15-08-2003, 00:11
(10) – Baie dorée, baie sucrée
Goldberry, Baie d’Or…quel beau nom pour désigner la fille de la Rivière, celle vers qui se tournent les yeux et les pensées de chacun lorsqu’elle parle{158} ! Quel étrange nom toutefois pour désigner une jeune femme liée à l’eau, que ce soit par l’étang de la vieille forêt ou la rivière Tournesaules ; à la rigueur s’attendrait-on à un nom de fleur, et plus particulièrement un nom qui l’associerait à sa fleur, le nénuphar : en effet, les vêtements de la « belle dame, tout de vert argent vêtue » {157} et « ses bras blancs » {145} à la peau aussi blanche qu’un « blanc coquillage » {154} évoquent le lis d’eau à la blanche fleur (white water-lily {141, 145}) tandis que ses cheveux blonds {145} l’associent aux lis des marais (flag-lily) dont s’inspire sa ceinture {145}.
En réalité, derrière seul nom de Baie d’Or se cache une partie de la poésie amoureuse du Kalevala. Dans le chant 11, nous venons de le voir, Lemminkäinen tente à sa manière de séduire Kyllikki ; et voici Kauko le beau murmurant à l’oreille de la belle : « Kyllikki, ma pigne de cœur, ma baie de sucre, ma tendresse ! » [11.247-8].
Le texte original du Kalevala parle concerne bien une ‘baie’ puisque le poète Eino Friberg d’origine finlandaise a donné comme traduction anglaise du ver 248 « my delicious little berry ». N’oublions pas non plus le reste du discours de Lemminkä cité précédemment qui évoque ses trois vaches, chacune ayant le nom d’une baie : la Mûre, la Fraise et l’Airelle (que Friberg traduit par Blackie, Strawberry et Lingonberry ; [11.262-5]).
Enfin, Lemminkä appelle Kyllikki « ma baie » tout comme Tom Bombadil appelle la fille de la Rivière « ma Baie d’Or » [122]{147}.
De retour chez lui avec Kyllikki la belle kidnappée, Lemminkäinen a cette conversation avec sa mère :
Ce onzième poème du Kalevala est loin du manifeste féministe. Mais, bien que la relation entre Tom et Baie d’Or soit plus équilibrée et ce, dès le départ (cf. les jeux aquatiques en ATB 11-26), il n’en demeure pas moins vrai que Tom enlève Baie d’Or à sa famille :
Et de tout temps Tom semble avoir fait une fixation sur les oreillers moelleux :
« Reposez-vous sur l'oreiller ! » ordonne-t-il aux Hobbits ; et le texte de préciser que « leurs matelas et leurs oreillers avaient la douceur de la plume, et les couvertures étaient de laine blanche » {149} ou bien que Pippin, réveillé dans la nuit, « sentit les doux oreillers céder sous ses mains » et « se recoucha, soulagé » {150}. Nul doute que dans la chambre des hôtes les oreillers sont tout aussi doux…
Enfin, si nous gardons en mémoire les paroles de la mère de Lemminkä, il n’est plus surprenant d’entendre Tom expliquer aux Hobbits l’absence de sa Baie d’Or : « c’est le jour de lessive de Baie d’Or, et aussi de son nettoyage d’automne » (‘This is Goldberry’s washing day (…) and her autumn-cleaning’ [127]{152}).
Mais, pour être juste, n’oublions pas que Tom se distingue de Lemminkä en ce qu’il n’est pas étranger à toute tâches ménagères : il sait faire un repas (ATB 112 : « la table est servie ») et ne rechigne pas à mettre la table avec Baie d’Or :
Sosryko
Goldberry, Baie d’Or…quel beau nom pour désigner la fille de la Rivière, celle vers qui se tournent les yeux et les pensées de chacun lorsqu’elle parle{158} ! Quel étrange nom toutefois pour désigner une jeune femme liée à l’eau, que ce soit par l’étang de la vieille forêt ou la rivière Tournesaules ; à la rigueur s’attendrait-on à un nom de fleur, et plus particulièrement un nom qui l’associerait à sa fleur, le nénuphar : en effet, les vêtements de la « belle dame, tout de vert argent vêtue » {157} et « ses bras blancs » {145} à la peau aussi blanche qu’un « blanc coquillage » {154} évoquent le lis d’eau à la blanche fleur (white water-lily {141, 145}) tandis que ses cheveux blonds {145} l’associent aux lis des marais (flag-lily) dont s’inspire sa ceinture {145}.
