tom marchant dans la forêt; pataugeant dans l'eau, bondissant sur le sommet des collines dans la lumière ou dans l'ombre. Il n'a aucune peur. Tom Bombadil est maitre. [122]{146}

Fidèle à la structure ternaire lorsque la narration du conte aborde un point capital, Tolkien d’une part associe à trois reprises Tom avec une « connaissance » extraordinaire (cf. 7.2 [130]) et d’autre part, par l’intermédiaire de Baie d’Or, nous présente à trois reprises Tom comme le « maître », et cette maîtrise est liée à trois domaines : (a) le vivant (les bois, la forêt), (b) l’eau et © la terre (les collines et ce qu’elles renferment, « dans la lumière (c2) ou dans l’ombre (c1) »).
Si Tom est un tel Maître, c’est parce qu’il connaît la nature intime de la Vieille Forêt : il connaît « les vies de la Forêt » {152}, c’est-à-dire la genèse et l’intimité de chaque habitant et participant de la forêt, les arbres premièrement qui en constituent « le bois », mais aussi « rivière », « ruisseau » et « cascades » {152} qui les alimentent, et les cailloux, rochers, crevasses et « collines » redoutées des Hauts des Galgals {153} lesquels, s’ils sont « au-delà de la Forêt », n’en faisaient pas moins partie auparavant :

Les paroles de Tom mettaient à nu les coeurs des arbres et leurs pensées, souvent noires et étranges, emplies de la haine des étres qui vont et viennent librement sur terre, rongeant, mordant, brisant, démolissant, brûlant: destructeurs et usurpateurs. Ce n'était pas sans raison qu'on l'appelait la Vieille Forêt, car elle était certes ancienne, survivante de vastes forêts oubliées; et en son sein vivaient encore, sans vieillir davantage que les collines, les pères des pères d'arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs. (…) le Grand Saule (…) son chant et sa pensée couraient les bois des deux côtés de la rivière. (…)
Soudain, les propos de Tom quittèrent le bois pour rernonter le long du jeune ruisseau, par-dessus les cascades bouillonnantes, par-dessus les cailloux et les rochers usés et parmi les petites fleurs dans l'herbe épaisse et les crevasses mouillées, finissant par vagabonder sur les Hauts. (…)
(…) la maison de Tom Bombadil était tapie sous l’épaulement de ces collines redoutées. (…)
[127-8]{152-3}

Gardons à l’esprit que ces « paroles » de connaissance et « propos » de Tom sont en fait des paroles chantées puisque « sa voix se muait souvent en chant, et il se levait de son fauteuil pour danser autour » {152} ; un discours chanté qui subjugue son auditoire, et semble modèler le temps comme l’espace :

Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. (…) Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. [128]{153}

On retrouve l’Ainé, le témoin et la mémoire des premiers âges du monde, l’observateur des choses premières, celui qui « était ici avant la rivière et les arbres », celui qui « se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland », celui qui « a tracé des sentiers avant les Grandes Gens » {153}.

Sosryko

Can you hear me singing?
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