15-08-2003, 00:14
(11) Le motif du chanteur bondissant :
Nous le savons, Tom Bombadil a dû mal à rester en place, sautant en l’air, bondissant plutôt que marchant (Hop, hopping : 8 ; bound, bounding : 3 ; leap, leaping : 9). Cela arrive aussi à Väinämöinen, tout à la joie d’échapper à l’ogre Vipunen :
Mais, au contraire de Tom, ce n’est pas une constante chez Väinö. Par contre, le Kalevala mentionne plusieurs êtres bondissant. Les lapins et les lièvres, bien entendu :
Mais aussi Ilmarinen, sautant dans son traîneau (Then he leaped into his sleigh [38.287]), ou Pellervo, l’étrange petit homme « jailli de la mer » « venu casser le chêne » dont « le ramage envahit le ciel » [2.137, 141, 84] :
Tout aussi digne d’intérêt est l’association entre le bondissement des animaux et la joie à l’écoute du chant de Väinämöinen
Enfin, si Väinämöinen est le barde inégalé, il n’est pas le seul chanteur du Kalevala. Un second personnage apparaît au chant 11, bien plus jeune mais également capable de « prendre la voix de l’enchanteur » (165) ; il s’agit de Lemminkäinen, encore appelé Athi ou Kauko, véritable coureur de jupons que nous rencontrons pour la troisième fois bien décidé de séduire « Kyllikki, la toute fine, toute mignonne, fleur de l’île » (161-2), « sa baie de sucre » (248). Il l’enlève donc (203-235), lui promettant « une vie de miel » (250) et de « gorgée de lait » (263) ; Lemminkä n’a pas froid aux yeux ! rien ne l’arrête ! voilà pourquoi on l’appelle systématiquement « le cœur fol » (245, 335, 351 etc.) ou « la tête folle » [12.213 ; 13.141 ; 14.79, etc.].
Perpétuel insatisfait, Lemminkä jette son dévolu sur la plus belle des les filles de Louhi, « la vieille de Pohja » [13.2]. Celle-ci lui impose trois épreuves terribles :
(1) la première : aller « au tréfonds des champs de Hiisi », c’est-à-dire aux enfers, pour « traquer d’abord l’élan d’enfer » (29-30).
Athi accepte le défi immédiatement, sa détermination, sa bravoure et donc son absence de peur percent régulièrement dans le texte ; il suffit pour cela de relever les nombreux « Sitôt » qui décrivent un Lemminkäinen toujours agissant et jamais lassé [13.31, 175 ; 14.95] ou bien ses affirmations impatientes :
Mais c’est uniquement parce qu’il « chante sa rune aux bosquets » [14.233] qu’Athi « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » (234-7) ; lesquelles « débusquent » de sa « cache l’élan d’enfer », le mettant ainsi « à la portée de l’enchanteur » (238-244). Athi revient à Pohjala triomphant :
(2) La seconde épreuve : brider l’étalon de l’enfer, « au fond des prairies de Hiisi » (278).
(3) Sa troisième et fatale épreuve est de tuer d’une seule flèche :
cette fois le danger est ultime, puisque le fleuve de Tuoni, fleuve de non-retour, n’est rien moins que le fleuve de la Mort ; un berger, « le vieux de Pohjola, l’aveugle » y puisera « le serpent de l’eau » pour s’en servir de flèche et tuer Lemminkä. Mais auparavant, c’est avec la plus parfaite désinvolture que Lemminkä se sera approché du fleuve noir :
Ainsi, le Kalevala associe le motif du chanteur bondissant et de la danse — qu’on retrouve chez Bombadil, au rire et à l’absence de peur (quand bien même on part affronter les êtres infernaux), thèmes tout aussi Bombadiliens (l’Homme-saule au bord de la rivière étant comparable au cygne blanc de la rivière des morts).
Sosryko
Nous le savons, Tom Bombadil a dû mal à rester en place, sautant en l’air, bondissant plutôt que marchant (Hop, hopping : 8 ; bound, bounding : 3 ; leap, leaping : 9). Cela arrive aussi à Väinämöinen, tout à la joie d’échapper à l’ogre Vipunen :
Sitôt Väinö le vieux barde
Sort de la bouche au grand savoir [Leaping through the mighty mouth (Friberg)]
[…]
il bondit par-devers la lande,
comme l’écureuil à queue d’or,
ou la martre au poitron doré. [17.588-600, 604-6]
Mais, au contraire de Tom, ce n’est pas une constante chez Väinö. Par contre, le Kalevala mentionne plusieurs êtres bondissant. Les lapins et les lièvres, bien entendu :
Then the hare went off a-running,
Good old lop-ear went a-hopping,
Faithful crook-shank went a-leaping. [4.405-407]
Rimy are the rabbits hopping [48.339]
Mais aussi Ilmarinen, sautant dans son traîneau (Then he leaped into his sleigh [38.287]), ou Pellervo, l’étrange petit homme « jailli de la mer » « venu casser le chêne » dont « le ramage envahit le ciel » [2.137, 141, 84] :
Un premier pas de pirouette,
il touche au champ de grève fine ;
un second pas, bond de gambade, [With the next one he leaped lightly (Friberg)]
il tombe au mitan des bruyères ;
à l’enjambée tierce il déboule
sur la souche du chêne torche. [2.169-174]
Tout aussi digne d’intérêt est l’association entre le bondissement des animaux et la joie à l’écoute du chant de Väinämöinen
Les élans trottent par la lande,
les lynx en joie font grand tapage.