En réalité, derrière seul nom de Baie d’Or se cache une partie de la poésie amoureuse du Kalevala. Dans le chant 11, nous venons de le voir, Lemminkäinen tente à sa manière de séduire Kyllikki ; et voici Kauko le beau murmurant à l’oreille de la belle : « Kyllikki, ma pigne de cœur, ma baie de sucre, ma tendresse ! » [11.247-8].
Le texte original du Kalevala parle concerne bien une ‘baie’ puisque le poète Eino Friberg d’origine finlandaise a donné comme traduction anglaise du ver 248 « my delicious little berry ». N’oublions pas non plus le reste du discours de Lemminkä cité précédemment qui évoque ses trois vaches, chacune ayant le nom d’une baie : la Mûre, la Fraise et l’Airelle (que Friberg traduit par Blackie, Strawberry et Lingonberry ; [11.262-5]).
Enfin, Lemminkä appelle Kyllikki « ma baie » tout comme Tom Bombadil appelle la fille de la Rivière « ma Baie d’Or » [122]{147}.
De retour chez lui avec Kyllikki la belle kidnappée, Lemminkäinen a cette conversation avec sa mère :
« Porte-nous la couette meilleure, [Now, get out your finest bedding ]
tire l’oreiller le plus mol, [And the softest of your pillows ]
car je vais dormir au pays,
avec ma mie, la toute jeune ! »La mère parle, bonne vieille,
elle dit les mots pour la femme :« Jumala, voici ma louange, (…)
[Such a strong one for the washing (Friberg).]
car tu m’as donné la bru belle,
bonne bavarde au coin du feu,
fine main pour tisser l’étoffe,
doigts de hauts vol, fière fileuse,
rude laveuse aux lingeries,
buandière des habits blancs !
Toi, mon fils, remercie ta chance ! » [11.367-381]
Ce onzième poème du Kalevala est loin du manifeste féministe. Mais, bien que la relation entre Tom et Baie d’Or soit plus équilibrée et ce, dès le départ (cf. les jeux aquatiques en ATB 11-26), il n’en demeure pas moins vrai que Tom enlève Baie d’Or à sa famille :
Il l’attrapa, la serra fort !
(…) « C’est là ma jolie pucelle ! [‘my pretty maiden’]
Tu viendras à la maison avec moi ! (…)
Tu viendras à la Colline ! Que t’importe ta mère
Dans son étang profond et plein d’algues ? Tu n’y trouveras jamais d’amoureux ! »
[ATB 109, 111-2, 115]
Et de tout temps Tom semble avoir fait une fixation sur les oreillers moelleux :
Le Vieux Tom Bombadil s’étendit sur son oreiller
Plus doux que Baie d’Or, plus calme que le Saule,
Plus douillet que la famille Blaireau ou les Êtres des Galgals
[ATB 93-5]
« Reposez-vous sur l'oreiller ! » ordonne-t-il aux Hobbits ; et le texte de préciser que « leurs matelas et leurs oreillers avaient la douceur de la plume, et les couvertures étaient de laine blanche » {149} ou bien que Pippin, réveillé dans la nuit, « sentit les doux oreillers céder sous ses mains » et « se recoucha, soulagé » {150}. Nul doute que dans la chambre des hôtes les oreillers sont tout aussi doux…
Enfin, si nous gardons en mémoire les paroles de la mère de Lemminkä, il n’est plus surprenant d’entendre Tom expliquer aux Hobbits l’absence de sa Baie d’Or : « c’est le jour de lessive de Baie d’Or, et aussi de son nettoyage d’automne » (‘This is Goldberry’s washing day (…) and her autumn-cleaning’ [127]{152}).
Mais, pour être juste, n’oublions pas que Tom se distingue de Lemminkä en ce qu’il n’est pas étranger à toute tâches ménagères : il sait faire un repas (ATB 112 : « la table est servie ») et ne rechigne pas à mettre la table avec Baie d’Or :
Il revint bientôt, portant un grand plateau chargé. Puis Tom et Baie d'Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant étaient séduisante la grâce de Baie d'Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom. D'une certaine façon, cependant, ils paraissaient ne composer qu'une seule danse, ne se gênant ni l'un ni l'autre, entrant et sortant ou tournant autour de la table; et, avec une grande célérité, la nourriture, les récipients et les lumières furent disposés. Les chandelles blanches et jaunes flamboyaient sur les dessertes. Tom s'inclina devant ses hôtes. [129]{154}
Sosryko

