02-07-2003, 17:56
© Le Maître des collines et la seconde triade
(c2) Finalement, on comprends alors l’autorité de Tom sur les Êtres des Galgals, « anciens rois de petits royaumes » {152} et désormais habitants ténébreux sous les tombes des collines, mais dont Tom connaît l’origine :
Cet extrait est essentiel pour notre propos : après avoir vu que la maîtrise de Tom était liée à sa connaissance, nous avons confirmation d’une seconde triade qui caractérise la nature de Tom, la triade connaissance-chanson-maîtrise ; en effet c’est en « chantant » (3 occurrences, encore une fois) que Tom manifeste son autorité sur « son pays », et « ses chansons sont des chansons plus fortes » que le « chant » de l’Être des Galgals, cette « incantation », « ce froid murmure » {163} parce qu’elles reposent sur une sagesse et une connaissance bien plus ancienne, parce que Tom « était ici avant les rois et les tombes et les Êtres des Galgals » {153} !
Ainsi, tout comme Joukahainen, par ce qu’il croit être son « haut savoir » [3.54] et ses « chantines d’enfant » [3.287], ne peut rien contre les « chants [et] tours d’enchanteur » de Väinämöinen [3.285-6], les chants de l’Homme-Saule ou de l’Être des Galgals sont inefficaces face à ceux de Tom.
(c1) Les cinq poneys qui appartenaient à Merry ont suivi les Hobbits dans « la course sur les collines » {159}, de « colline escarpée » {158} en « colline au sommet large et aplati » {159}, jusqu’aux « collines redoutées » {153}, ces « collines couronnées de tertres verts » {159} des Hauts des Galgals ; avec les Hobbits, ils ont soutenu, « les uns contre les autres, la tête basse », l’arrivée inquiétante du « brouillard épais, froid et blanc », dans « l’air silencieux, lourd et glacial » {160}, mais lorsque « l’obscurité parut tomber autour [d’eux] », chaque « poney déguerpit et s’évanouit dans la brume » {161}.
Une fois que Tom a ramené les quatre Hobbits à la « vraie lumière, la pure lumière du jour » {164}, il « va à la chasse » {166}…aux poneys égarés par-delà les collines :
Puis Tom revient de sa « chasse » par les collines ensoleillées :
Tom est bien celui qui connaît ou qui cherche à connaître la nature de chaque être et chaque chose ; il a appris à connaître chaque poney de manière intime (cf. « my little lad »), connaissance qu’il dévoile en partie :
(1) « ils ont plus de sens que vous autres Hobbits »
(2) « ils flairent devant eux le danger »
(3) « ils courent du bon côté »
(4) « ils ont le cœur fidèle »
(5) « ils ne sont pas faits pour affronter la peur des Êtres des Galgals »
Une telle connaissance lui permet de les nommer selon leurs qualités et nature : « Sharp-ears, Wise-nose, Swish-tail and Bumpkin, / White-socks » ; il ne fait pas que les appeler ou les siffler, il les chante (« ainsi chantait-il »), il chante leurs noms qui sont leurs natures. Ceci explique que les « nouvelles appelations que Tom leur avait assignées » dureront « pour le restant de leur vie ».
Et si Merry est bien le ‘propriétaire’ des cinq poneys (ils lui « appartenaient »), c’est Tom Bombadil qui en est le ‘maître’, car sa connaissance a fait de lui le ‘maître’ de leurs ‘noms’ : il les appelle « un par un » par leurs ‘noms’, aussi le suivent-ils « en file obéissante » et « franchissent l’arête », à son signal, « pour se tenir sur un rang », « revenant et rapportant tout leur chargement ».
(c2) Finalement, on comprends alors l’autorité de Tom sur les Êtres des Galgals, « anciens rois de petits royaumes » {152} et désormais habitants ténébreux sous les tombes des collines, mais dont Tom connaît l’origine :
Après un long et lent moment, [Frodon] perçut clairement, mais de très loin, comme venue à travers la terre ou des murs épais, une voix qui répondait (1) en chantant :
Tom Bombadil est un gai luron,
Bleu vif est sa veste, et ses bottes sont jaunes.
Personne ne l’a jamais pris encore, car Tom, c’est le maître :
(2) Ses chansons sont des chansons plus fortes, et ses pieds sont plus rapides.
(…)
Tom se baissa, ôta son chapeau et pénétra dans la pièce sombre, (3) chantant :
Sors donc, vieil Être ! Disparais dans la lumière du soleil !
Étiole-toi comme la froide brume, comme les vents qui s’en vont gémissants
Dans les terres arides loin au-delà des montagnes !
Ne reviens jamais ici ! Laisse vide ton galgal !
Sois perdu et oublié, plus obscur que l’obscurité,
Où les portes sont à jamais fermées jusqu’au temps d’un monde meilleur.
À ces mots, un cri retentit, et une partie de l’extrémité de la pièce s’écroula avec fracas. Puis il y eut un long cri traînant qui s’évanouit dans une distance indevinable ; et après, ce fut le silence. [139]{164-5}
Cet extrait est essentiel pour notre propos : après avoir vu que la maîtrise de Tom était liée à sa connaissance, nous avons confirmation d’une seconde triade qui caractérise la nature de Tom, la triade connaissance-chanson-maîtrise ; en effet c’est en « chantant » (3 occurrences, encore une fois) que Tom manifeste son autorité sur « son pays », et « ses chansons sont des chansons plus fortes » que le « chant » de l’Être des Galgals, cette « incantation », « ce froid murmure » {163} parce qu’elles reposent sur une sagesse et une connaissance bien plus ancienne, parce que Tom « était ici avant les rois et les tombes et les Êtres des Galgals » {153} !
