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De la crème jaune et des rayons de miel ...
#25
(8) Hommes des bois

Depuis le vol du Sampo, Louhi n’a cesse de se venger d’Ilmarinen, de Lemminkäinen et de leur chef, Väinämöinen ; aussi elle dresse Otso, « l’ours de la lande », « le grand brun » et l’envoie tuer « le bétail de Kalevala » [46, 7-10]. Väinämöinene refuse de le laisser « écharpiller » ses chevaux et son bétail et s’en va en chasse dans le séjour de Tapio, maître de la forêt, de Mielikki, son épouse et de Tellervo, sa fille :

le vieux Väinämöinen
le barde parle et mande ainsi :
« L’envie me démange le cœur
de repartir à Metsola
chez les filles de la forêt,
aux prairies des pucelles bleues.
Je quitte les gens pour les bois,
pour la besogne loin des hommes.
Forêt, prends-moi parmi tes hommes,

Tapiola, parmi tes gaillards !
Aide à prendre le brun benoît,
à tuer le beau de la forêt ! »
[46.45-56]

Puis Väinämöinen d’expliquer comment il a pu venir à bout de l’ours :

« forêts charmées, le bois soumis »
« le bois charmé, forêt soumise »
[46.464, 473]

« Le bois l’a donné de bon gré,
le bois charmé, forêt soumise,
le maître des breuils ébahi,
Tapio le joli a fléchi.
Mielikki, dame des bois,
Tellervo, l’enfant de Tapio,
vierge du bois, la belle gorge,
fillette frêle des forêt,
lors m’a soufflé la route juste,
taillant les jalons du chemin,
bonne guide dans les ornières,
elle nous a montré la trace.
Elle a coché le tronc des arbres
et jalloné chaque colline
jusqu’au logis d’Otso le baud (…) »
[46.473-497]


Bien que Väinö n’aura quitté « les gens pour les bois » et compté « parmi les homme de la Forêt » [46.51, 53] que pendant une courte durée, voilà qui l’associe à nouveau à Tom que le petit peuple de Breredon et de Fin-de-Barrière appelle par deux fois « Tom l’Homme des Bois » (‘Woodman Tom’ BB 81 et 91), la classant parmi « les gens de la forêt » (‘Forest-folk’ BB 84)
De plus, à ce thème de l’Homme des bois, on retrouve lié celui du maître de la forêt en la personne de Väinämöinen comme en la personne de Tom.
Mais, à l’instar de Tom, Väinämöinen n’est pas propriétaire de la forêt et la Nature ne lui appartient pas ; par contre tout repose sur une question de connaissance, de cette connaissance de la nature même de la Nature, de cette connaissance qui lui permet de charmer le pertuis de terre [K. 17.620], de charmer le bois et de soumettre la forêt [46.473], tout comme Lemminkäinen, par son chant magique « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » [14.234-5].
Alors Väinö qui nous dit que la « fillette frêle des forêts » lui « souffle la route juste », préparant « les jalons du chemin », me fait penser à la rapidité avec laquelle Tom Bombadil se déplace dans une forêt :

– Eh bien, mes petits amis, (…) suivez- moi aussi vite que vous le pourrez !
(…) avec un signe de la main, ils ‘en fut en sautillant et en dansant dans le chemin vers l’est, non sans continuer à chanter d’une voix forte ses chansons dépourvues de sens.
(…) les Hobbits le suivirent avec toute la rapidité possible. Mais elle ne suffit pas. Tom disparut bientôt devant eux, et le son de son chant se fit de plus en plus faible et lointain. Mais, soudain, sa voix revint flotter vers eux en un puissant appel.

           (...) Ne craignez pas d’aulnes noirs ! Ne vous souciez pas des saules chenus !
           Ne craignez ni racine ni branche ! Tom va devant vous (…)

[118]{142}


Et les quatre Hobbits d’arriver « dans l’obscurité », « très fatigués », traînant les pieds comme « dans un rêve qui ne menait à aucun réveil » le long d’un « sentier difficile à suivre » jusqu’à l’orée de la forêt et de « voir surgir devant eux une grande étendue d’herbe », « la rivière, à présent petite et rapide, bondissant joyeusement à leur rencontre », comme pour les accueillir, « sous la pâle nuit étoilée », à « la maison de Tom Bombadil sur et sous la colline » {143}. Tom les accueillera en riant, « son épaisse chevelure brune (…) couronnée de feuilles automnales » {147} ; un Tom arrivé bien avant eux, comme si, effectivement, la « vierge du bois », tombée sous le charme de « sa voix forte » et de « ses chansons » (« dépourvues de sens » pour qui ne connaît le langage de la forêt), avait « jalonné chaque colline » pour lui, le « guidant dans les ornières », pour « lui montrer la trace » à suivre [K.46] alors que « le soleil sombrait (…) dans les arbres » {142}, parmi les « brumes blanches » et « la vapeur ténébreuse qui surgissait pour se mêler au crépuscule qui tombait rapidement » {143}. Un Tom parti en éclaireur (« Tom va devant vous ») , pour charmer la forêt et protéger « ses petits amis » « des bruits étranges (qui) couraient furtivement parmi les buissons et les roseaux de part et d’autre » {143}.

Sosryko

L’eau commença de murmurer
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