=
On the heather elk were bounding,
Lynxes leaping up for joy. [41.41-2]
Enfin, si Väinämöinen est le barde inégalé, il n’est pas le seul chanteur du Kalevala. Un second personnage apparaît au chant 11, bien plus jeune mais également capable de « prendre la voix de l’enchanteur » (165) ; il s’agit de Lemminkäinen, encore appelé Athi ou Kauko, véritable coureur de jupons que nous rencontrons pour la troisième fois bien décidé de séduire « Kyllikki, la toute fine, toute mignonne, fleur de l’île » (161-2), « sa baie de sucre » (248). Il l’enlève donc (203-235), lui promettant « une vie de miel » (250) et de « gorgée de lait » (263) ; Lemminkä n’a pas froid aux yeux ! rien ne l’arrête ! voilà pourquoi on l’appelle systématiquement « le cœur fol » (245, 335, 351 etc.) ou « la tête folle » [12.213 ; 13.141 ; 14.79, etc.].
Perpétuel insatisfait, Lemminkä jette son dévolu sur la plus belle des les filles de Louhi, « la vieille de Pohja » [13.2]. Celle-ci lui impose trois épreuves terribles :
(1) la première : aller « au tréfonds des champs de Hiisi », c’est-à-dire aux enfers, pour « traquer d’abord l’élan d’enfer » (29-30).
Athi accepte le défi immédiatement, sa détermination, sa bravoure et donc son absence de peur percent régulièrement dans le texte ; il suffit pour cela de relever les nombreux « Sitôt » qui décrivent un Lemminkäinen toujours agissant et jamais lassé [13.31, 175 ; 14.95] ou bien ses affirmations impatientes :
« fais-moi des lugeons (…)
que je traque l’élan d’enfer /
au tréfonds des champs de Hiisi ! » [13.49, 51-2]
« Forge un lugeon pour ma glissage (…)
je pars au trailles de l’élan,
au fin fond des champs de Hiisi. » [13.61, 63-4]
« Jumala n’a point sur sa terre
sous le ciel, sous la voûte d’air,
en nulle forêt, nulle breuil,
détaleur des quatre cuissots
que je n’irai point débusquer
ni talonner par mes glissages,
par le poussot de Kaleva,
le patinot de Lemminkä. » [13.97-104]
Mais c’est uniquement parce qu’il « chante sa rune aux bosquets » [14.233] qu’Athi « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » (234-7) ; lesquelles « débusquent » de sa « cache l’élan d’enfer », le mettant ainsi « à la portée de l’enchanteur » (238-244). Athi revient à Pohjala triomphant :
« j’ai traqué l’élan de Hiisi,
au fin fond des champs de l’enfer. » [14.267-8]
(2) La seconde épreuve : brider l’étalon de l’enfer, « au fond des prairies de Hiisi » (278).
Et Lemminkä la tête folle /
(…) s’en va quérir le cheval / (…)
au fond des prairies de Hiisi [14.279, 282, 283]
(3) Sa troisième et fatale épreuve est de tuer d’une seule flèche :
(…) le cygne blanc,
l’oiseau gracieux sur la rivière,
au fleuve noir de Tuoni [14.377-9]
cette fois le danger est ultime, puisque le fleuve de Tuoni, fleuve de non-retour, n’est rien moins que le fleuve de la Mort ; un berger, « le vieux de Pohjola, l’aveugle » y puisera « le serpent de l’eau » pour s’en servir de flèche et tuer Lemminkä. Mais auparavant, c’est avec la plus parfaite désinvolture que Lemminkä se sera approché du fleuve noir :
Et Lemminkä la tête folle,
Le beau cœur lointain, Kauko,
Va chercher le sanglot du cygne,
(…)
il se dandine, il s’en dodine,
Ahti se trisse, rire aux trousses
Vers le bruant de Tuoni,
Les turbies du fleuves sacré,
L’arbalète fière à l’épaule,
Dans son dos le carquois de flèches. [14.383-385, 389-394]
Ainsi, le Kalevala associe le motif du chanteur bondissant et de la danse — qu’on retrouve chez Bombadil, au rire et à l’absence de peur (quand bien même on part affronter les êtres infernaux), thèmes tout aussi Bombadiliens (l’Homme-saule au bord de la rivière étant comparable au cygne blanc de la rivière des morts).
Sosryko

