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De la crème jaune et des rayons de miel ...
#23
(a) Le Maître des bois et de la forêt

Or, selon le Kalevala, connaître la genèse des arbres et leur nature (« leurs cœurs » et « leurs pensées »), c’est pouvoir commander aux arbres, en leur rappelant leur rôle, en « chantant » leur rôle :

‘My friends are caught in the willow-tree,’ cried Frodo breathlessly.
‘Master Merry’s being squeezed in a crack!’ cried Sam.
‘What?’ shouted Tom Bombadil, leaping up in the air.
‘Old Man Willow?
        Naught worse than that, eh?
        That can soon be mended.
        I know the tune for him.
Old grey Willow-man!
        I’ll freeze his marrow cold, if he don’t behave himself.
        I’ll sing his roots off.
        I’ll sing a wind up and blow leaf and branch away.
Old Man Willow!’
Setting down his lilies carefully on the grass, he ran to the tree. There he saw Merry’s feet still sticking out - the rest had already been drawn further inside. Tom put his mouth to the crack and began singing into it in a low voice. They could not catch the words, but evidently Merry was aroused. His legs began to kick. Tom sprang away, and breaking off a hanging branch smote the side of the willow with it. ‘You let them out again, Old Man Willow!’ he said.
‘What be you a-thinking of?
        You should not be waking.
              Eat earth!
              Dig deep!
              Drink water!
              Go to sleep!
        Bombadil is talking!’
He then seized Merry’s feet and drew him out of the suddenly widening crack.
There was a tearing creak and the other crack split open, and out of it Pippin sprang, as if he had been kicked. Then with a loud snap both cracks closed fast again. A shudder ran through the tree from root to tip, and complete silence fell.
=
– Mes amis sont coincés dans le saule, cria Frodon, haletant.
– Monsieur Merry est comprimé dans une fente ! cria Sam.
– Comment ? s’écria Tom Bombadil, sautant en l’air. le vieil Homme-Saule ? ce n’est que cela, hé ? Ce sera vite arrangé. Je connais l’air qu’il luit faut. Ce vieux grison d’Homme-Saule ! Je vais lui geler la moelle, s’il ne se tient pas bien. Je vais lui chanter un air qui lui racornira les racines. Je vais soulever par une chanson un vent qui emportera feuilles et branches. Le vieil Homme-Saule !
Après avoir soigneusement déposé ses lis sur l’herbe, il courut à l’arbre. Là, il vit les pieds de Merry qui dépassaient encore – le reste avait déjà été attiré davantage à l’intérieur. Tom mit la bouche contre la fissure et se mit à chanter dedans à mi-voix. Ils ne purent saisir les paroles, mais Merry fut à, l’évidence stimulé. Ses jambes commencèrent à donner des ruades. Tom s’écarta d’un bond et, ayant arraché une branche pendante, il en frappa les flancs du saule :
– Veux-tu bien le laisser sortir, vieil Homme-Saule ! dit-il. À quoi penses-tu ? Tu ne devrais pas être éveillé. Mange de la terre ! Crause profond ! Bois de l’eau ! Dors ! Bombadil parle !
Il saisit alors les pieds de Merry et le tira de la fissure soudain élargie.
Il y eut un grincement déchirant ; l’autre fissure s’ouvrit, et Pippin bondit dehors, comme sous l’effet d’un coup de pied. Puis, avec un claquement sonore, les deux fissures se refermèrent. Un frisson parcouru l’arbre de la racine au sommet, et un silence absolu s’établit. [117-8]{141-2}

Comme « Le vieux Väinö parle à l’arbre » [44.159], ainsi, Tom Bombadil chante le saule, c’est à dire chante la connaissance de l’ordre naturel du saule : un saule n’est pas destiné à avaler des Hobbits (ou des Tom Bombadil comme en ATB !), par contre, un saule doit (1) manger de la terre, (2) la creuser de ses racines et (3) boire de l’eau !
Pourtant « le vieil Homme-Saule gris est un puissant chanteur » ([124]{148}) et « nul n’est plus dangereux que le Grand Saule », cet arbre « rusé », « au cœur pourri » et à « la force verte » {152}…mais il ne peut rien face à Tom qui a autorité, lui qui « connaît l’air » (c’est-à-dire les « mots » !) pour réduire au « silence absolu » {142} la « clameur de ses feuilles » {140}.

(b) Le Maître de l’eau

De même, connaître la genèse de la rivière et de la pluie, ce n’est pas les posséder, mais c’est avoir pouvoir sur la rivière ou sur la pluie. Ainsi, nous comprenons la scène étrange au cours de laquelle Frodon découvre un Tom maître de l’eau :

Tout autour de la maison ne se voyait plus qu’eau tombante. Frodon se tenait près de la porte ouverte à regarder le chemin crayeux et blanc se muer en une petite rivière de lait et descendre en bouillonnant dans la vallée. Tom Bombadil apparut, trottant, au coin de la maison ; il agitait les bras comme pour écarter la pluie – et, de fait, quand il franchit le seuil d’un bond, il paraissait entièrement sec, sauf pour ses bottes. [127]{151-2}

Sosryko

Now let the fun begin!
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