...et content que ça te plaise ;-)
Une rque avant la suite pour te dire que tu as raison : si l'essentiel du mystère dans le rire de Tom/Merlin est à associer au rire prophétique, il reste qu'une partie du rire de Tom est carnavalesque parce qu'une partie du rire de Merlin est carnavalesque :
"Tout un enseimble de rites de Carnaval est explicitement destiné à faire rire. Or, la Chandeleur/St Blaise (2 et 3 février) tombe toujours en plein Carnaval. Le personnage de Merlin, conçu le jour de la St Blaise, se trouve mythiquement et rituellement associé à cette mythologie du rire et de Carnaval."
[Ph. Walter, Merlin ou le savoir du Monde, p.149]
III. Bombadil et Melchisédek
III.1 – Melchisédek
Melchisédek est une figure biblique des plus obscures : sorti de nulle part, il apparaît, auréolé de mystère, dans trois versets seulement du chapitre 14 de la Genèse, au milieu du cycle d’Abraham, pour disparaître aussitôt…
Le chapitre 14 de la Genèse (v.1-4.5-12) commence par la description de deux véritables « guerres mondiales » [Abraham et sa légende, Walter Vogels, p.158] des « quatre rois contre cinq » (v.9), les quatre rois despotes de l’Est menés Kedorlaomer et la coalition de cinq rois révoltés de Canaan sous la direction des rois de Sodome et Gomorrhe. Le succès de Kedorlaomer est total et, à la fin de la seconde campagne, « [prenant] toutes les biens de Sodome et Gomorrhe et tous leurs vivres » (v.11), les quatre rois « s’en allèrent [en prenant] Lot, le neveu d’Abraham, et ses biens » (v.12). Abraham réagit aussitôt : « il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs » et « il poursuivit les rois » (v.14), traversant toute la Terre Sainte, depuis Mambré (v.13) « jusqu’à Dan » (v.14), et au-delà, jusque dans la région de Damas (v.15), rétablissant la justice : il « battit » (v.15) les rois de l’Est qui avaient, par deux fois, « battu » (v.5.7) les cinq rois, « ramenant » tout ce qui avait été « pris » (v.16 « il ramena tous les biens, il ramena aussi son frère Lot et ses biens »). C’est alors que Melchisédek entre en scène, personnage important, puisqu’au centre d’une construction en chiasme avec, en périphérie le roi de Sodome (v.17.21) [Abraham, p.164]:
17 Après qu’Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi.
18 Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était prêtre du Dieu Très-Haut.
19 Il bénit Abram, et dit:
« Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre!
20 Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! »
Et Abram lui donna la dîme de tout.
21 Le roi de Sodome dit à Abram: « Donne-moi les personnes, et prends pour toi les richesses. »22 Abram répondit au roi de Sodome:
« Je lève la main vers l’Eternel, le Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre,
23 je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi, pas même un fil, ni un cordon de soulier, afin que tu ne dises pas: J’ai enrichi Abram. Rien pour moi! »
À l’acte d’Abraham, motivé par l’attachement familial et la justice, répond l’apparition de Melkisédek don le nom signifie « Roi de Justice ». Cette même apparition marque la fin de la guerre puisque Melkisédek est le « roi de Salem », c’est à dire le roi de la Paix (par l’homophonie entre shalem et shalom ; cf. He 7 :2 et Philon Leg All III 25-26 §79-82)
Melchisédek est « prêtre du Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre ». Cette invocation au Dieu « créateur » a toute une tradition à interpréter le personnage de Melkisédek comme modèle du « prêtre païen, idolâtre, qui a été frappé par la vision du ciel et de la terre et a découvert l’existence d’un dieu créateur » [La Bible d’Alexandrie, 1.La Genèse, Marguerite Harl, p.161].
Hormis ces trois aspects, le texte ne nous dit rien d’autre de la personne de Melchisédek. Ce qui surprend le plus, c’est l’absence de généalogie. La Bible est tellement habituée à cerner un homme par sa descendance (« A engendra B, B engendra C… ») ou bien ses ancêtres (« A, fils de B, fils de C ») qu’en ce qui concerne Melchisédek, le texte crie par son silence.
Les traditions juives et chrétiennes, bibliques comme extrabibliques ont beaucoup glosé sur ce silence, le considérant comme un mystère.
Le Psaumes 110 présente Melkisédek comme type du Messie, sous entendant que les deux sont éternels (« Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédek » (v.4)) et les représentants d’un autre type de sacerdoce que celui des prêtres institués : en effet, Melchisédek semble connaître et servir Dieu par une révélation « naturelle » ou « intérieure », jamais explicitée dans le texte et sans rapport avec la révélation faite à Abraham ou à Israël sur le Mont Sinaï, celle qui instituera, bien plus tard, la prêtrise « officielle », de père en fils, de la tribu de Lévi.
On comprend alors également l’utilisation de la figure de Melchisédek par l’auteur de l’épître aux Hébreux pour en faire un type du Christ, se servant à de multiples reprises de Ps.110:4 pour l’appliquer à Jésus [He 5:6.10, 6:20, 7:11.15.17]. Rapportons He 7 :1-3 pour notre propos, car ces versets reprennent la tradition de Gn 14 en comblant ses silences, tout particulièrement au verset 3 :
1 Ce Melchisédek était roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut; il alla à la rencontre d’Abraham qui revenait de la défaite des rois, et il le bénit;
2 c’est à lui qu’Abraham donna la dîme de tout. Et, en interprétant son nom, il est tout d’abord roi de justice, puis aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix.
3 Il est sans père, sans mère, sans généalogie; il n’a ni commencement de jours, ni fin de vie. Et, rendu semblable au Fils de Dieu, il demeure sacrificateur à perpétuité.
À cette même période, nombreuses sont les littératures à prendre position sur la nature de Melchisédek : Philon et Josèphe voient en lui un homme valeureux et juste, mais simplement un homme, en opposition à l’exégèse de la l’épître aux Hébreux ou au courant essénien dont le manuscrit principal (11QMelch = Écrits Intertestamentaires, p.423-430) décrit un Melchisédek angélique, voire divin, dont les paroles font dire à de nombreux exégètes qu’il n’est autre que l’archange Michel ou l’Ange de l’Éternel [cf. La croyance des Esséniens en la vie future : Immortalité, résurrection, vie éternelle ?, Émile Puech, Gabalda, 1993, t.II, p.546-561]. Un autre texte retrouvé parmi les manuscrits de Qoumran fait de Melchisédek un être sans père, fils divin de la femme de Nêr, frère de Noé, placé en Éden pour le soustraire à la méchanceté des hommes et au déluge à venir (cf. Annexe B). Certaines versions du Talmud de Babylone (Codex de Munich) identifient les « quatre forgerons » [Za 2:3] au Messie fils de Davdi, au Messie fils de Joseph, à Élie et à Melchisédek, semblant impliquer par là que Melchisédek, tel Élie, fut transporté au Ciel et qu’il réapparaîtra aux temps messianiques. D’autres traditions rabbiniques identifient Melchisédek à Shem, le fils de Noé…[cf. Anchor Bible Dictionary, IV.684-686, Doubleday, 1992]
Sosryko