Ainsi, tout comme Joukahainen, par ce qu’il croit être son « haut savoir » [3.54] et ses « chantines d’enfant » [3.287], ne peut rien contre les « chants [et] tours d’enchanteur » de Väinämöinen [3.285-6], les chants de l’Homme-Saule ou de l’Être des Galgals sont inefficaces face à ceux de Tom.
(c1) Les cinq poneys qui appartenaient à Merry ont suivi les Hobbits dans « la course sur les collines » {159}, de « colline escarpée » {158} en « colline au sommet large et aplati » {159}, jusqu’aux « collines redoutées » {153}, ces « collines couronnées de tertres verts » {159} des Hauts des Galgals ; avec les Hobbits, ils ont soutenu, « les uns contre les autres, la tête basse », l’arrivée inquiétante du « brouillard épais, froid et blanc », dans « l’air silencieux, lourd et glacial » {160}, mais lorsque « l’obscurité parut tomber autour [d’eux] », chaque « poney déguerpit et s’évanouit dans la brume » {161}.
Une fois que Tom a ramené les quatre Hobbits à la « vraie lumière, la pure lumière du jour » {164}, il « va à la chasse » {166}…aux poneys égarés par-delà les collines :
Il bondit sur la pente de la colline, sifflant et criant. Frodon le suivit des yeux et le vit courir vers le sud, toujours sifflant et criant, le long du creux verdoyant qui séparait leur colline de la suivante.
Ohé ! voyons ! venez, voyons. Holà ! Où vaquez-vous ?
En haut, en bas, près ou loin, là ou là-bas ?
Ouïe-fine, Bon-nez, Queu-vive et Godichon,
Paturons-blancs, mon petit gars, et toi, mon vieux Gros-Balourd !
Ainsi chantait-il, courant bon train, jetant son chapeau en l’air et le rattrapant, jusqu’au moment où il disparut derrière un repli de terrain ; mais pendant quelques temps, ses Ohé, voyons ! Ohé, voyons ! continuèrent de venir, portés par le vent qui avait passé au sud.
[140-1]{166}
Puis Tom revient de sa « chasse » par les collines ensoleillées :
He reappeared, hat first, over the brow of the hill, and behind him came in an obedient line six ponies: their own five and one more. The last was plainly old Fatty Lumpkin: he was larger, stronger, fatter (and older) than their own ponies.
Merry, to whom the others belonged, had not, in fact, given them any such names, but they answered to the new names that Tom had given them for the rest of their lives. Tom called them one by one and they climbed over the brow and stood in a line.
Then Tom bowed to the hobbits.
'Here are your ponies, now!' he said. ' (1) They've more sense (in some ways) than you wandering hobbits have - more sense in their noses. For (2) they sniff danger ahead which you walk right into; and if they run to save themselves, then (3) they run the right way. You must forgive them all; for though (4) their hearts are faithful, (5) to face fear of Barrow-wights is not what they were made for. See, here they come again, bringing all their burdens!'
[141] {166-7}
Tom est bien celui qui connaît ou qui cherche à connaître la nature de chaque être et chaque chose ; il a appris à connaître chaque poney de manière intime (cf. « my little lad »), connaissance qu’il dévoile en partie :
(1) « ils ont plus de sens que vous autres Hobbits »
(2) « ils flairent devant eux le danger »
(3) « ils courent du bon côté »
(4) « ils ont le cœur fidèle »
(5) « ils ne sont pas faits pour affronter la peur des Êtres des Galgals »
Une telle connaissance lui permet de les nommer selon leurs qualités et nature : « Sharp-ears, Wise-nose, Swish-tail and Bumpkin, / White-socks » ; il ne fait pas que les appeler ou les siffler, il les chante (« ainsi chantait-il »), il chante leurs noms qui sont leurs natures. Ceci explique que les « nouvelles appelations que Tom leur avait assignées » dureront « pour le restant de leur vie ».
Et si Merry est bien le ‘propriétaire’ des cinq poneys (ils lui « appartenaient »), c’est Tom Bombadil qui en est le ‘maître’, car sa connaissance a fait de lui le ‘maître’ de leurs ‘noms’ : il les appelle « un par un » par leurs ‘noms’, aussi le suivent-ils « en file obéissante » et « franchissent l’arête », à son signal, « pour se tenir sur un rang », « revenant et rapportant tout leur chargement ».
Ainsi, tout au long de la section Bombadilienne, nous avons l’illustration, dans l’ordre, de l’affirmation de Baie d’Or : Tom « est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline ».
Oui « Tom est maître », et son autorité, sa maîtrise passent par la connaissance chantée des êtres et des objets, tout comme l’autorité et la puissance créatrice de Vänämöinën passent par la connaissance chantée des « origines très-profondes » [3.10] et des « mots sacrés » [3.475].
Sosryko
We'll be wainting for you!

